‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 112 sur 173 · CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES

que le nom véritable de Bethel est Hadad, de môme on peut penser qu'Ashera nous cache sa parèdre 'Anat^

Le dieu Bethel, qui est attesté dès l'époque assyrienne-, n'est qu'une forme locale du grand dieu amorrhéen et s} rieiv Hadad, qu'accompagne invariablement le taureau quand il n'est pas simplement représenté par cet animal. Ce culte est connu vulgairement sous le nom de culte du veau d'or et l'on sait avec quelle ardeur les auteurs ou rédacteurs bibliques postérieurs en ont repoussé les pratiques. Dans leurs attaques ils s'ingénient à employer des périphrases pour désigner ce culte 3, tant leur horreur est profonde, et ils suppriment toîite mention du Dieu dans les récits qu'ils reproduisent. Cette censure impitoyable, dont on saisit les premières manifestations dans Osée^ au milieu du huitième siècle, s'est cependant trouvée en défaut à deux reprises à la

nom divin véritable. Toutefois, il peut arriver que le vocable accessoire passe au premier plan; c'est le cas pour Ashera puisque cette déesse est passée en assyrien sous la forme Ashirtu, Ashratu. Sur cette forme, cf. Zim.mern, Akkadische Fremdwôrter, 2' édit., p. 68. Un cas plus compliqué encore est celui de Ba'al-Hamman ou Ba'al-Hammon. Par analogie avec ce qui précède on peut conjecturer, avec Eduard Meyer {Roschers Lex., I, 2870), qu'il tire son nom des hammanim cités à côté des ashera ; ce n'est donc qu'un vocable secondaire, mais qui comme Bethel et Ashera, a pris le pas sur l'ancien vocable, d'ailleurs inconnu, et l'a supplanté. Les noms de lieu étant soiivent des noms divins, il n'est pas surprenant que Ba'al-Hamman puisse être aussi le ba'al de la ville de yamman ou ^ammon, comme le veut Hoffmann, Ueber einige phôniziscke Inscfiriften, p. 20. Ba'al-berith rentre peut-être danscette catégorie de noms divins.

1) Ainsi, pour prendre un exemple, quand il est dit, Il Rois, XIII, 6, que sous la dynastie de Jéhu, les Israélites ne renoncèrent pas au culte adopté par Jéroboam et que, notamment, l'Ashera subsista à Samarie, c'est 1» déesse *Anat qu'il faut entendre sous ce vocable.

2) Dans le traité entre Asarhaddon et Ba'li, roi de Tyr, sous la forme Baai-ti-ile; cf. H. Winckler, Altor. Forschungen, II, p. 10 et suiv. ; Zimmern, loc. cit., et Lagrange, Études sur les Religions sémitiques, 2' édit., p. 195 et suiv. Le texte de ce traité a été repris par V.Scheil, le Prisme d'Assaraddon, roi d'Assyrie, 681-666 (Bibl. de l'École des Hautes-Études, fasc. 208), p. 36 et suiv., qui lit : le dieu Baïti-llani.

3) 11 suffira de citer Isaïe, XVII, 8, où le veau d'or est appelé « ce qu'ils ont fabriqué de leurs doigts»; voir aussi Isaïe, II, 8, qui s'applique également à Israël; de même. Il Rois, XXIII, 15, relatant la destruction du haullieu de Bethel, évite de mentionner l'idole; cf. ci-après, p. 246.

4) Osée, II, 19: « Et [les Ba'alim] ne seront plus mentionnés par leur* noms. » Dans IV, 15 et V, 8, Osée écrit Beth-Aven pour Bethel.

faveur de la confusion qui s'est produite entre le nom du dieu Bethel et celui de la ville où il était particulièrement adoré et (jui en avait pris le nom. Anciennement, cette ville s'appelait Louz'. La vogue dont y jouit le culte du dieu Bethel entraîna le changement de ce nom ; on dut dire *Beth- Hethel, puis simplement Bethel, comme on disait Ba'al- Me'on en abréviation de Beth-Ba'al-Me'on.

Rappelons les deux passages où le vocable divin Bethel a échappé à l'attention des reviseurs. D'abord Jérémie, XLVÏII, 13 : « Alors Moab aura honte de Kamosh, de même que la maison d'Israël a eu honte de Bethel . Puis Genèse, XXXI, 13, particulièrement important parce (juc la lecture ne laisse place à aucune incertitude et que nous pourrons en tirer d'importantes conséquences : « Je suis le dieu Bethel (SNnu Snh) ^ qui te suis apparu dans le lieu où tu as oint une stèle et prononcé un vœu en mon honneur 3. » Ainsi est confirmée l'hypothèse émise plus haut, d'après laquelle le nom du dieu Bethel est à la base du jeu de mots de Genèse, XXVIII, 17 et 22 et dans Genèse, XXXIII, 20^.

La restitution du Dieu nous paraît s'imposer dans trois autres passages, l'un d'Osée, les deux autres d'Amos. Dans Osée, X, 8, on lit généralement, en tenant aven hattat pour une addition : « les hauts-lieux d'Israël ». Mais le terme aven, chez Osée, remplace le vocable el en tant que visant le Dieu adoré à Bethel'', de même que boshct remplace Ba'al*^. L'addition est donc constituée par fjtattat Yisrael et il faut traduire : « Les hauts-lieux du (dieu) Bethel sont

1) Genèse, XXVHI, 19 (J); XXXV, 6-7 (E); voir ci-après, p. 240.

2) Comparer « le Dieu Yahvé », dans Isaïe, XLII, r>, et Psaumes, LXXXV, 9.

3) Ce passage a été signalé par Joseph Halévy, Bévue sémitique, oct. 1911 ; mais sa restitution est incomplète. Il faut tenir compte des LXX, bien qu'ils semblent avoir remanié le texte, et lire : \inoki hn-'el Hethel [ha-nire'é 'eleka bamaqom] 'asher mashahcta sham ma^^eba [va-Yasher nadareta li sham neder,

4) Voir ci-dessus, p. 224.

5) Os«'îe, IV, 15; V, 8; X, 6. De môme, dans Amos, I, r», aven remplace Hadad cl biq'ai lladad, comme Beth-^Eden, est une appellation de Damas et de son oasis.

0) Osée, IX, 10. On doit resUtuer Ba«ttl dans Vil. 16; XIII, 1.

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