‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 113 sur 173 · CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES

détruits; des ronces et des chardons poussent sur leurs autels, et ils diront aux montagnes : « Recouvrez-nous! » et aux collines : «: Tombez sur nous! » On remarquera que la glose hattat Yisrael équivaut à l'expression ashemat Shomeron d'Amos, VIII, 14 et vient à l'appui de l'hypothèse d'après laquelle cette dernière expression aurait remplacé El Bethel. Toutefois, il ne faut pas traduire dans ce passage d'Ainos (il s'agit d'un serment) « par le Dieu de Bethel », mais « par le Dieu Bethel », ha-El Bethel.

Le second passage d'Amos, que nous voulons signaler, se trouve au chapitre III, 14, où il faut lire, comme on l'a proposé : « Je sévirai contre l'autel de Bethel », à condition toutefois de comprendre « l'autel du dieu Bethel ^ ». Le pluriel « les autels de Bethel » a été introduit ici pour laisser entendre qu'il s'agissait de la ville ; mais dans la suite du récit il n'est question que d'un autel, l'autel principal du Dieu : « les cornes de i'aw/eZ seront abattues et tomberont à terre ».

Nous devons revenir sur le chapitre XXXI de la Genèse pour en montrer toute l'importance : il constitue pour l'ancien culte éphraïmite un document de premier ordre. Non seulement, il nous livre le nom du Dieu Bethel ; non seulement, comme nous le verrons dans un instant, il nous apprend que la tradition éphraïmite considérait ce Dieu comme celui d'Isaac et de Jacob, mais encore il nous décrit des scènes rituelles relatives à cette divinité et nous conserve une expression rituelle particulière aux sacrifices anciens. Nous avons vu plus haut- que le Yahviste fait ériger un monceau de pierres sur lequel s'accomplit un sacrifice de communion, tandis que l'Elohiste retrace l'érection d'une stèle et nous dit : « Jacob sacrifia sur la montagne, invita ses frères à manger la chair (du sacrifice). Ils mangèrent et passèrent la nuit sur la montagne^ ».

1) En effet, on ne dit pas l'autel de Jérusalem, mais l'autel de Yahvé.

2) Voir plus haut, p. 225.

3) Gen., XXXI, 54. Ce passage capital est, le plus souvent, dénaturé par nos versions.

236 LES OniGINES CANANEENNES DU SACRIFICE ISRAELITE

<( Sacrifier et manger sur la montagne >, « ()asser la nuit sur la montagne » sont des expressions rituelles qui caractérisent les anciens cultes israélites, cultes très analogues, sinon identiques, aux cultes cananéens, et contre lesquels les prophètes — ceux du moins que l'Ancien Testament nous a conservés — s'élèvent avec vigueur. 11 suffira de citer Ézéchiel qui se sert de l'expression « manger sur la montagne » pour caractériser les rites sacrificiels qu'il réprouve ^

Le chapitre XXXI de la Genèse, tout imprégné d'ancienne tradition éphraimite, atteste que cette dernière entendait légitimer aux yeux des Israélites le culte du Dieu Bethel, en le présentant comme le Dieu des patriî^rches ^ et cela en opposition avec la tradition yahviste, représentée notamment par Gen., XÏI, 8 et XIII, 3-4. La preuve en est fournie non seulement par la mention caractéristique du Dieu Bethel dans Gen.j XXXI, 13, mais encore par la restitution (jui nous semble s'imposer au verset 53. Le texte hébraïque porte que Jacob jura he-phahad ahiv^ mot à mot « par la terreur de son père », ce qui est une façon anormale de s'exprimer. Nos versions l'ont bien senti, puisqu'elles paraphrasent : « Jacob jura par le Dieu révéré de son père Isaac. » Mais pour que le texte hébraïque soit si mal ordonné,

1) Ezéchiel, XVIII, •. ; 11 ; i:.; XXII, '.>. Dans le passage cité plus haut d'Osée, X, 8, linvocalioii aux inonlagncd et aux collines est une allusion ironique aux cultes qu'on y pratiquait. Cf. Osée, IV, 13, également avec une pointe d'ironie touchant la douceur de l'ombre; Jérémie, II, 10-11; 20 ; III, 2; G; 13; 21 ; 23; Ezéchiel, Vf, 13; XX, 28-29. Dans Isaïe, LXV, 3, il faut corriger ha-leienim qui n'est pas en situation en he-harim d'après Itaïe, LXV, 7, et comprendre: « Sacriûant dans les hos(|uets et brûlant de l'encens sur les montagnes. »

2) On peut comprendre Gen.y XX.XI, 12 : » ^i le Dieu de mon (grand-)père Abraham, (Dieu) que vénère Isaac, ne m'était venu en aide, etc. ». Cette lecture b'accorde avec les passages de l'Elohiste, Gen.y XLVIII, 15: « Que le Dieu devant lequel ont marché mes pères, Abraham et Isaac... », et Exode, III, G; mais, dans ce dernier exemple, l'identiflcation à Vahvé est peut-être latente. D'autres tiennent la mention d'Abraham, dans le v. 42, pour une glose ; nous inclinons vers cette solution. Sinon, il faudrait admettre que la tradition éphraïmite considérait le Dieu Bethel comme le Dieu d'Abraham, tout en professant qu'Isaac et Jacob étaient les fondateurs des sanctuaires. Voir plus loin, à propos de Gen., XLVI, 1 et suiv.

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il faut qu'il ait subi une retouche maladroite et, d'après le verset 13. la restitution de Gen., XXXI, 53 s'impose : "^ZN ins ["^^TN* Snd^z Snm D'j:]!, c'est-à-dire « par [le nom du Dieu Bethel que] son père vénérait ». Ce verset est de même source éphraïmite que le verset 45 et devait le suivre de près. Dès lors, on estimera qu'il faut également restituer Bethel dans l'apparition divine qui assure à Jacob un heureux voyage avant son départ de Beersabée pour l'Egypte. Nous lisons dans Gen.^ XL VI, 3 : ^^n mSn [iNiTz] S»sn ^3:n» d'après Gen. XXXI, 13 et 53 : « Je suis le Dieu Bethel, le Dieu de ton père ».

Il nous faut maintenant tirer parti de ces remarques. D'abord, il en résulte que la tradition éphraïmite, représentée par rÉlohiste, avait pris à tâche de justifier le culte du Dieu Bethel, adoré dans le Royaume du Nord, et cela en le reliant aux patriarches et spécialement au héros éponyme Jacob-Israël. Ce culte se pratiquait sur l'autel érigé devant la m asseba du. Dieu et celui-ci était fréquemment figuré par un taureau. Nous reviendrons sur ce dernier point. Pour l'instant nous tenterons de reconstituer, à quelques détails près, la suite des récits éphraïmites qui mettaient le héros en relation avec les principaux lieux de culte du Dieu Bethel.

Jacob se rendant de Beersabée à Harran s'arrête pour passer la nuit en un lieu qui n'est pas nommé par TÉlobiste. Le Yahviste seul veut que ce soit à Bethel. Ayant pris une pierre pour y poser la tète, il eut un songe : des anges montaient et descendaient le long d'une échelle dont le sommet touchait aux cieux ^ Jacob eut peur et dit : « Que ce lieu est redouta])le ! qu'est-ce donc sinon la maison de Dieu (El) ^ et voici la porte des cieux^». Le lendemain, de bon matin.

1) Gen., XXVIII, 10 (probablement commun à J et à E), 11-12 (E ou commun à E et à J).

2) Cette remarque vise Bethel qui peut s'expliquer « maison de El »,

3) C'était peut-être, s'il s'agit de définir le sanctuaire de la ville de Bethel,

Jacob prit la pierre qu'il avait posée sous sa tête et Térigea comme stèle [masseba) surlaquelle il fit une libation d'huile *. Puis Jacob prononça un vœu où le rédacteur a encore entremêlé de façon presque inextricable les deux versions. Pour restituer la version élohiste, on est amené à remanier fortement le texte : « Si [Bethel] est avec moi, s'il me garde dans le voyage que j'entreprends, s'il me donne du pain pour me nourrir et des vêtements pour me vêtir, et que je revienne en paix dans la maison de mon père, alors [Bethel] aura été un Dieu pour moi. Cette pierre que j'ai érigée en stèle, je [l'appellerai] BetheP et, de tout ce que tu me donneras, je te paierai la dime ^ ». Le rédacteur a corrigé : « cette pierre que j'ai érigée en st^le sera *la maison de Dieu». Les LXX ont voulu expliquer en ajoutant « pour moi ».

Jacob se met en route, se rend à llarran où il épouse Léa et Rachel, séjourne là vingt ans au service de Laban. Mais tandis que, pour le Yahviste, il jouit de la protectiondeYahvé, pour l'Élohiste, c'est le Dieu Bethel qui lui accorde sa bénédiction et témoigne que le vœu de Jacob est exaucé : « Je suis le Dieu Bethel qui te suis apparu dans le lieu où tu as oint une stèle etoùtum'as fait un vœu. Maintenant, lève-toi, sors de ce pays et retourne dans la terre de tes parents''. »

Cela constitue la seconde apparition du Dieu à Jacob. Dès lors, on peut conjecturer que la carrière du héros verra se poursuivre les manifestations de ce nouveau culte. En effet, lors du pacte conclu avec Laban, il prend une pierre pour l'ériger en stèle et prête serment par Bethel ^, selon notre

un litre que celle dernière portait. Comparer le titre de « porte » appliqué à Jérusalem dans Michée, I, 9.

1) G«/»., XXVIII, 17-18. Le verset lî) est de J. L'Elohiste ne fera intervenir que plus tard la ville de Bethel.

2) Le texte porte beih-Elohim.

3) Cjenhv, XXVIII, 20-22.

4) Au lieu du verbe « être » (jue porte le texte, l'Eloliiste avait « je rappellerai »; comparer ra-yw/ra lo, de Gen.. XXXIII. 20, à compléter comme il est dit ci-dessus, p. 224.

h) Gen., .XXXI, 13 ; voir ci-dessus, p. 2.;*.

6) Gen., X.XXI, 45 et 63»>; cf. ci-dessus, p. 236. Si le texte du verset 58 est

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