‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 114 sur 173 · CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES

restitution. Ici, nous apprenons que ce Dieu était également vénéré par Isaac. Si ce renseignement estexact, nous devons constater que les récits qui mettaient ce point enévidenc(3^ ont disparu de la geste d'Isaac. Ils devaient viser à justifier le culte de Beersabée ' si intimement lié à celui du Royaume du Nord et nous en conclurons que le culte de Beersabée s'adressait spécialement au Dieu Bethel.

Une troisième apparition de Bethel devait être rapportée par l'Élohiste lors du passage de Jacob à Mahanaïm. Là aussi, après la lutte où Jacob eut le dessus et qui lui valut le nom d'Israël, Bethel se révéla au patriarche. Mais le texte de l'Élohiste a-été supprimé au passage décisif pour y substituer le texte yahviste où le Dieu refuse de dire son nom-. L'appellation Penouel, que Jacob donne au lieu de l'apparition, indique que le Dieu s'est nommé et c'est bien ce qu'il fait, d'ailleurs, dans la version du Gode sacerdotal. Le passage de rÉlohiste, qui a été intentionnellement omis, devait contenir la formule consacrée: « Je suis le Dieu Bethel, etc. » Il est tout au plus resté de la tradition éphraïmite le détail du déboîtement de la hanche de Jacob, qui nous conserve une curieuse interdiction rituelle : « C'est pourquoi les Israélites, aujourd'hui encore, s'abstiennent de manger le nerf sciatique qui est au-dessus de l'emboîture de la hanche 3. » Cette prescriptiou est-elle particulière au culte du Royaume du Nord? La loi telle qu'elle nous est parvenue n'en fait pas mention.

Dans la suite de ses pérégrinations, Jacob s'arrête à la ville de Sichem s le fils de Hamor, et il y élève une stèle ou un autel en l'honneur de [Bethjel, Dieu d'Israël '\ Puis il

du même auteur (E),'il témoigne que le Dieu d'Abraham est distinct du Dieu de Nakor et du Dieu d'Isaac. adopté par Jacob.

1) Voir ce qui est dit plus loin à propos de Gen., XLVI, 1 et suiv.

2) Gen., XXXII, 29-30 (J) intercalé entre les versets 26-28 et 31-32' de E. Dans la version assez différente de P, Dieu se nomme; El-Schaddai; Gen. y XPCXV, 11; cf. XVII, 2.

3) Gen., XXXII, 33. La réflexion paraît être du rédacteur.

4) Héros éponyme de Sichem. Lire ba-shalom au lieu de shalem. B) Gen., XXXIII, 20. Voir ci-dessus, p. 224.

ftiO LES ORIGINES CANANEENNES DU SACRIFICE ISRAELITE

reçoit l'ordre de se rendre à la ville de Bethel et d'y dresser un autel au Diea qui lui apparut, quand il fuyait devant son frère Esaû ^ : on ne peut mieux spécifier qu'il s'agit toujours de la môme divinité. Les fragments que le rédacteur nous a conservés touchant cet épisode, qui clôt le cycle des pérégrinations de Jacob, attestent l'importance qu'y attachait la tradition éphraïmite et le parti que l'Élohiste en lirait pour exalter le grand sanctuaire du Royaume du Nord.

En effet, avant d'exécuter l'ordre divin, Jacob prescrit aux siens de rassembler toutes les divinités étrangères, dont ils possédaient des images, et de les enfouir au pied du chêne de Sichem 2. On se livre à des purifications, notamment on change de vêtements. Ainsi Jacob accomplit le vœu qu'il avait fait, à son départ, d'adopter le Dieu Bethel si celui-ci le protégeait durant son voyage et lui accordait sa bénédiction. En arrivant à Bethel, on nous dit qu'il érige un autel et donne à la localité, qui jusque-là se nommait Louz, le nom de El-Bethel \ Sous cette forme, le récit est incompréhensible. Les LXX ont cru améliorer le texte en supprimant le vocable El ; cette forme ne représente pas la leçon ancienne, car, dans ce cas, on ne voit pas pourquoi le texte massorétique ne l'aurait pas suivie. Le vocable El- Bethel ne peut s'appliquer qu'à la masseba ou stèle érigée en ce lieu ^ ; quant à la localité elle dut être appeb'o. nous l'avons dit, Beth-Bethel : le temple du Dieu Bethrl.

Là se clôt, dans les récits de l'Elohiste que nousconnaissons, le cycle des fondations de Jacob en l'honneur de la divinité qu'il avait adoptée et qu'on nous dit être également celle de son père. On insiste à plusieurs reprises sur ce dernier trait ; ainsi quand il quitte Beersabée pour se rendre -en Egypte, Jacob offre des sacrifices au Dieu de son père

1) G<n.. XXXV, 1.

2) Gen., XXXV, 4. Sur cet arbre, voir plus haul. p. 22«.

3) Gen., XXXV, 7.

4) Comme dans Gen., XXXIU, 20, suivant la correction indi(|uée ci-dessus, p. 224.

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