‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 115 sur 173 · CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES

Isaac et ce Dieu lui apparaît encore en songe : « Je suis le Dieu [Bethel], le Dieu de ton père. Ne crains pas de te rendre en Egypte, etc. ^ » A son lit de mort, Jacob ne pouvait manquer d'invoquer son Dieu et de transmettre aux siens les bénédictions dont il avait été comblé. Mais la version de rÉlohiste ne nous a pas été conservée, le rédacteur y a substitué celle du Gode sacerdotal qui, suivant son habitude, remplace le vocable Bethel par celui d'El-Schaddaï -. ^

Enfin, on accordera une valeur particulière aux supplications que, d'après l'Élohiste, les frères de Joseph adressent à ce dernier, considéré comme chef de famille après la mort de Jacob ; « Pardonne-nous donc notre crime, à nous qui servons le Dieu de ton père ^. » Ici se marque, chez l'Elohiste, la prétention de faire reconnaître le Dieu Bethel par toutes les tribus Israélites. ^Une telle prétention ne peut dater que de la belle époque du Royaume du Nord; probablement au neuvième siècle.

En résumé, nous concluons que, si la tradition judéenne rattachait à Abraham et à Yahvé les vieux sanctuaires locaux, Sichem, Bethel, Ilébron, Beersabée, Jérusalem, l'ancienne tradition éphraïmite attribuait à Isaac l'institution du culte du Dieu Bethel à Beersabée, et à Jacob celle du même culte à Bethel, Maljanaïm et Sichem, la première capitale du Royaume du Nord. 11 n'y a pas de raison pour que Gilgal n'ait pas été rattaché également aux noms d'Isaac et de Jacob.

Une vérification de ces conclusions est fournie par Amos dans le fragment autobiographique qui nous le montre en lutte avec Amasia, le prêtre de Bethel sous Jéroboam II. A deux reprises, sur les instances d'Amos, Yahvé fait grâce à Jacob ; mais à la troisième, il proclame : « Les hauts-lieux d'Isaac seront ruinés, les sanctuaires d'Israël^ seront détruits et je me lèverai avec l'épée contre ïa maison de Jéroboam '. »

1 Gen., XLVI, 1-6» (E).

■1) Gen., XLVIII, 3 et suiv.

3| Gen., L, 17.

h Entendez Jacob, d'après le contexte.

.'); Amos, VII, 9; cf. verset 16.

i24-2 LES OIUCilNES CANANEENNES DU SACHIIICE ISHAEM TE

Gomme nous l'avons déjà remarqué, il y avait entre le culte (kl Royaume du Nord et celui de Jérusalem une différence essentielle, ({ui ne tenait pas à ce que Yalivé ne pouvait être adoré qu'à Jérusalem — conception étrangère aux plus anciens prophètes, — mais à ce que le culte de Yahvé prédominait à Jérusalem*, du moins dans le temple de Salomon, tandis que dans le Royaume du Nord la contamination avec les divinités locales fut si profonde qu'elle entraîna l'identification complète de Yahvé avec le dieu Rethel, forme particulière du grand dieu Madad.

Gela nous paraît jeter quelque lumière sur la question du Yahvisle et de l'Elohiste. En effet, la distinction de ces sources, fondée sur la diversité des vocables (li\ ins, résulte d'une constatation pratique; c'est un fait d'expérience, mais on n'en a pas encore fourni de raison bien nette et il en est résulté certaines résistances '-. Rien n'est plus invraisemblable, ni plus étranger aux anciens annalistes que b >< mpule d'anachronisme qu'on a prêté à l'Elohiste et (jui 1 aurait conduit à ne mentionner le nom de Yahvé qu'à partir de Moïse. Il nous semble y reconnaître une raison plus forte : la volonté de justifier la forme particulière du culu de Yahvé, identifié au dieu Bethel, en montrant l'antériorité du culte de ce dernier, ce qui était d'ailleurs exact pour la contrée envisagée. L'auteur sacerdotal (P) a été impressionné par le système de l'Elohiste et, somme toute, il s'y soumet piiis(|ii il adopte le vocable d'Elohim pour la période antérieure à Abraham, et le nom de Yahvé depuis Moïse. Seulement, pour la période intermédiaire, il substitue au nom honni de Rethel, celui de El-Schaddaï -^ Les reviseurs

1) Baudissin, dans BeaUneyclopfldie, de Hauck» :> - dit , p. 191-192.

2) Ed. Naville, les Deux Noms de Dieu dans la Genèse. lievue de l'IUst. des Heligions, 1917, I, p. 151-199, a vivement critiqué ce défaut d'explication el a conclu un peu rapidement que tout le système était à rejeter.

3) Exode, VI, 2 et suiv., où l'auteur sacerdotal explique son point de vue ; • Je suis Yahvé ; je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob comme Fl- Shaddaï, mais je n'ai pas été connu d'eux sous mon nom de Yahvé. » Si Shaddm e«l viaim. ni un vocable anciennement .ipili.iuéà Yahvé, et étant

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