CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES
postérieurs ont, au contraire, suivi de préférence le Yahviste et glissé un peu partout le vocable de Yahvé enmeme temps qu'ils biffaient ou dissimulaient le nom de Bethel, sauf dans les passages que nous avons signalés et où ce nom a été confondu avec celui de la ville.
2. Le Veau d'or et son expiation. — Ces précisions étaient nécessaires pour expliquer le mythe du Veau d'or dans l'Exode. Quand l'épopée nationale eut pris corps autour du nom de Moïse, le clergé du Royaume du Nord dut chercher à reporter au temps de l'Exode l'institution de l'image du taureau, sous l-aquelle nous avons vu que, dès le temps de Jéroboam, on adorait officiellement Yahvé-Bethel. C'est ce qu'avait tenté de son côté le clergé de Juda pour autoriser la présence du serpent d'airain dans le sanctuaire de Jérusalem ^ : si, vraiment, ce serpent avait été institué par Moïse sur l'ordre divin, comment aurait-on osé le détruire ^ ? Moins heureux que pour le serpent d'airain, nous n'avons pas le texte du clergé de Bethel concernant le « Veau d'or », mais seulement une réfutation de ce texte, qui, à vrai dire, utilise largement la version éphraïmke 3.
Notre hypothèse s'autorise d'un parallèle assez curieux. On sait que Dan adorait aussi Yahvé sous la forme d'un taureau; Jéroboam reconnut officiellement le culte de Bethel et celui de Dan, en envoyant une idole dans chacune de ces cités. Le livre des Juges nous conserve le récit d'une installation plus ancienne d'idole à Dan et il est d'autant plus vraisemblable que cette idole représentait un taureau^, qu'elle fut fabriquée à l'usage d'un éphraïmite, Mika, et
donné le rapprochement avec le babylonien sheda appliqué aux taureaux qui gardent l'entrée des palais, il se pourrait que ce soit un souvenir de la représentation animale de Yahvé ; cf. Baudissin, RealencycL, de Hauck, IX, p. 706.
1) Nombres, XXI, 9.
2) II Rois, XVIII, 5.
3) Exode, XXXII. La version éphraïmite est à peu près intacte dans les versets 1-6.
4) Cela a été bien vu par Vatke (cf. Baudissin, RealencycL, de Hauck, IX, p. 712), bien qu'il ait ignoré la diffusion du culte de Hadad.
que l'on nous assure que ce culte se maintint « jusqu'à la déportation du pays », autrement dit jusqu'à la chute de Samarie en 721 avant Jésus-Christ. Ce récit, bien que deux sources y paraissent combinées', nousoffreun excellent type de légende éphraïmite analogue à celle que nous supposons pour le Veau d'or de Bethel. Il est caractéristique que l'acte deMika et l'attitude du lévite installant l'idole à Dan, ne soulèvent aucune objection de la part de l'auteur.
Il en va autrement pour l'idole de Bethel. Le récit, tel qu'il nous est parvenu, nous explique que, las d'attendre le retour de Moïse, en conférence avec Dieu sur le Sirtaï, les Israélites supplièrent Aaron de fabriquer une image divine — il faut entendre une image de Yahvé, — qui pourrait marcher devant eux et les guider dans leur route. Ils apportèrent leurs boucles d'oreille à Aaron qui en fabriqua une image de taureau, à laquelle le peuple offrit des holocaustes et des sacrifices de communion. Des fêtes furent célébrées avec des chants et des danses. L'empressement avec lequel Aaron se prête aux désirs du peuple, le choix qu'il fait luimôme, comme la chose la plus naturelle du monde, de la figure du taureau, sont évidemment des traits directement empruntés à l'ancienne tradition éphraïmite.
La réfutation suitlmmédiatement : on nous montre Dieu voulant, dans un premier mouvement conjuré par Moïse, exterminer à jamais cette engeance à la tête dure. Moïse descend de la montagne, aperçoit le taureau et les danses, et, dans son courroux, brise les tables de la loi. Puis, il
1) Dans Juges, XVII, 1-4 el 7-13, une des sources est caractérisée par la confeclion d'une idole et rcnKagement d'un lévite comme prêtre ; dans Juges, XVII, b-ti, il est question de la fabrication d'un éphod el de teraphim» de plus c'est son propre fils que Mika prend pour prêtre. Dans Juges, XVIIi, les deux sources sont bloquées. On peut conjecturer que ce dernier chap., mettant en scène le lévite, ne devait parler que de l'idole. La preuve en est fournie par les versets 17 et 18 où l'on voit, par la place qu'on leur a donnée, entre ha-pesel et ha~masseka (ces deux termes doivent être joints el désignent l'idole do métal), que la mention de 1 éphod cl des teraphim (ces derniers font double emploi avec l'idole précitée) est surajoutée maladroitement par le rédacteur qui a amalgamé les deux sources. Voir ci-dessus, p. 180.