CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES
saisit Fidole, la jette dans le feu et la réduit, nous dit-on, en poudre. La rédaction du Deutéronome explique, dans une variante, que l'idole jetée dans le feu est ensuite brisée et réduite en poudre K Dans TExode, on ajoute que la poudre ainsi obtenue est diluée dans l'eau et absorbée par les Israélites.
On a prétendu que c'était une ordalie ^. Mais une ordalie n'est pas en situation puisque la faute est avérée. Le récit est construit sur la notion du sacrifice expiatoire ou hattat^ tel que nous l'avons décrit plus haut. Du point de vue cultuel, il ne suffit pas de détruire l'idole ; il faut surtout éliminer l'esprit qu'elle incorpore et qui y a été attaché par les rites dont elle a été l'objet. Or, on se rappelle que dans le hattat, si le sang de la victime a été porté en présence de la divinité, c'est-à-dire au cas où les chairs de la victime sont chargées de sainteté à haute tension, on ne pourra les éliminer que par combustion complète. L'idole se trouve dans un cas analogue et c'est pourquoi elle est brûlée ; mais le métal, l'or surtout, ne se laissait pas volatiliser. Pour l'éliminer définitivement, on pouvait, après réduction du métal en poudre, jeter cette dernière dans l'eau courante: c'est la solution adoptée par l'auteur deutéronomiste^ qui préconise un procédé analogue dans le cas du meurtre dont l'auteur est resté inconnu ^. Mais on pouvait aussi employer l'élimination par consommation ; c'est le procédé qu'adopte le rédacteur du chapitre XXXII de l'Exode : le peuple absorbe le résidu de la combustion mélangé d'eau. Mais, seuls les prêtres peuvent ainsi éliminer le hattat sans inconvénient : les Israélites, eux, se trouvent, dès lors, dans la situation d'une victime en qui le péché est concentré et, pour évacuer ce dernier, il faut procéder à l'immolation. C'est à quoi s'emploie la tribu de Lévi : elle massacre tous ceux qu'elle trouve sur son passage.
1) Dealer., IX, 21.
2) Holzinger, Exodus, p. 109.
3) Deutér., IX, 21. Cette variante confirme que le rite n'est pas intentionnellement une ordalie.
4) Voir ci-dessus, p. 199.
246 LES OH ir. INES CANANÉENNES DU SACRIFICE ISRAELITE
Ce dernier Irait, qui a encore pour effet, selon notre auteur, de consacrer la tribu de Lévi au service divin, est inconnu de l'auteur deutéronomiste. 11 semble donc que le chapitre XXXII de l'Exode nous donne une version plus récente. La première version, celle du Deutéronome, peut s'inspirer de la destruction à laquelle procéda Josias lorsqu'il réduisit en cendres le haut-lieu de Bethel établi par Jéroboam * ; peut-être même servit-elle à justifier cet acte en le préfigurant.