Gédéon et le culte de Ba'al
Les chapitres VI-VIII du livre des Juges qui retracent l'histoire de Gédéon offrent un mélange assez complexe de sources remaniées. Il est évident que l'érection de l'autel à Yahvé, racontée VI, 11-24, fait double emploi avec celleque rapporte VI, 25-32. D'autre part, les chefs de Madian, Oreb et Zeeb, appartiennent à une autre source que les deux rois de Madian, Zebah et Salmounna. Dans l'un et l'autre cas, d'ailleurs, le caractère légendaire est peu douteux; ces soi-disant chefs de Madian sont plutôt des noms de lieux.
On tient comme étant d'une source ancienne (probablement le Yahviste) la description VI, 2-6, car on estime qu'elle correspond à l'état politique de l'époque des Juges. Toute-
1) C'est ainsi que dans les sept jours d'une fête, comme celle des pains azymes ou des tabernacles, le premier et le dernier jours se signalent par une assemblée ; mais les autres jours valent autant.
2) Lévit., XXV, 10. Pour l'année représentée rituellement par un jour, comparer Ezéchiel, IV, 5 et suiv.
3) Josué, VI, 4.
258 LBS ORIGINES C\NANEENNES DU SACRIFICE ISRAELITE
fois, il est peu logique de séparer VI, 3 où sont mentionnés^ à la fois, Madian, Amalek et les Bené-Qedem, du verset 33 où se retrouve cette liste qui n'a que faire ici puisque les récits ne visent que Madian. En réalité, le tableau qu'on nous offre des nomades pénétrant en Palestine pendant Tété, n'a rien de caractéristique pour Tépoque des Juges, il est de tous les temps et s'observe encore de nos jours *. Toute la question pour le sédentaire consiste à obtenir, au moyen de conventions appuyées sur la force, que le nomado ne pénètre sur ses terres qu'après la récolte.
Nous n'entreprendrons pas de débrouiller les diverses sources, nous n'envisageons que l'attitude de Gédéon au regard de Ba'al et de son culte. C'est aussi l'objet principal du remaniement définitif et il ne sera pas difficile de montrer que le rédacteur a profondément altéré les sources qu'il utilisait dans l'intention de transformer des récits polythéistes en une légende monothéiste.
Ainsi, le rédacteur nous dit que Gédéon prit le nom de Yeroubba'al après qu'il eût renversé l'autel de Ba'al qui se dressait à Ophra. A l'appui, il prétend expliquer ce nom de Yeroubba'al par «que Ba'al s'en prenne à lui-». On a depuis longtemps remarqué que cette étymologie était inadmissible ; il faut comprendre plutôt :.« Ba'al combat », et du môme coup, cela condamne tout le récit péniblement échafaudé. En effet, si ce personnage reçoit un tel nom théophore 3, on ne peut échapper à la conclusion que c'est à la suite d'un acte caractéristique, probablement après la victoire sur les Madianites, et parce qu'il vouait un culte particulier à Ba'al. Le rédacteur aura changé le cri de guerre : « Pour Ba'al et pour Gédéon, » en celui de : « Pour Yahvé et pour Gédéon*. »
1) Perrot et Chipiez, Hist. de VArt, IV, p. 134 : « J*ai vu un cher de bédouins, Akil-Aga, planter ses tentes noires et promener ses troupeaux dans la fertile G«ilitéc et dans cette plaine d'Esdrelon qui jadis portaient de si riches moissons •»,
2) Juges, VI, 82.
») J«<7M, VII, 18 et 20.
4} Il n'y a aucune raison de modifler la vocalisation traditionnelle. Que le