CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFK IKI S ISRAELITES
Le rédacteur n'a pu d'ailleurs masquer complètement l'hétérodoxie du culte pratiqué par Gédéon. Lorsque le héros Israélite, faisant peu de cas des honneurs royaux, exige qu'on lui attribue tous les bijoux du butin, le rédacteur reconnaît qu' « il en fit un éphod ', qu'il plaça dans sa ville d'Ophra. Tout Israël se prostitua là à ce culte, et ce fut un sujet de ruine pour Gédéon et sa famille -. » On ne peut être plus explicite.
Ce point établi, examinons en suivant le récit qui nous est parvenu, comment il y a lieu de le redresser. Tout d'abord, la manifestation d'un prophète mentionnée YI, 7-10, ne correspond à rien ; elle doit avoir été insérée tardivement, après même la rédaction définitive de l'ensemble. L'histoire de Gédéon commence avec l'apparition d'un ange de Yahvé sous un térébinthe près d'Ophra, alors que Gédéon dépiquait des épis dans le pressoir, précaution qui devait mettre le grain à l'abri d'un coup de main des Madianites ^.
Ce térébinthe sous lequel une apparition se produit, devant lequel un sacrifice se consomme, fixe l'emplacement d'un lieu sacré. Un autel s'y trouvait certainement, consacré à Ba'al puisqu'on le fera détruire par Gédéon lui-même. Sous cet arbre sacré, Fange de Yahvé engage Gédéon à s'insurger contre les Madianites et, pour complaire au héros, il accepte l'offrande d'un chevreau et de pains azymes de la valeur d'un éphade farine. Il est surprenant que Gédéon ignorant ce qui va advenir, ni même qu'il est en présence d'une émanation divine, apporte des pains azymes ; mais le rédacteur
Ba'al en question soit cananéen et non Yahvé lui-même, c'est de toute évidence sans quoi le récit n'aurait plus d'objet. Voir d'ailleurs ie changement caractéristique de Yeroubba'al en Yeroubboshet dans II Sam., XI, 21. Les anciens récits bibliques attribuent fréquemment deux noms au même personnage.
1) Le texte primitif de Juges, VIII, 27 devait porter a un éphod et des teraphim » comme Jages, XVII, 5 ; cf. Osée, III, 4.
2) Juges, VIII, 27. La dernière phrase est évidemment du rédacteur : mais comme il avait les sources en main, on peut accepter son témoignage.
3) Juges, VI, 11 et suiv.
sait qu'un holocauste ne souffre pas de levain. En effet, le sacrifice de communion estchangé en holocauste par l'intervention du feu divin. On nous dit qu'à la suite de ce prodige, Gédéon éleva un autel à Yahvé. Gomment y aurait-il songé, puisque le prodige s'opérait dans un sanctuaire de Ba'al ?
A la suite de JugeSyVlj 11-24, nous trouvons dans VI, 25-32, une autre façon d'envisager les mêmes événements. Ici, le rédacteur, évidemment différent du précédent, mais utilisant une source voisine, accepte la présence de l'autel de Ba'al et il le fait démolir par Gédéon qui érige à la place un autel à Yahvé. Gédéon reçoit l'ordre de prendre dix serviteurs et un taureau âgé de sept ans ^ qui sera brûlé en holocauste sur l'autel de Yahvé construit par Gédéon après la destruction de l'autel de Ba'al. Le poteau sacré de l'autel, Yashera, servira à alimenter le feu. Quand le peuple s'aperçoit de l'attentat, il s'en prend à Gédéon, que son père Joas défend à la manière des prophètes : « Si Ba'al est Dieu, qu'il venge lui-môme ce crime ! » Le récit ainsi présenté est contredit par ce que nous apprenons dans la suite, à savoir que ce culte familial, prétendu détruit, sera exploité par Gédéon et que tout Israël viendra s'y prostituer. Nous conclurons donc que l'ancienne source montrait Gédéon sacrifiant un taureau à Ba'al sur l'autel que son père avait dressé sur une hauteur ombragée par un tébérinthe. Ba'al lui ayant donné la victoire '", le sanctuaire prit de ce fait un éclat nouveau et Gédéon fut surnommé Yeroubba'al, « Ba'al combat ^ ». Ainsi, les fragments VI, 11-24 et VI, 25-32, ont été écrits piir ilos scribes différents qui ont utilisé deux récits très voisins l'un de l'autre.
Nous ignorons le nom du Ba'al adoré de façon si fervente
1) Le texte de Juges, VI, 25, mentionne deux taureaux ; mais on a justement proposé de remplacer le premier taureau par les dix serviteurs du verset 27 et de supprimer le mot « deuxième » qui manque aux versions.
2) Juges, VII, 9 est tiré de la source primitivo ..—'- <inl)stit«ition de Yahvé à Ba*al.
3) Ainsi 32\ qui appartient à la source pnuimvi-, a élc lire par notre rédacteur de la conclusion qui terminait le récit de la bataille.