‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 129 sur 173 · CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES

par Gédéon, peut-être portait-il simplement le nom de Ba'al- Ophra*. Sa vogue semble avoir éveillé la jalousie du clergé de Sichem. En tout cas, Abimelek, fils d'une concubine de Gédéon, dans sa lutte contre les fils légitimes du héros, reçut l'appui du temple de Ba*al-Berithà Sichem. La victoire d'Abimelek, qui fit figure de roi, développe considérablement ce dernier culte, car on nous rapporte qu'après la mort de Gédéon, les Israélites se prostituèrent de nouveau au culte des Ba^alim et adoptèrent pour dieu Ba'al-Berith ^.

^7. — La fille de Jephté,

De même que Gédéon est le héros de la plaine de Yezréel, qui défait les Madianites, Jephté est le héros de Galaad qui lutte contre les Ammonites et les Moabites. L'histoire de Jephté nous retiendra par les éléments mythiques qu'elle contient et que le rédacteur définitif n'a pas entièrement éliminés. Ainsi, il nous dit que Jephté est fils de Galaad et sa fille devient l'objet d'un véritable culte en Galaad. Nous avons évidemment ici les lambeaux d'une ancienne mythologie locale, que notre auteur a dénaturée en la soumettant à une interprétation digne d'Evhémère. Essayons d'en retrouver les attaches, ou tout au moins les analogies avec ce qu'on connaît par ailleurs.

Le rédacteur semble combiner deux sources, l'une qui faisait lutter Jephté contre les Ammonites, l'autre qui le mettait aux prises avec les Moabites 3. De plus, il faut écarter

1) Ce pourrait être la forme ancienne d'une divinité encore en vogue à l'époque romaine : Jupiter Beelefarus ; CIL, VI, 30.934 et 31.168, aussi CIL, III, 7.954 et 7.955 ; cf. Lafaye, Reme de Ihist. des Religions, 1888, I, p. 218 et suiv. ; S. Ronzevalle, Revue archéoL, 1905, I, p. 45-48.

2) Juges, VIII, 33.

3) Juges, XI, 1-11 et 28-33 sont de la première source, tandis que les versets 12-27 sont de la seconde. Il faut remplacer dans ces derniers versets Ammon par Moab et biffer au verset 15 la mention des Bené-Ammon. Smend, Zeitschrift d. Altlest. Wissensch., t. XXII, p. 129 et suiv., oppose à cette hypothèse de Holzinger et Budde celle d'une seule source avec interpolations du rédacteur.

le fragment qui relate la lutte contre les Ephraïinites* ; ce fragment n'est qu'une répétition de l'épisode rapporté à propos de Gcdéon^.

Au moment de combattre soit les Moabites, soit les Ammonites, Jephté fait le vœu, si Yahvé lui donne la victoire, de lui immoler la première personne qu'il rencontrera à son retour. Le vœu est très net, les termes en sont remarquablement précis : « Si tu livres en mon pouvoir les Ammonites, celui qui franchira la porte de ma maison pour venir à ma rencontre, lorsque je reviendrai vainqueur des Ammonites, appartiendra à Yahvé et je l'offrirai en holocauste ^. » Or, e*est sa propre fille qui s'avance la première au-devant de lui. Le récit de la rencontre est d'un bel effet dramatique ; on y trouve cet art de la narration, si particulier à certains auteurs bibliques, où chaque mot fait image, marque un sentiment essentiel et précipite l'action.

Juges, XI, 34. Tandis que. Jephté revenait chez lui de Mispa, sa lille sortit à sa rencontre avec des tambourins et des danses. C'était son unique enfant; il n'avait pas d'autre fils ou fille.

35. Dès qu'il la vit, il déchira ses vêtements et s'écria : « Hélas î ma fille, tu m'accables de douleur et tu fais mon malheur, car j*ai engagé ma parole envers Yahvé et je ne puis me dédire. »

36. Elle lui répondit :« O mon père, accomplis ta parole envers Yahvé; fais-moi comme tu l'as promis puisque Yahvé t'a vengé de les ennemis, les Ammonites. »

37. Elle ajouta en s'adressantà son père : «Que l'on m'accorde ceci: diffère de deux mois. J'irai sur les montagnes avec mes compagnes pleurer sur ma virginité, puis je redescendrai*. »

38. (( Va, » lui dit-il, et il la laissa pendant deux mois. Avec ses

1) Juges, XII, 1-6.

2) Juges, VIII, 1-3.

'i) Juges, XI, 29-30. I] s'agit d'une *oIah coznme pouf le flls atnédeMésa II nois, III, 27.

4) En reportant à la lin du verset ve-yaradeti, à moins qu'on ne préfère la correction admise par Lagrange, Livre des Juyes^ p. 206, à la suite de Per. les: «j'irai errer sur les montagnes », qui s'accorde encore avec notre explication. Il se peut enfin que yaradeti ait le sens de « je participerai au, ytwed » sorte de xaraCast; ; cf. Isidore Lévy, lievuedes Études juives, 190), p. 183 et suiv.

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