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CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES 2G

une femme s'emploie toujours avec succès. Ses ennemis peuvent alors détruire l'objet qui enferme cette âme extérieure et le héros déchu est à leur merci.

Récemment, sir Frazer a confirmé le point de vue de VVilken et a émis Thypothèse que le récit biblique est l'adaptation d'un conte philistin dan^ lequel les personnages étaient présentés sous un jour différent : Samson y faisait figure de guerrier sanguinaire et Dalila représentait l'héroïne, qui se venge des brutalités du soudard et délivre son peuple d'une dure oppression ^

Quoi qu'il en soit, et pour nous limiter à l'utilisation des rites qui est faîte dans les récits sur Samson-, les épisodes préliminaires servent à attester l'extraordinaire force physique du héros : lutte avec le lion, massacre de trente Philistins à Ascalon après le pari perdu, prouesses avec la mâchoire d'âne, enlèvement des portes de Gaza. Le conte — car, décidément, c'est un conte à peine retouché pour lui trouver une place dans la série des Juges, — indique adroitement à plusieurs reprises l'inclination malheureuse de Samson pour les femmes philistines. Dalila, enfin, s'attache à lui avec tant d'insistance qu'elle finit par lui arracher son secret : l'âme extérieure de Samson réside dans sa chevelure ^ qui n'avait jamais été coupée. Dès lors, ce n'est plus qu'un jeu de mettre fin à l'activité du héros et de le livrer impuissant à ses ennemis.

Dans ce récit, probablement très ancien, le rédacteur biblique a saisi entre la force de Samson et la sainteté du nazir une analogie de localisation. Et, de fait, pour l'un comme pour l'autre, la chevelure est le siège d'une énergie particulière. Mais si le réalisme du conte primitif a été atténué par

1) Frazer, Folk-Lore in the Old Testament, t. II, p. 480 et suir.

2) Juyes, XIII-XVI.

3) Parallèles d'âme extérieure dans la chevelure : Frazer, Balder, the Beautiful, II, p. 103-104 et p. 148. Un bon exemple de mise en lieu sûr de l'âme — .11 s'agit ici d'âme infantile — est fourni par Lucien, de dea syra, 60 : la chevelure des enfants, enfermée dans un vase d'argent ou d'or, était déposée dans le sanctuaire de Hiérapolis.

ce rapprochement, le récit s'est chargé d'un élément qui ne cadre pas avec l'ensemble. Ne trouvant aucun épisode à transformer en cérémonie d'accession au naziréat, l'auteur biblique suppose que le héros était nazir « dès le ventre de sa mère », d'où l'obligation pour celle-ci de ne rien manger de ce qui naît de la vigne, de ne boire ni vin ni rien de ce qui peut enivrer, de ne rien manger d'impur. Cette obligation de la mère aurait dû, à plus forte raison, s'étendre au nazir lui-même ; mais le conte ne s'en soucie guère quand il nous montre Samson banquetant, à l'occasion de ses noces, « selon la coutume qu'ont les jeunes gens ^ », ou encore lorsqu'il mange du miel pris dans la gueule du lion mort-. Il est douteux aussi que la consécration du nazir se soit accommodée de la fréquentation d'une courtisane à Gaza ou des amours avec Dalila. L'auteur biblique n'a pas osé renouveler pour ces deux dernières l'excuse qu'il donne au mariage avec une Philistine, à savoir que c'était par ordre de Dieu et pour la perte des Philistins^. Enfin, après avoir perdu sa chevelure, Samson n'accomplit aucun des rites qui lui aurait valu une consécration nouvelle. Il retrouve automatiquement ses forces en laissant repousser ses cheveux.

Si Ton fait abstraction de ce qui concerne la naissance du héros et son naziréat, si Ton supprime quelques réflexions incidentes, telles que la double mention des vingt ans durant lesquels Samson aurait jugé Israël^, mention insérée pour autoriser l'introduction du récit dans le recueil des Juges, on possède un conte logique où l'on ne relève aucune trace de dualité de source. On peut supposer que primitivement la mère, ou un personnage divin, désignait la chevelure du héros comme siège de son âme extérieure^ ; le rédacteur biblique a changé ce trait en une consécration au naziréat.

1) Juges, XIV, 10; cf. H. Dussaud, le Cantique des Cantiques^ p. 11-12.

5) Condamné par Nombres, VI, 6 et suiv.

3) Juges, XIV, 4.

4) Juges, XV, 20 et XVI, 31.

6) Comparer la localisation de l'âme extérieure de Méléagre dans un tison par la Parque à la naissance du héros.

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