‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 133 sur 173 · Samuel et le rite cTonction · texte numérisé non relu

Samuel et le rite cTonction

Samuel est également un nazir ; sa mère était également stérile. Elle n'obtint ce fils qu'à la suite d'une ardente prière dans le sanctuaire de Silo et d'un vœu qui le destinait au naziréat. Mais la figure de Samuel est autrement complexe que celle de Samson qui n'a pu se dégager du vieux conte populaire. Les rédacteurs successifs ont marqué ici des intentions diverses ; les développements qu'a pris la biographie de Samuel l'ont modelée en partie sur la légende du prophète ÉlievGomme ce dernier, Samuel amène la pluie ^ et sacre deux rois-; comme Élie, Samuel est l'exaltation mythique du prophète : il régente le roi avec désinvolture, il s'oppose ou se substitue au prêtre 3. Enfin, caractéristique décisive, les confréries de prophètes figurent dans l'un et l'autre cycle ^.

Toutefois, à l'inverse d'Élie, les récits concernant Samuel ne sont pas entièrement mythiques. Ce dernier fut juge, shophet^ d'Israël; mais c'est là une raison majeure pour qu'il n'ait exercé aucune action après l'avènement de Saûl : il ne pouvait alors qu'abdiquer ou être mis à mort ^. Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que les récits qui le mettent en rapport avec Saûl cadrent assez mal avec la biographie du premier roi d'Israël, ce qui conduit à envisager deux séries de récits.

Voici la division qui nous parait s'imposer. Dans la première série de récits, Saûl lutte contre les ennemis d'Israël et, à la suite de ses victoires, se voit nommer roi par le peuple. Il jouit d'une grande autorité personnelle et, auprès

1) Voir ci-dessus, chap. III, § 10.

2) I Rois, XIX, 15-16. En réalité, nos récits font pratiquer ces onctions, non par Élie, mais par Elisée. Peut-être les passages du cycle d'Élie qui les concernaient ont-ils été supprimés comme offrant une contradiction trop violente.

3) Jérémie, XV, 1, met Samuel sur le même pied que Moïse.

4) I Samuel, X, 5; 10; XIX, 20.

5) Crainte, manifestée par Samuel, d'être mis à mort par Saûl; cf. I Sam., XVI, 2.

268 LES ORIGIIfES CANANÉENNES DU SACRIFICE ISRAELITE

de lui, se tient le prêtre Aliiyya, un descendant du prêtre *Eli- C'est Ahiyya qui consulte Yahvé, Samuel n'apparaît pas.

Dans la seconde série, Ahiyya disparaît complètement par la raison que Samuel usurpe sa place ^ ; maisJl ne se contente pas d'occuper la place normale du prêtre, qui est aux ordres du roi, il s'élève bien au-dessus de ce dernier. Samuel pratique l'onction, sacrifie à Yahvé, le consulte par le sort et, entre temps, réédite les objurgations du Deutéronome. Se» directions cadrent mal avec les actes de Saûl, et comme ceuxci ne peuvent être supprimés, notre auteur est amené à les critiquer. On a trop spéculé sur la lutte entre Saûl et Samuel en ce qui touche la doctrine de la royauté et il est, à notre avis, tout à fait erroné de répartir nos chapitres entre une source royaliste et une source antiroyaliste. L'opposition que Samuel était en état de faire à Saûl se conçoit au moment où ce dernier allait prendre le titre de roi; en réalité, elle a dû se résoudre très vite par l'efTacement complet de Samuel, d'autant que son grand âge l'avait déjà contraint à céder la place à ses fils. L'opposition que l'on cherche surtout à mettre en évidence est celle du prophète et du roi.

Si la première série de récits dérive d'une source ancienne^ la seconde se présente plutôt comme une composition savante, laborieuse même, où l'auteur abuse des développements pieux. Trouvant, par exemple, dans la source ancienne, mention des combats soutenus par Saûl contre les Amalécites^, il en tire tout un chapitre inspiré de l'Exode et du Deutéronome*^. Mais c'est surtout le rite de l'onction qui le préoccupe et qui forme le centre de sa narration. Il attribue le sacre de Saûl et de David à Samuel qui n'avait aucune qualité pour cela, malgré la légende de son service dans le temple. Pour David, il est même certain qu'il ne fut sacré qu'après la mort de Samuel^.

1) Samuel opère dans le sacrifice et s'attribue la part du prêtre, c'est-à-dire la cuisse; cf. I Sam., IX, 24.

2) I Sam., XIV, 46.

3) I Sam., XV; cf. Exode, XVH, 8-16; DeuUr.,XK\, 17-19.

4) II Sam., If, 4 et 7; V. 3.

Page 1