CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES
D'ailleurs, notre auteur s'est mépris sur le rite lui-même en attribuant à cette époque reculée le rite qui consistait à répandre le contenu d'une fiole d'huile sur la tête du nouveau roi. Cette forme du sacre répond au rite cananéen qui ne fut adopté que dans la suite : en réalité, l'huile d'onction était envoyée par le roi d'Egypte à ses vassaux, les rois cananéens, en signe d'investiture*. D'autre part, comme nous l'apprend l'exemple d'Abimelek-, fils de Gédéon,le roi était choisi par le peuple et consacré dans un sanctuaire où l'alliance avec le peuple était scellée par des sacrifices. La même coutume est attestée pour Saûl, pour David, pour Absalon à Hébron, pouT Adoniya à la pierre (sacrée) de Zohelet près En-Rogel : dans aucune de ces cérémonies n'intervient l'onction d'huile ^ La mention qui est faite de l'onction de Salomon,dans la forme où elle nous est présentée, est assez douteuse^. On peut conjecturer que l'huile d'onction lui fut envoyée par le roi d'Egypte en signe d'investiture. Les auteurs bibliques parlent d'alliance et vont jusqu'à prétendre que Salomon épousa une fille de Pharaon^, ce qui est contraire aux idées égyptiennes les plus fondamentales. 11 est certain que les regards des princes de Canaan étaient tournés vers l'Egypte et qu'ils y cherchaient un appui. Il suffira de rappeler que, vers la fin du règne de Salomon, Jéroboam s'enfuit en Egypte d'où il revint pour faire valoir ses prétentions au trône ^\ L'action de l'Egypte fut certainement décisive dans cette affaire, car nous savons que le Pharaon attaqua Jérusalem et, d'autre part. Jéroboam
1) Knudtzon, Die El-Amama Tafeln, n°* 34 et 51. Sur l'importance de ce rite •en Egypte, voir W. Spiegelberg, Die Symbolik des Salbens bei den Aegyptern, dans Archiv f. Religionswissenschaft, iy06, p. 140.
2) Juges, IX, 6. C'est le peuple qui proclame roi Abimelek dans le sanctuaire de Sichem, vraisemblablement le sanctuaire de Ba'al-Berith.
3) Pour David : II Sam., II, 4 ; cf. 9 et suiv.; V, 3. Pour Saul : I Sam., XI, 15, comme on le verra ci-après. Pour Absalon : II Sam., XV, 11-12. Pour Adoniya : I Rois, I, 9; 11 ; 19; 25.
4) I Rois, I, 39.
5) I Rois, III, 1.
€) I Rois, X, 40; XI, 2.
fut constamment en guerre avec Roboam, roi de Juda K
A l'appui de notre conjecture touchant l'ancien rite de proclamation du roi, il faut remarquer que le verbe masahi « oindre », comme l'a observé Wellhausen, n'avait pas primitivement le sens de « verser », mais celui de « toucher avec la main, passer la main sur », ce qui nous reporte à un rite voisin de lasemikha-. Ainsi le verbe masaf} est employé pour qualifier l'acte qui consiste pour Elie à jeter son manteau sur Elisée et à l'instituer prophète^.
Faute d'avoir reconnu ces faits essentiels, la critique biblique n'est parvenue qu'à une distinction imparfaite des récits divergents. Ainsi Budde attribue à la source royaliste les passages : 1 Sam., IX ; X, i-lG ; XI, 1-11; 15; Xlll ; XIV, 1-46, d'après lesquels Yahvé, voulant donner un roi au peuple pour le délivrer du joug des Philistins, ordonne au voyant Samuel d'oindre Saûl. Celui-ci remporte la victoire contre les Amalécites ce qui lui vaut la royauté (XI) il conduit ensuite le peuple contre les Philistins (XIII) il utilise aussi le jeune David contre cet ennemi (XIV, 52 XVI, 14 et suiv.)
A la source antiroyaliste appartiendraient : VII, 2 et suiv; VIII; X, 17-24*; XII; XV. Le juge Samuel a complètement soustrait le peuple au joug philistin ; il se retire, non sans avoir, au préalable, fixé les règles à suivre. Le premier mouvement de Saùl est de désobéir, ce qui lui vaut d'être rejeté par Yahvé (XII). Ces deux groupes de récits, royalistes et antiroyalistes, sont désignés par A et B. L'indécision est souvent telle que Baudissin rapporte XI à B et que Kittel retranche VII et XII de cette dernière source.
M. Ad. Lods a bien vu que la source dite royaliste (A) ne fournit pas un ensemble cohérent ^. Par exemple: il est
1) l Hoi$, \1\, 2.V3U.
2) Voir notre Introduction à V Histoire det Religions, p. 243-245. Comparer Tin- Ironisation de Josué, ci-dessus, p. 256, qui p*ul être un rappel de l'ancienne coutume.
3) I Rois, XIX, 16 et 19.
4) Ad. Lods, les Sources des récits du premier livre de Samuel sur finHitutio» de