CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES
ainsi qu'Achab finit par passer pour impie et nous verrons bientôt que le môme sort devait frapper sa fille Athalie.
Le Royaume d'Israël, sous Omri et sous Achab, a joué dans l'histoire un rôle glorieux. Longtemps, les scribes assyriens le désigneront sous le nom de « pays d'Omri ». Il résista victorieusement aux attaques redoutables du Royaume de Damas ; il soumit Moab et entretint des rapports amicaux avec Juda comme avec Tyr. Cette dernière cité était à l'apogée de sa puissance et de sa richesse. Ethbaal qui régnait sur elle, portait le titre de roi des Sidoniens, c'est-àdire qu'il étendait sa suzeraineté sur toute la Phénicie méridionale.
Jézabel, fille d'Ethbaal, épousa Achab, roi d'Israël, et il n'est pas douteux que les cultes de Melqart etd'Astarté connurent une faveur nouvelle dans le Royaume du Nord, Aucun Israélite, sauf les écoles de prophètes, n'y trouvait à redire, car l'idée monothéiste ne dépassait pas encore le stade personnel dont Racine a eu la juste intuition :
J'ai mon Dieu que je sers ; vous servirez le vôtre : Ce sont deux puissants Dieux.
A Samarie même, les Israélites adoraient Yahvé, identifié au dieu-taureau Bethel, et la déesse *Anat K Ces cultes se sont maintenus tardivement puisque les papyrus d'Éléphantine, récemment publiés, les attestent encore à la fin du v« siècle avant notre ère. Les Israélites du Royaume du Nord ne pouvaient que trouver naturels les égards témoignés aux dieux d'un pays allié. On pouvait d'ailleurs adresser les mêmes reproches au Royaume du Sud, car Ezéchiel assure que Samarie n'a pas commis la moitié des péchés de Jérusalem^.
On comprend que les écrivains postérieurs aient exploité le penchant que Jézabel avait gardé pour les dieux de sa
1) Voir ci-dessus, chap. IV, § 3.
2) Ezéchiel, XVI, 51 et déjà le prophète Michée. On sait que le chap. VI, mis sous le nom de Michée et où, au verset 16, il est question d'Omri et d'Achab, n'est pas de ce prophète.
294 LES ORIGINES OAJfANÉENNES DU SACRIFICE ISRAELITE
jeunesse. Toutefois, ils ont dépassé la mesure en englobant Achab et Athalie dans leur réprobation. Nous n < n ()ouvons douter après le témoignage du livre des Hois que nous avons cité et que confirme la stèle de Mésa. On y joindra le fait que les trois enfants d'Achab, que nous connaissons, ont tous un nom composé avec celui de Yahvé.
D'ailleurs, si la maison d'Omri entretint des relations d'amitié avec la dynastie tyrienne, elle rechercha aussi l'alliance des rois de Juda et c'est pourquoi Athalie, la fille d'Achab, épousa Joram, fils de Josaphat, roi de Juda.
Dans II Rois^ viii, 18, Athalie est désignée comme fille d'Achab; mais le verset 26 du même chapitre ^ suivi par II Chroniques^ xxii,2,la dit fille d'Omri et quelques historiens acceptent cette dernière leçon. Mais c'est à tort, car dans les habitudes de l'Ancien Testament, il n'y a pas là de contradiction, le terme de fils étant mis fréquemment pour « petit-fils^ ».
Il n'est donc pas douteux qu'Athalie était fille d'Achab; mais il est beaucoup moins sûr qu'elle fût fille de Jézabel. Aucun texte n'indique cette filiation; aucun n'y fait allusion. Bien plus, la chronologie biblique l'exclut formellement.
En effet, d'après II Rois, viii, 26, Ochozias, fils de Joram de Juda et d'Athalie, monte sur le trône en 842, à l'âge de vingt-deux ans. Athalie ne pouvait avoir moins d'une quarantaine d'années, ce qui place la date de sa naissance en 882, c'est-à-dire six ans avant l'avènement au trône de son père Achab (876). Or, il résulte de I Rois, xvi, 31, qu'Achab n'épousa Jézabel qu'après son avènement. Donc, Athalie ne peut être la fille de Jézabel.
Cette filiation n'a été inventée, postérieurement à notre ère, que pour expliquer l'impiété d'Athalie. Mais cette accusation d'impiété, elle-même, n'apparaît dans aucun passage
1) La version grecque de Lucien porte en cet endroit: flUe d'Achab.
9) C'est ainsi que Jéhu, fils de Yehosapbat, (Us de Nimshi. est parfois dit simplement flls de Nimshi. Voir Qen., XXXI. 38. un emploi de fils pourpeiiiâls.