‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 151 sur 173 · CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES

à\i livre des Rois, elle n'est formulée que par le livre des Chroniques auquel sa rédaction tardive et tendancieuse enlève toute autorité.

La manière même dont est présentée cette accusation par le livre des Chroniques est intéressante à noter et elle va nous révéler un des buts que l'on poursuivait ainsi : « Car l'impie Athalie et ses fils avaient ruiné le temple de Dieu et même ils avaient consacré aux Basais tous les objets sacrés du temple de Yahvé*. »

On ne se contente plus de vouer Athalie à la haine des fidèles, on lui adjoint ses fils dans cet opprobre. Les commentateurs ont ^té fort embarrassés de cet excès de zèle. Car ces fils étaient des jeunes gens, dont un seul a régné l'espace d'un an. Saint Jérôme, reflétant probablement une opinion rabbinique, prétend qu'ici les fils d'Athalie sont les prophètes de Ba'al. D'autres exégètes renchérissent d'ingéniosité et imaginent qu'il s'agit de fils illégitimes.

En réalité, notre texte est une simple imposture : le parti sacerdotal a voulu justifier le massacre des fils d'Athalie et pour cela il suffisait de les accuser d'impiété. Pour suivre pas à pas les progrès de la haine qui s'est acharnée contre la famille d'x\chab et cette malheureuse Athalie, pour reconstituer chaque anneau de cette chaîne fatale, il nous faut rappeler les événements qui consommèrent la ruine de la dynastie d'Omri.

Le héros de ce drame sanglant est Jéhu, type du parfait soudard qu'une armée mécontente, profitant de l'absence du roi, place sur le trône. C'était en 842. Salmanasar II venait de mettre en fuite l'armée de Damas et le premier soin de Jéhu, après son installation, fut de payer tribut au roi d'Assyrie. Le fameux obélisque noir de Salmanasar le représente, baisant la terre aux pieds du vainqueur et l'inscription le désigne : « Jéhu, du pays d'Omri -. »

On comprend que le livre des Rois fasse le silence sur

1)11 Chron., xxiv, 7.

3) Une erreur de lecture a longtemps fait traduire : « fils d'Omri ».

cette démarche, mais il relate avec détail les événements antérieurs parce que la réhabilitation de Jéhu, c'est-à-dire l'excuse de ses crimes, s'est imposée aux rédacteurs postérieurs comme une œuvre pie. En soutenant la légitimité de ses attentats, du moins n'ont-ils rien caché de sa violence sanguinaire et de son hypocrisie redoutable. L'exaltation de Jéhu achève cette poursuite sans merci qui s'attache à la maison d'Achab. On n'hésite pas à proclamer que Dieu luimême avait prescrit à Elie de verser l'huile sainte sur la tête de Jéhu '. Ailleurs, c'est Elisée qui accomplit le rite par Tintermédiaire d'un messager 2.

Les historiens modernes voient dans ce détail la preuve que le mouvement qui porta Jéhu sur le trône était dirigé par les prophètes. C'est une erreur, et une erreur grave, car elle entraîne une conception fausse du rôle des prophètes à cette époque. Les témoignages les plus sûrs du livre des Rois montrent que ce rôle n'était pas aussi décisif qu'on le prétend, d'abord parce que l'ensemble des voyants était tenu en main par le pouvoir royal, ensuite parce qu'ils se contredisaient les uns les autres, laissant ainsi toute liberté à l'initiative du roi et de ses conseillers. Le changement de dynastie n'apporte d'ailleurs aucun changement dans le culte en Israël ^

On s'est étonné qu'après avoir tué le roi d'Israël qu'il aspirait à remplacer, Jéhu ait poursuivi le roi de Juda. « S'il n'y avait eu dans la conspiration que le fait d'un militaire déloyal, voulant se défaire de son maître pour régner à sa place, Jéhu se fût arrêté après l'heureux coup de flèche qui lui assurait le trône d'Israël. Ce qui montre bien que la haine des prophètes contre la maison d'Achab se cachait derrière l'ambition de Jéhu, c'est que celui-ci, qui pourtantne pouvait aspirer à la royauté de Jérusalem, voulut à tout prix tuer Ochozias^. » La crainte de voir la maison de Juda venger

1) I Bois, XIX, 16.

2) II Bois, IX, 2 et suiv.

3) Cf. II Bois, XIII, 6.

4) Henan, Ilisl, du peuple dlsrafl, II, p. 314-315.

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celle d'Israël ne suffit-elle pas à expliquer la politique agressive de Jéhu ? Les deux familles royales étaient étroitement apparentées car, non seulement Joram de Juda avait épousé Athalie, fille d'Achab, mais Ochozias de Juda, son fils, prit également femme dans la maison d'Achab. Ces unions se reflètent dans l'identité des noms portés par les rois d'Israël et de Juda à cette époque. Dans ces conditions, la maison d'Israël ne pouvait manquer de trouver un appui auprès d'Ochozias, si Jéhu n'avait pas réussi à supprimer ce dernier.

Le crime initial accompli, Jéhu se rend à Yezréel.Lareinemère, Jézabel, qui s'y trouvait, informée du sort de son fils et de l'approche du meurtrier, s'apprête à mourir. Elle revêt ses ornements royaux, se pare les yeux avec du fard et se place à une fenêtre. Au moment où Jéhu entre sur son char, elle lui crie: «Gomment va Zimri, l'assassin de son maître? — Zimri était cet officier qui tua le roi Baésa, mais ne régna que sept jours, l'armée ayant proclamé Omri. Le soudard ne trouve rien à répondre, mais appelle des eunuques qui précipitent la reine par la fenêtre. Le sang jaillit contre le mur, éclaboussant les chevaux, et Jéhu passe avec son char sur le corps. Puis il s'en va faire ripaille dans le palais.

A la fin du banquet, Jéhu s'inquiète de la reine ; mais on lui apprend que les chiens n'ont laissé que le crâne, les pieds et les mains. Le rédacteur qui n'est pas sans redouter l'impression qu'un tel récit peut laisser dans l'esprit du lecteur, vient au secours de Jéhu avec une prétendue prophétie d'Élie : « Dans les champs de Yezréel, les chiens mangeront la chair de Jézabel et le cadavre sera comme du fumier dans les champs, sur le territoire de Yezréel, de sorte qu'on ne pourra plus dire : Voici Jézabel * ! » Nous avons vu que le prophète Osée, un siècle après les événements et dans une rédaction certainement plus ancienne que le récit du livre des Rois, fournit une note toute différente.

1) II Rois, IX, 30-37.

Maître de Yezréel, Jéhu songea entrer àSamarie, la capitale du royaume. Il exige qu'on lui apporte les têtes des fils et petits-fils d'Achab qui demeurent dans la ville. Ici encore, le rédacteur couvre ce massacre d'une parole du prophète Élie.

Sur le chemin de Samarie, Jéhu rencontre une troupe joyeuse ; ce sont les frères d'Ochozias, roi de Juda, qui ignorent tout des événements et se rendent à Samarie faire visite à leurs cousins, les enfants du roi d'Israël. « Saisissez-les vivants ! » crie Jéhu à ses gens. Ils les saisissent vivants, en effet, mais pour les égorger et les jeter dans une citerne. Quarante-deux hommes ou jeunes gens disparurent ainsi ^

Le rédacteur du livre des Rois néglige d'apporter comme excuse à ce nouveau forfait la parole d'un prophète ; mais, plus tard, le rédacteur du livre des Chroniques s'apercevra de la lacune et, pour y suppléer, il lancera contre les malheureux l'accusation irrémissible, celle d'impiété : « Car l'impie Athalie et ses fils, écrira-t-il, avaient ruiné le temple de Dieu et même ils avaient consacré aux Ba'als tous les objets sacrés du temple de Yahvé^. » Ce dernier trait révèle l'origine sacerdotale de l'accusation. Mais par un hasard inespéré, le livre des Rois réfute cette accusation mensongère. Quand Joas, roi de Juda, pressé par Hazaël, roi de Damas, veut sauver Jérusalem des affres du siège, il livre entre les mains de Hazaël le trésor du temple. Et ce trésor ce sont Joram, qui a régné avec Athalie, et Ochozias, le fils d' Athalie, qui ont contribué à le constituer. Ni Athalie, ni son fils Ochozias ne l'ont détourné de sa destination puisque Joas le trouva intact ^ : « C'est pourquoi Joas, roi de Juda, prit tous les objets qu'avaient consacrés ses pères, les rois de Juda, Josaphat, Joram et Ochozias et ceux (|u'il avait consacrés lui-même, et tout l'or qui se trouvait dans les trésors

1) II Rois, X, 1-14.

2) II Chron., XXIV, 7.

3) II Rois, XII, 18.

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