CHAPITRE I. LES SAC1UIIC1> ISli\i.Li li.S
patient, mais le prêtre qui opère ou Dieu lui-un^me. Il ne laul doii<: |)as traduire « expier », mais « pratiquer l'expiation, faire expier ». Quand Dieu fait expier, c'est qu'il pardonne*. Précisément, dans Exode, XXXÏI, 30, Moïse se pose la question de savoir s'il obtiendra l'expiation du péché de son peuple '^.
Un cag très particulier est celui où le prt^tre opère pour lui-même. Pour dire qu'il expie, la phrase devra exprimer qu'it pratique l'exiiiation (kipper) pour soi {be'ado)'^. En général, le prêtre pratique l'expiation pour un (idMe ou pour la communauté ; rex[iression usuelle est ]:'nii)f>r ,////- i oti kipper 'alehcni'' « pra{i({U('i' r<»xpiation sur lui ou i'ailois, on ajoulc : «^ devant Viilis/' -. L'expiation peut se prati<iuer sur un objet quand on estime qu'il est imprégné d'un esprit mauvais, c'est notapament le cas de l'autel qu'il s'agit de purifier. Un taureau est immolé par Moïse qui, avec ce sang, pratique le rite de l'expiation^, puis une onction d'huile pour le sanctifier^. De même pour une maison souillée, le prêtre pratique l'expiation et la maison est purifiée^.
On observera que l'expiation se pratique de deux manières. Dans lune, on porte le sang de la personne à purifier, en réalité le sang de la victime, sur Tautel. Celui-ci étant sacro-saint, qodesh qodasfiim, jouit de la propriété de sanctifier tout ce qui le touche^. Ainsi, par le sang, ({ui la véhicule, l'âme du patient sera purifiée de ses péchés.
Dans l'autre procédé, l'objet à purifier, que ce soit lo grand-prêtre, le lépreux, une maison souillée ou l'autel, est soumis lui-même à l'onction du sang d'une victime animale. Ici, c'est l'âme animale qui se charge des impuretés ou péchés ; ceux-ci sont entraînés par le sang de l'animal. Le rite est analogue à celui du bouc émissaire.
Les deux rites procurent l'expiation et leur action est définie par le même vocable kipper. On voit que Je sens primitif de « frotter o — qui e^t également à la base de masah, oindre, — s'appliquerait bien
1) Kipper a le sens de pardonner, dans Dealer., XXI, 8; XXXII, 4S ; .ïérémie, XVIII, 23; Ezéchiel, XVI, «3 ; Psaumes, LXV, 4 ; LXXVIII, 3S ; LXXIX, 9 ; UChron., XXX, 18. Le verbe se construit avec l'accusatif du péché et avec *ai ou bc'ad.
2) Exode, XXXII, 30.
3) Uvit., XVI, 17.
4) Uvit.,y, 18; 26; Ezéchiel, XLV, 17.
5) Lévit., IV, 20, ajoute: « et il leur est pardonné >».
6) Lévit., V, 26.
7) Exode, XXIX, 36-37. Dans Lévit., VIII, 15, il faut donc comprendre que Moïse consacre l'autel en pratiquant l'expiation sur ce dernier.
8) Lévit., XIV, 53.
9) Exode, XXIX, 37 : « Alors l'autel sera sacro-saint, tout ce qui touchera à l'autel deviendra saint ». Voir ci-dessus, p. 41.
au second cas cl pourrait avoir été étendu, par analogie, au premier. Il resterait à distinguer deux racines pour le terme kipper. Tune avec le sens de « couvrir* », l'autre avec celui de « frotter » ou, dans le rituel, (( pratiquer l'onction de sang », c'est-à-dire « faire expier », d'où « pardonner » quand le sujet est Dieu. Ainsi, et nous pensons que c'est l'explication la plus probable, il y aurait équi^ iilie
l'hébreu kipper et l'assyrien hnppurn.
Quant à l'emprunt direct du i)rt'iinrr au second, il ne paiat j.is'imposer. D'abord, les rites diffèrent trop, ensuite les emprunts à la langue religieuse ^ de Mésopotamie datent généralement de l'exil *. Or, kipper au sens de « pardonner » se rencontre dans Jérémie * et le Deutéronome ^', précisément au cours d'une prière accompagnant un sacrifice. Isaïe décrit un rite un peu particulier, mais «jui témoigne de I «luploi liturgique du vocable II e-t remarquable qu'à la forme pn'al, qu'emploie le prophète, le sens primitif de la racine « frotter, effacer » se soit maintenu : « Ceci a touché tes lèvres », dit un des Serapliim en |>as>anl surles lèvres impures d'Isaïe un charbon ardent pris sur Taulei, « et maintenant tes péchés ont disparu, tes fautes sont effacées*^ ». Le sens d' « être effacé » disparaît pour le pu 'al dans la langue sacerdotale de l'exil. Nous en avons deux exemples très nets. Dans Exode, XXIX, 33, il faut traduire : u (^Aaron et ses fils) mangeront ces (offrandes), avec lesquelles a été pratiquée l'expiation. » En réalité, l'expiation a été faite avec le .sang, l'auteur veut dire que la chair du bélier et le pain ont participé à la cérémonie. Le passage Nombres^ XXXV, 33, n'est pas toujours traduit exactement : « Quant à la terre, il ne pourra être pratiqué d'expiation, pour le sang qui y aura été répnM'In, que par le sang de celui qui l'a versé. »
1) D'où k<ii>i>ni;'[, qui désigne le couvercle de l'arche d'alliare c
2) W. Schrank, Dabylonische SUhnrilen, p. 81 et suiv., doute que rassyneii kuppuru soit le vocable spécifique pour rexpiation. L imprécision qu'il relève tient à ce (pie nous ne possédons pas de traité dogmatique en langue assyrienne comparahie au Lévitique, mais seulement des textes religieux où kuppuru alterne avec des synonymes : putturu, pushshuru, ullulu. Le deffré d'évolution et de complexité du culte babylonien, la multiplicité des sanctuaires expliquent cette abondance de synonymes.
3) Ces emprunts, en ce qui concerne le culte proprement dil. > uit .! ulleurs peu nombreux ; yoiv Bévue de Cllisl. des lieliyions, 11»!.' II. [>. io ot -in\
4) Jérémie, XVI IL 2».
r>) Dealer., XXI, 8^ cf. Deulir., XXXII. t.. 1' II Samuel. \\1 :?, voir
chap. IV, § 11.
6) Isaïe, VI, 7; cf. aussi X.XIf, 4 (être pardonné); XXVII, 9 (être effacé). Quant à Isaïe. XXVIII, 18, il y a lieu à correction. Il ne faut jamais traduire le pu'at par « être expié ». Le sens d' « être effacé » est très net dans Proverbes, X\'I, ""•.