CHAPITRE I. LES SACRIFICES ISRAELITES
Offrande de la graisse. — En plus du sang, on offrira à la divinité d'une façon obligatoire la graisse (peder ou heleb) qui n'est pas ce que nous entendons généralement sous ce vocable, mais est constituée par plusieurs organes. Cette offrande n'est pas faite seulement parce que ce sont là des morceaux de choix — quelques-uns d'ailleurs, comme la membrane qui enveloppe le foie ne répondent pas à cette définition, — mais parce qu'ils sont considérés comme doués d'une valeur particulière, tout à fait analogue à celle du sang. Nous constaterons, en effet, que l'ensemble des organes que nous désignons sous le nom de graisse est l'objet du môme interdit rituel que le sang.
L'ollrande de la graisse s'opère en la déposant sur l'autel et en la consumant par le feu. Cela s'applique à tous les sacrifices sanglants. La grande faute rituelle commise par les fils du prêtre 'Éli, et qui leur vaut un châtiment exemplaire, est de ne pas attendre que la graisse des sacrifices de communion soit offerte à Yahvé avant de prendre leur part ^. La double opération, formant bloc si l'on peut dire*, de l'offrande du sang et de la graisse, a consacré le reste de la victime. N'étaient les précautions à prendre à ce sujet, le sacrifice erait terminé. Ces précautions, par l'appareil qu'elles nécessitent et le temps qu'elles exigent, ont souvent paru l'essentiel du sacrifice alors qu'elles n'en sont qu'un côté accessoire, un rite de sortie consistant dans l'élimination des restes de la victime. Cela est vrai au point que si, pour une raison quelconque, la chair de l'animal sacrifié devient impure 3, alors que la graisse, qui en a été séparée n'a pas été souillée, l'aspersion du sang reste valable*.
1) I Samuel, II, 15 et suiv. Dans Gen., IV, 4, il faut entendre qu'Abel offrait la graisse de ceux des premiers-nés qu'il sacrifiait.
2) Ce n'est pas une conception tardive qu'on ne rencontre que dans le Lévitique; voir, par exemple, Isaie, I, II; XXXIV, 6-7; Ezéchiel, XLIV, 7 et 16. Voir encore le parallèle du sang et de la graisse dans le poème tiré du sepher ha-yashar et attribué à David lors de la mort de Saiil et de Jonathan, II Samuel, I, 22. Pour en revenir à Isaie, I, 11, il apparaît immédiatement que le verset est mal coupé. Pour la restitution, il nous suffira d'indiquer qu'il faut inverser les versets U et 22 et déplacer le « a dit Yahvé » du verset 11 à la suite de 12'. Probablement aussi supprimer dans 11 la mention des brebis — qui manque aux LXX — et des boucs. On retrouve alors le balancement entre les sacrifices de communion [zebahim) et les holocaustes ('olot), la graisse (heleb) et le sang {dam). On trouve au v. 13 mention de la minha et de l'encens qui l'accompagne [shav' est probablement une glose, comme 'aven va-'asara).
3) Il suffisait, pour déterminer cette impureté, du contact avec un être ou un objet impur; cf. Lévit., XI, 32 et suiv. On prenait à ce sujet les plus grandes précautions, par exemple toute bûche contenant un ver était écartée de l'autel ; cf. Mishna, Middot, II, 6 et Uvit., XXI, 41-43.
4) Mishna, Pesahim, VU, 5. Exception faite pour la pâque.
Si LES OIUCilM:.^ t.\>\r>â'.fc..>.M^r> iiij >\(.iviin.i-. i.-iu.\hi-iTE
Dans les sacrifices israélites, rélimination des chairs est obtenue, suivant le cas, <le deux manières : par le feu ou par la consommation. Par le ieu seulement, pour l'holocauste, la minha du prêtre ot le hattat du prôtre ; partie par le feu et partie par la consommation réservée aux prêtres, pour la minha, le liaitat et Vastiam; enfin, dans les sacrifices de communion, par le feu pour les graisses et par la consommation entre fidèles avec parts réservées aux prêtres et à leur amille. Il y a là trois valeurs dans le sacré : la première correspondant à la combustion, n'est pas spécifiée dans nos textes, la seconde est sacro-sainte Ujordesh qodashini), la troisième est simplement sainte {qodashim qnlim). Cette différenciation est si nette pour Ézéchiel qu'elle l'amène à prescrire que remplacement, où les prêtres feront bouillir le hattat ou Vasham et cuire la minhay devra se trouver dans le parvis intérieur « pour éviter de les transporter (les chairs du sacrifice; dans le parvis extérieur et d'en communiquer la sainteté au peuple * ». Par contre, les sacrifices de communion seront cuits dans le parvis extérieur' puisqu'ils doivent être consommés, en grande partie tout au moins, par le peuple.
Quand, comme l'holocauste, les chairs sont éliminées par la combustion, il arrive qu'on suppose que Dieu s'en nourrit; c'est là une opinion ^'rossière qui se fait jour même dans le Lévitique^, mais qui s'écarte de l'opinion éclairée qu'on doit se faire d'un « sacrifice pieux ». Le psaume LI, 21 oppose nettement à la conception du sacrifice-aliment — qui ne répond en rien au mode opératoire et n'est qu'une forme accessoire de l'idée de don ou encore une déformation des notions fondamentales, — le « sacrifice pieux » (jui < st fondé sur les principes que nous développons*.
La réduction en fumée des chairs de la victime est surtout pratiquée dans les cas de purification ; on détroit ainsi rigoureusement les péchés ou les mauvais éléments dont s'est chargé le substitut.
Dans l'holocauste, tout l'animal étant brûlé, il n'y avait pas à.
1) Ezéchiel, XLVI, 19-20.
2) Ezéchiel, XLVI, 21-24.
3| Lévit., III, 1; XXI, 22. De même, dans la polémique contre les dieux étrangers, arguant de ce qu'ils sont faits de main d'homme, en hois ou en pierre, on proclame qu'ils ne voient pas, n'entendent pas, ne mangent pas et n'ont pas d'odorat; cf. Dealer., IV, 28.
4) Danft la même direction, Psaumes, L, LH : « Est-ce donc que je mange la chair des taureaux? Est-ce que je bois le sang des béliers? » A ce point de vue, il est significatif que l'Apparition anthropomorphe de la divinité ne mange pas le sacrilJce oITert par G-edéon, Juiirs, VI, 19-21; mais le transforme en holocauste. ^)uant à la noUon de don, elle n est pas nécessairement attachée au sacrifice et Deuhh-., X. 17. dit jusl^îineiil (pi'ou no srairru» t>as Dieu par des présents.