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Matière du sacrifice et consécration

Lévit., II, 1-16. La minha^ offrande non sanglante dont une partie sera brûlée sur l'autel tandis que l'autre, éminemment sainte, reviendra aux prêtres, doit se composer, d'après le Lévitique, de fleur de farine ^, d'huile et d'un

1) A. Moret, Da sacrifice en Egypte, dans lievue de l'hist. des rel., 1907, I, p. 79 et suiv. ; voir aussi, du même auteur, Mystères égyptiens. Ajouter les exemples réunis par Frazer, Folk-Lore in the Old Testament, II, p. 4 et suiv., qui en rapproche le subterfuge de Jacob se couvrant les mains elle cou avec la peau des chevreaux sacrifiés; cf. toutefois Revue de l'hist. des rel., 1919, I, p. 378.

2) Lucien, De dea syra, 58.

3) Voirnotamment, Dhorme, Revue Biblique, 1914, p. 128-129.

4) Dalman, Die Mehlarten im Alte Testament, dans Altteslamentliche Studien R. Kittel... dargebracht, 1913, traduit solet par gruau; cf. Zimmern, Akkadische Fremdwôrter, 2* éd., p. 39.

peu d'encens. Cette fleur de farine sera présentée en nature, ou bien pétrie à l'huile et cuite au four en forme de gâteau ou de galette, ou cuite à la poêle ou au poêlon. Il est interdit d'y mettre du levain ou du miel, car ce sont matières qui fermentent et ne doivent pas être déposées sur l'autel. Par contre, il est prescrit de saler les gâteaux ; ce sel est dit le sel de l'alliance avec Dieu.

La minha peut encore être une offrande de prémices. Dans ce cas, elle se composera de grains concassés et grillés (gruau), d'un peu d'huile et d'encens.

Le fidèle apporte la minha au prêtre qui prend une pleine poignée [qomes) de farine mêlée d'huile avec tout l'encens ; c'est Vazkara^ qu'il fera brûler sur l'autel comme sacrifice igné d'odeur agréable à Yahvé. Le surplus de Toffrande est une part sacro-sainte des sacrifices ignés de Yahvé, et par suite, revient entièrement aux prêtres.

Dans cet exposé des diverses façons d'apprôter la minha, si nous laissons de côté l'offrande de simple farine sur laquelle on se contente de verser de l'huile *, on voit que la cuisson peut s'effectuer dans le four 2, à la poêle ^ ou sur le poêlon '. Mais si l'on fait abstraction du mode de cuisson, il reste deux sortes de préparation : 1® la farine pétrie à l'huile qui donne après cuisson les hallot ; 2° les gâteaux secs sans levain, dits reqlqim, sortes de galettes qu'on trempe dans l'huile avant de les offrir. Ces deux. sortes de préparation seront également employées pour remplir la « corbeille des azymes » qui ligure dans les sacrifices de communion ; nous y reviendrons à ce sujet^.

Wellhausen a supposé que la minha^ telle qu'elle est décrite ici, n'était pas antérieure à l'exil. L'argument principal, c'est que l'encens n'apparaît pas dans le culte de l'ancien IsraOl. Or, nous verrons que cette hypothèse est erronée: c'est postérieurement à Pexil, qu'on a prohibé dans le culte l'usage de l'encens pur. Puisqu'il a subsisté dans la minha, c'est un témoignage non équivoque que le rituel de celle dernière est antérieur à l'exil*.

L'opinion de D. Hoffmann ne nous parait pas mieux fondée lorsqu'il

1) Livit.,. II, 1.

2) Lévit., 11, 4.

3) Lévit., II, 5.

4) LiviL, II, 7. Même division dan» Uvit., VII, 9-)0.

5) Voir ci-aprèp, chap. 1, m, 2.

6) Ci-après, chap. I, vi. On a invoqué aussi que le vocable ftalla dans le

CHAPITRK I. LES SACRIFICES ISRAELITES 9i

imagine que le rite primitif de la minha consistait dans la combustion entière de l'offrande. Non que l'élimination par le feu de ce qui reste après prélèvement de Vazkara ne puisse être envisagée S mais pour une raison que nous allons rapidement indiquer. L'idée directrice de D. Hoffmann, c'est que la minha était simplement, à haute époque, l'holocauste du pauvre 2, et cela est certainement inexact. La minha est bien un sacrifice de môme valeur que l'holocauste 3, c'est pourquoi elle lui est souvent associée dans le culte et pourquoi le Lévitique en traite immédiatement après l'holocauste; elle ne prendra que rarement et tardivement le caractère d'un substitut de l'holocauste. Les deux rites sortent de deux milieux sociaux différents, l'un est le sacrifice du pasteur, l'autre celui du cultivateur. La légende de Caïn et Abel illustre cette différence d'origine. Or, le sédentaire a dû posséder de très bonne heure, et vraisemblablement avant le nomade, un lieu de culte avec un service organisé dont les membres recevaient partie des offrandes.

Pour reprendre notre exposé, la majeure partie de l'offrande non sanglante étant consommée parles prêtres, on conçoit que le Lévitique entre dans de minutieuses explications culinaires. Cependant, ces prescriptions sont dominées par l'intention de donner toute sa force au sacrifice. C'est ainsi qu'on ne repousse pas, en tant qu'offrandes de prémices, les gâteaux au levain et au miel ', mais aucune part n'en sera réduite en fumée sur l'autel ; ils reviendront entièrement aux prêtres. La minha de prémices ne se composera que de grains concassés et grillés, d'huile et d*encens ; Vazkara correspondante comportera des grains, de l'huile et tout l'encens.

sens de gâteau oflert dans les sacrifices ne figurait que dans le Code sacerdotal. Mais, outre que II Samuel, VI, 19, se réfère à un sacrifice, l'emploi de ce terme dans le rituel sacrificiel phénicien ne permet pas de conclure à une particularité du culte israélite tardif.

1) C'est le cas de \a minha du prêtre-oint, Lévit., VI, 12-16.

2) D. Hoffmann, Das Buch Leviticus, I, p. 144 et suiv. Nous ne pensons pas qu'on puisse invoquer l'exemple des cultes grecs où, semble-t-il, l'offrande des popana et de l'encens, non suivie du sacrifice d'une victime, constituait loffrande du pauvre ; cf. Paul Girard, Bulletin de corresp. hellénique, 1878, p. 71. Mais, même en Grèce, si l'offrande non sanglante est parfois employée comme substitut économique, il est tel culte qui ne comporte que de ces offrandes. De môme en Israël.

3) On a contesté que minha dérive d'une racine ayant le sens de « donner »; cf. Lagrange, Études sur les religions sémitiques, 2' éd., p. 269, note, à la suite de Perles.

4) Les rituels grecs admettaient couramment les gâteaux faits de farine délayée dans l'huile, le miel ou même le vin, en les accompagnant d'encens. D'après Ezéchiel, XVI, 19, il semble que les gâteaux au miel aient été reçus sur les autels cananéens.

Le Sel. — I/usage du sel soulève des difficultés. Il n'en est fait men-. tion que dans la doscriplion de la minha * et — «lni^ 1;» version des LXX — à propos des pains de proposition. ' Son ii^a<,M- serait-il limité au sacrifice non sanglant, et s*il s'étend à tous les sacrifices, pourquoi n'en trouvons-nous mention qu'au chapitre de la minha ?

Aux yeux des anciens Israélites, le sel passait pour doué d'une remarquable puissance destructive assez analogue à celle du feu ^. Ils avaient observé ses effets dans l'arrêt de la végétation, le retard de la putréfaction et ils en concluaient à une puissante action purificatrice. Ainsi s'explique le miracle d'Elisée *, l'usage du sel pour les nouveaunés "^ et jusqu'à la célèbre parole du Christ : « Vous êtes le sel de la terre ^. » Cette dernière n'est pas une métaphore banale empruntée à la notion d'assaisonnement, ce qui n'aurait pas grand sens; elle a une tout autre valeur : vous purifierez la terre et la rée^énércrcz.

Ézéchiel spécifie l'emploi du sel dans l'holocauste : uils les [)résenteront^(ils'agitd'un taureau etd'un bélier) devant Yahvé, ils répandront sur eux du sel et ils les offriront en holocauste à Yahvé. » Ce témoignage éclaire le passage du Lévitique : « Avec chacune de tes offrandes tu offriras du sel *. » Ici, l'offrande {qorbaneka) a un sens général au regard de l'olTrande de la minha (qorhan minhateka) qui a amené cette réflexion. Certains glossateurs de Marc, IX, 49, l'ont bien compris ^.

Dès au moins le second temple, le sanctuaire de Jérusalem comportait un approvisionnement important de sel *^. On l'utilisait pour

1) Lévil., II, 13; nous y reviendrons ci-après.

2) Lévit, XXIV, 7. La version des LXX ajoute à la mention de l'encens accompagnant les pains de proposition : xa\ âXa.

3) Marc, IX, 48-49. Comparaison dans Jérémie, XVII. G et Dealer., XXIX, 22. Voir encore Juges, IX, 45 (probablement image pour dire que la ville fut à ce point ruinée et délaissée que le salpêtre envahit les ruines) ; Sopbonie, II, 9.

4) II liois, II, 20 et suiv.

6) Ezéchiel, XVI, 4.

6) Matthieu, V, 12.

7) Ezéchiel, XLIII, 24, où nous lisons ve-hiqrab«lam et où nous supprimons ha-kohanim.

8) Lévit., li, i;{.

9) Voir Loisy, les Évangiles synoptiques, II, p. 82 et suiv. Tout inspiré qu'ils soient de Lévit., II, 13, les termes qu'ajoutent certains mss. et qu'on rejette généralement : nioa. yàp iX'i iXioOiJojTat, répondent à la réalité comme en témoigne Josèphe, Antiq., III, 9, 1. Voir cependant S. de Ricci, /* Sacrifice sali .)(arc, IX, 49, dans lievue archéoL, 1902, I. p. 336 et suiv.

10) Dans Mishna, Middot, V,3, il est question dune cellule où l'on renfermait le sel pour les sacrifices et une autre, ix cùté, où l'on salait la peau des animaux sacrifiés; cf. Esdras, VI, 9, et VII. 22, où le sel accordé est destiné aux sacrifices.

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