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CHAPITRE I. LES SACRIFICES ISRAELITES

saler les peaux destinées aux prêtres, dans la minha et très probablement aussi danslesholocaustes. Sil'on enjuge parle passage d'Ézéchiel cité plus haut, il servait, dans ce dernier cas, à purifier les animaux à la manière de la mola salsa. Il est tout à fait surprenant que la description de l'holocauste dans le Lévitique ne mentionne pas ce détail du rituel et nous ne pouvons l'expliquer qu'en supposant que cette pratique n'était pas obligatoire, ayant probablement été adoptée à basse époque. Il se peut qu'à haute époque, le sel n'ait figuré qu'exceptionnellement dans l'holocauste, dans le cas où l'on concluait une alliance solennelle. On y est autorisé par l'expression (( alliance de sel » ; le sel paraît conférer au rite le caractère d'éternité ^

Vazkara. — Il faut définir exactement ce vocable pour saisir la valeur du sacrifice, dit minha, et comprendre ce qui l'élève au-dessus du simple don. Vazkara est cette portion de l'oflrande qui est brûlée sur l'autel et dont le rôle est éminent puisqu'elle confère au reste de l'offrande une qualité sacro-sainte.

L'explication de Dillmann par « sacrifice de parfum », Duftopfer, ne peut être ({ue partiellement juste par la raison qu'il se présente des cas où Vazkara ne contient pas d'encens ^. D'autre part, l'encens bien que d'usage assez ancien, a très probablement été introduit postérieurement à l'institution du rite. Si, comme Hommell'a supposé 3, azkara était une appellation de l'encens en Arabie, la question se poserait tout différemment ; mais tel n'est pas le cas *. Il semble plus vraisemblable de rattacher, avec Barth, le vocable à Vhiphil dezakar, au sens de remettre « en mémoire^» et de traduire: souvenir, mémoire, mémorial. Le rite aurait pour objet de rappeler le fidèle à la divinité ; il accompagnait vraisemblablement la prière ® . Dans la langue religieuse, le verbe hizkir a le sens de prononcer le nom de la divinité ^ ; par suite, Vazkara doit comporter le prononcer du

1) Sur ces cérémonies, voir Robertson Smith, Religion oflhe Sémites, 2' édit., p. 206, et ci-après, chap. IV, § 1.

2) Ainsi Lévil., V, 12.

3) Hommel, Die altisrael. Ueberlieferung , p. 279. Si azkara signifiait « encens »>, nous ne trouverions pas dans Isaïe, LXVI, 3, l'expression mazkir lebona: m brûler de l'encens comme azkara ».

4) Zehnpfund, Realencycl. de Hauck, t. XXI, p. 55, n'est pas autorisé à définir ce terme comme sud-arabe puisqu'il ne s'est pas rencontré dans les textes himyarites.

5) Barth, Die Nominalbildung in den semitischen Sprachen, § 60.

6) Il y a tout lieu de comprendre avec Baethgen, Psalmen, XII, la suscription: le-hazkir de Psaumes, XXXVIII et LXX : • à chanter lors de l'offrande de Vazkara ».

7) Amos, VI, 10; Isaïe, XLVIII, 1. Pour les divinités étrangères: Exode, XXIIl, ]3;Josué, XXIII, 7.

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nom divin et matérialiser l'invocation *. Cela nous paraît résulter des. prescriptions de l'Exode, où, en retour des sacritices qui lui sont offerts, Yahvé promet: « En tout lieu où tu évoqueras mon nom, Je viendrai vers loi et te bénirai *. »> L'invocation du nom divin est la forme élémentaire de la prière, et si la matière même du sacrifice a pris ce nom d'azkara — de môme que 'o/a/i désigne, à la fois, la victime et le sacrifice, — c'est que cette matière est considérée comme incorporant la prière et destinée à la porter à la divinité par la vertu du sacrifice igné. Ainsi la divinité sera évoquée et liée.

Les opérations rituelles confirment ce point de vue. L'analogie rituelle del'az/faraavec le sang et la graisse de l'holocauste est évidente. Or, ces derniers renferment, nous lavons vu, la rouah et la nepliesh du sacrifiant lui-même. On en conclura que Vazkara incorpore également l'âme du fidèle, en ce que l'on considère que l'âme est portée par la prière.

Si cette explication est exacte, elle doit rendre com])te de la minha de jalousie^. Nous verrons plus en détail, ci-après, que lorsqu'unmari soupçonne $a femme d'infidélité, sans qu'il y ait eu dénoncialion formelle ou flagrant délit, il doit la conduire devant le i)rêlre, et offrir, à cause d'elle, un dixième d'épha de farine d'orge, il ne doit y joindre ni huile ni encens, car c'est une minlia de jalousie qui servira à évoquer la faute {mazkeret 'avon).

Pour bien comprendre la valeur du rite, il faut se rappeler que le péché était considéré comme un esprit qui, soit imprégnait, comme c'est le cas ici, le corps de l'individu, soit restait tapi près de lui dans sa maison, notamment à l'entrée, prêta s'emparer de sa victime*. Pour lui donner toute sa force malfaisante, il suffisait de l'évoquer : <t Tu es venu chez moi, reproche la femme de Sarepta au prophète Élîe, pour évoquer ma faute et faire mourir mon fils ^. »

1) Nous trouvons une analogie dans le rituel babylonien quand le prêtre qui répand la farine est dit déposer « l'invocation du nonu». C'est là une véritable azkara. Le P. Lagrange, Études sur les religions sémitiques, 2* édit..p. 239, croit qu'il s'agit d'une question posée aux dieux. Les deux explications ne s'excluent pas forcément l'une l'outre.

2) Exode, X\, 24, où il f«ut lire tazkir au lieu de a:kir qui ne si^^nific rien et représente la transposition maladroite, lors de l'installntion du lieu de culte unique, d'une ancienne formule définissant le bénéfice du sacrifice. Au temps où s'est fixée cette ancienne formule, on ignorait Dtutir^ XII, 13-14.

3) Nombres, V, Uk

4) G.n., IV, 7.

5) I Rois, XVII, 18: le-hazkir et-'avoni. La faute à laquelle cette femme fait allusion, ce sont les pratiques magiques qu'Klie l'a incitée à accomplir. Pour le danger qu'il y a à évoquer le souvenir des fautes, voir la crainte éprouvée par réchanson de Pharaon, Hm., XLI, 9; cf. Ezécliiel, XXI, 99.

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