‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 28 sur 173 · Les pains de proposition · texte numérisé non relu

Les pains de proposition

Lévit.j XXIV, 5-9. Chaque sabbat, on disposait en deux rangées, six par ranorée,sur la table d'or pur^, devant Yahvé, douze gâteaux, contenant chacun deux dixièmes d'épha de fleur de farine. Sur chaque rangée, on mettait de Tencens qui servait d'azkara ol qu'on brûlait en l'honneur de Yahvé. Ces pains étaient mangés par Aaron et ses fils parce que ces pains étaient sacro-saints.

Le rite des gâteaux {hallot), dits pains de proposition {lehempanim)^, est très analogue à la minha; c'est pourquoi nous l'ajoutons ici. La table aux pains de proposition était en bois de cèdre, plutôt que d'acacia, recouvert d'or *; on sait qu'elle figure sur l'arc de triomphe de Titus avec le chandelier à sept branches et les vases contenant l'encens^. La lumière et les pains de proposition existaient en permanence dans l'ancien sanctuaire de Nob, à l'époque de David, ce qui atteste l'antiquité du rite. Ces pains, lorsqu'on les retirait pour en mettre de frais à la place, étaient réservés à l'usage des prêtres ^.

Le prêtre Ahimelek, avant de consentir à en donner à David et à sa troupe, lui demande s'il est en état de pureté parce que ces pains sont saints ". Il semble que le Code sacerdotal ait renforcé le caractère sacré des pains de proposition et il est aisé d'en saisir la raison. La coutume d'entretenir devant la divinité une table d'offrande est d'un

biffent de Lévit., VI, 13, ie mot tamid. Il faudrait plutôt ajouter au texte vehal'a, comme dans Ezéchiel, XLIII, 27; Lévit., XXII, 27 et ailleurs. Sur l'opinionrabbinique traditionnelle, voirD. Hoffmann, op. cit., l, p. 30 et suiv.

1) Josèphe, Anl. Jad., III, 10, 7.

2) La table dite des pains de proposition. Bibliographie dans Schûrer, Gesch. des jad. Volkes im Zeitalter J.-C, II, 4* éd., p. 344.

3) Exode, XXV, 30. L'expression lehem panim est pour lehem li-phenh Yahvé, le pain placé devant Y'ahvé. Par analogie, on pourrait expliquer la déesse (Tanit) penè-ba'al comme li-phenè ba'al avec le sens de parèdre de Ba'al-Hammon. Pour exprimer qu'il ne veut pas de divinité parèdre, Yahvé se sert de la formule 'al-panay; cf. Deutér.y V, 7.

4) Exode, XXW, 23-30; cf. I Rois, VII, 48, dont on trouvera la traduction cidessus dans l'Introduction.

5) Il en est question également dans Josèphe, Anl., III, 6, 6.

6) I Samuel, XXI, 4-6, et Marc, II, 26.

7) Le fait de s'abstenir de relations sexuelles assurait l'état de sainteté.

usage très répandu * ; c'était la table du Dieu. La nourriture qu'on y maintenait, n'était qu'une offrande, non un sacrifice. Cet exemple est instructif en ce qu'il montre nettement la dilTérence de valeur du don et du sacrifice. Pour l'élever au rang d'un sacrifice, le sacerdoce Israélite n'eut qu'à y joindre le rite de Vazkara. Cette évolution était certainement accomplie du temps d'Ézéchiel et cela nous explique pourquoi il conçoit la table des pains de proposition comme un autel ^. Le Code sacerdotal place sur la table des pains de proposition, que renfermait le tabernacle au désert, différents vases sans que nous puissions dire qu'ils se trouvaient également à cette place dans le temple de Salomon ou même dans le second temple. D'abord, les \^ses ge'ara^assez grands, puisqu'ils pèsent ledouble despatères*, et qui vraisemblablement étaient destinés à recevoir l'encens. D'après le texte du Lévitique que nous examinons, il y en avait un par rangée, et effectivement on voit deux vases sur la table des pains de proposition figurée sur l'arc de triomphe de Titus. Mais d'après ces. mêmes textes on disposait aussi des vases à libation [menaqqiyol et qeiol ^) sur la table des pains de proposition. La confirmation apportée par Jérémie LU, 19 qui cite les menaqqiyol^ n'est pas décisive parce que ce vocable manque au texte correspondant de II Bois, XXV, 15 et peut, par suite, constituer une addition tardive '"'. En tout cas, même si la présence de ces vases à libation sur la taMc des pains de proposition est imaginaire, elle répond à la conception de cette dernière comme table de Dieu et elle parfait l'idée de sacrifice qu'on y attachait.

La réponse de David e.st assez obscure; nous comprenons I Samuel, XXI, 6 : M Non (lire : /o'), car aucune femme n'a été près de nous depuis environ trois jours que je suis parti, et les ustensiles des hommes n'ont pas servi [qodesh). S'il en a été ainsi dans la vie profane, combien plus en ce jour qui consacre les ustensiles. •> De même, pour se préparer à recevoir les paroles divines, les Israélites, dans le désert, doivent s'abstenir de relations sexuelles pendant trois jours; cf. Exode, XIX, 15.

1) Voir, par exemple, son importance dans les cultes grecs, Paul Girard, Rullctin de corrcsp. hellénique, 1878, p. 78-79. La table pour Cad, Uaïe, LXV,

2) Ezéchiel, XLI, 22. Voir ci-dessus, p. fô.

3) Exode, XXV, 29; XXXVII, 16; .\omhr.-f. IV 7 •1) Nombres, VII, 13 et suiv.

6) Exode, XXV, 29; XXXVII, 16; Nombres, 1\. 7 ; ri. i (.hron., \\\ llj. 17.

(î) C'est d'autant plus vraisemblable que le vocable, emprunté à l'orainéen {vf. Zimmcrn, Akkadiiche Fremdwiirler, 2* éd., p. 6G-(i6), ne doit pas avoir pén«'tré en hébreu antérieurement à l'exil.

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