La victime. Sa consécration
Léi>it.^ III, 1-17. Le sacrifice de communion admet, à côté des mâles intacts, la présentation de femelles en bon état. Le fidèle imposera la main sur la tête de l'animal, pratiquera les mêmes opérations que dans l'holocauste, tandis que les prêtres offriront le sang en le versant tout autour de l'autel.
Une partie de la victime sera brûlée sur Tautel, et précisément la graisse, à savoir la graisse des entrailles, la queue grasse dans le cas du bélier ou de la brebis, les reiris et la graisse qui les entoure, la membrane qui tient au foie .
La définition de l'expression zebah shelamim divise les exégètes ; elle est, en effet, fort difficile. Nous verrons qu'à Carttiage le sacrifice de communion est désigné par le terme de seva'at = hébr. sevahah, qui s'applique au rite consistant à s'assembler sur une hauteur pour pousser des cris en l'honneur de la divinité. D'après cela, la traduction adoptée par Luther « sacrifice d'action de grâces », en rapprochant shelamim de shillem « payer », pourrait se justifier. Tel passage comme Proverbes, VII, 14 , semble même l'appuyer. Mais on remarquera que, dans ce cas particulier, il s'agit de l'accomplissement d'un vœu et les autres sacrifices, *olah ouminha, pourraient prétendre au titre de sacrifices d'action de grâces lorsqu'ils sont commandés par un vœu.
Les LXX ont traduit dans le Lévitique : Ôuaia oa>tr,p:ou « sacrifice de salut » et ailleurs ôuota eîpi^vtxTJ « sacrifice de paix ». C'est l'objet de tout sacrifice de procurer le salut, et nous verrons, précisément, qu'à Carthage l'holocauste était appelé shelem kalil « salut complet ». La seconde traduction fournit une indication plus particulière. Le zebah shelamim, réunissant ungroupe de personnes, comporte l'idée de paix qui se déduit de la notion de communion que nous allons voir être fondamentale.
Des deux termes zebah shelamim, le premier n'offre pas d'incertitude ; nous aurons seulement à préciser son emploi. Le verbe zabah signifie u immoler », mais il est remarquable qu'on ne l'emploie que pour les
iOO LES ORIGINES CANANEENNES DU SACUIFICE ISRAELITE
sacrifices dont le fidèle peut manger *. Il est donc logique que zebah « immolation » ou le pluriel zebahim s'emploient exclusivement pour ces mômes sacrifices '. Nous n'envisageons ici que l'emploi hébraïque, mais le terme zebah. se retrouve dans toutes les langues sémitiques et l'on peut affirmer que c'est le sacrifice sanglant type ; ce n'est que par extension qu'à basse époque, les Phéniciens ont appliqué ce vocable au sacrifice non sanglant '.
Quant au second terme shelamim, il offre cette particularité de n'être jamais employé qu'au pluriel *, soit seul, soit en construction avec zebah. On ne peut songer à l'expliquer par shillem, acquitter, qui est un piel s'employant à l'occasion d'un vœu, même si ce vœu comporte un holocauste **. On n'a d'autre ressource que de le rapprocher des/ia/em comme la traduction des LXXnousy invite. Nous possédons
]) Il suffira de citer I Samuel, XXVIII, 24 (sorte de sacrifice puisqu'il est accompagné de pains azymes) ; I Rois, XIX, 21 (sacrifice de rupture d'Elisée); Ezéchiel, XXXIX, 17 (hécatombe dont on doit manger la chair et boire le sang — hyperbole violente du prophète); II Chron., XVIII, 2 (sacrifice pour l'hôte); Genèse, XXXI, 64 (sacrifice de communion offert par Jacob sur la montagne); I Samuel, I, 3 (sacrifice d'Elqana qui distribue les parts entre les siens). L'expression de ce dernier passage zeloah le-Yahvé se retrouve dans I Samuel, XV, 15, où il doit s'entendre d'un sacrifice de communion s'opposant au herem prescrit. Dans Osée, XHl, 2, nous corrigeons zobehè adam en moshi'è adam, d'après le verset 4 qui forme réplique au verset 2. En eflet, la seconde moitié du verset 2 doit se restituer: [e]lokim hem 'omerim [moshi'è] adam 'agalim, « ils appellent Dieu, les idoles, et sauveurs des hommes, des veaux ». C'est par négligence de rédaction que zabah est parfois appliqué à un ensemble de sacrifices (Exode, XX, 24) dont le sacrifice de communion. (Pour d'autres lectures que nous ne croyons pas fondées, voir Baudissin, RealencycL, de Hauck, IX, p. 712-713.) On a une négligence du même ordre avec le verbe 'alah dans LévU., XVII, 8, tandis qu'on trouve une rédaction correcte dans I Samuel, VI, 15 et Exode, XXIV, 5. Comparer aussi les deux passages correspondants: II Samuel, VI, 17 et I Chron., XVI, 1. Le pièl, zibbah, a le même sens que le qal.
2) Il faut tenir compte de ce fait dans les traductions. Ainsi I Sarouel, VI, 15: « les habitants de Beth-Shemesh offrirent des holocaustes et des sacrifices de communion » ; Bxode, XVIII, 12 : Yetro « prit une victime pour l'holocauste et des victimes pour le sacrifice de communion en l'honneur de Vahvé ».
3) Voir ci-après, chap. H, § 2. La racine zabah est commune à toutes les langues sémiti(|ues (même, serable-l-il, à l'égyptien), sauf à l'assyrien où zibu, «acriflce, est tenu pour un emprunt aux sémites de l'Ouest; cf. Zimmern, Akkadische Fremdwôrter, p. 66.
4) Le seul exemple de l'emploi du singulier, Amos, V, 22, est à rectifier en shnUmè, d'après les LXX.
5) Exemple : Psaumes, XXII, 2G. Les lanflrues apparentées n'apportent aucune lumière, car le phénicien emploie sheUm pour l'holocauste, comme nous le verrons ci-après et, quant à l'assyrien, le shalam biti est une oblation de farine sur laquelle on est mal renseigné ; cf. Thurcau-Dangin, Revue d'assyriologie, 1919, p. liiJ ri..tr 10.