CHAPITRE I. — LES SACRIFICES ISRAELITES iOl
le texte d'une prière S attribuée à Salomon, qui prend une valeur particulière en ce qu'elle est misie en relation étroite avec un zebah shelamim *, et constitue ainsi un passage liturgique des plus significatifs. Cette prière demande: c Que Yahvé, notre Dieu, soit avec nous^ », «qu'il incline notre cœur (âme, esprit) vers lui^ » et ce qui est typique: a Que notre cœur soit en union avec Yahvé, notre Dieu ^.» L'expression lebb shalem'im-Yahvé appariieni à la langue religieuse. En effet,quand Salomon, au temps de sa vieillesse, dit-on, selaisseentraîner au culte des divinités étrangères, l'auteur du livre des Rois observe que {( son cœur ne resta plus uni avec Yahvé, shalem ^im Vahvéy son Dieu ^ )). Ainsi, du rapprochement établi avec l'expression lebb shalem, on est en droit de conclure que shelamim est un terme technique qui marque chez les Israélites la communion, à savoir communion entre les participants au repas sacré, et communion de ceux-ci avec la divinité et ses prêtres. C'est peut-être cette multiplicité d'actions en jeu que marque le pluriel. Par contre, chez les Phéniciens, le lebb shalem est en rapport avec l'holocauste, puisque ce dernier porte le nom de shalem kalil.
Les purifications préliminaires étaient si naturelles et si simples que nos textes n'y insistent pas. Généralement, on se préparait la veille et on offrait le sacrifice de communion le matin ^.
Tout se passe dans le sacrifice de communion comme dans l'holocauste, sauf qu'on adopte la consommation comme moyen d'éliminer la masse des chairs après l'offrande du sang et de la graisse. Cette offrande est rigoureusement exigée et elle donne au sacrifice toute sa valeur : « Vous vous abstiendrez de manger toute graisse et tout sang *. » Nous avons déjà noté l'importance de ces pratiques. Elles assurent, comme dans l'holocauste, la propitiation. La consommation des chairs renforce ce caractère^, mais moins fortement, estime-t-on, que l'holocauste. Aussi, le sacrifice de communion n'est-il pas sacrosaint comme ce dernier. Remarquons encore que l'offrande de la graisse sur l'autel, avant toute répartition des chairs de la victime, est
1) I Rois, VIII, 22-5y.
2) I Rois, VIII, 62-63. Le passage correspondant II Chron., VII, 5, ne porte pas ha-shelamim; c'est donc peut-être une glose, en tout cas elle est exacte.
3) I Rois, VIII, .57.
4) 1 Rois, VIII, 58.
6) I Rois, VIII, 61 : shalem ^im Yahvé.
6) I Rois, XI, 4; XV, 3; cf. XV, 14.
7) Amos, IV, 4; Juges, XXI, 4; Josué, VII, 13; Job, 1, 5.
8) Lévit., III, 17; cf. ci-après ad Lémt., VII, 26 et suiv.
9) Comparer Exode, XXIX, 33 : « ils mangeront les offrandes pour quils soient consacrés ».
i02 LES ORIGINES CANANEENNES DU SACRIFICE ISRAELITE
très anciennement attestée par le récit de Timpiété commise à Silo par les fils du prêtre 'Eli *.
Nous verrons, ci-après, que Ton classait les sacrifices de communion MTï /oda/iousacrifice de louanges, en neder ou sacrifice votif elen nedaba ou sacrifice volontaire*. Or, il se trouve que la partie du Code sacerdotal estimée la plus ancienne, c'est-à-dire la loi de sainteté (H), ne mentionne que le sacrifice votif et le sacrifice volontaire, en étendant d'ailleurs cette division à l'holocauste^. Bien que rien n'indique que cette classification soit limitative, Benzinger conclut qu'à l'époque la plus ancienne, les sacrifices de communion ne comportaient que des sacrifices votifs et des sacrifices volontaires.
Nous traiterons du sacrifice todah dans le paragraphe suivant; nous n'insisterons ici que sur le sacrifice votif et le volontaire. Le vœu (neder) définit une obligation consécutive à une intervention de la divinité sur la demande du fidèle. La prière de ce dernier, chargée d'une promesse conditionnelle, met en mouvement la force divine, mais par là même le fidèle est lié et ne peut plus se dédire. Il était libre de s'abstenir du vœu* ; mais une fois formulé, le vœu est un véritable traité avec la divinité, voire une alliance ^. La condition que s'est imposée le fidèle est généralement un sacrifice, soit holocauste allant jusqu'au sacrifice humain*^, soit sacrifice de communion ou même simple rite oral comme les louanges liturgiques '^. Il n'y a guère que le vœu prononcé par une femme qui puisse être annulé, non par elle, mais parla volonté du mari *. Cependant, quand le vœu vise directement les personnes ^ les animaux *^ ou les immeubles^S on peut opérer le rachat.
L'offrande volontaire (nedaba) s'oppose au vani ** par le mouvement spontané qui la dicte et en ce qu'elle n'impose aucune condition à la divinité. Elle peut consister en dons de toutes sortes ",c'était aussi un holocauste ou un sacrifice de communion **. On la recevait dans le
1) I Samuel, II, 15 et suiv. ; cf. Ezécliiel, XLIV, 7 ; IT) et ri npn's.
2) Lévit., Vil, 12 et suiv.
3) LéoiL, XXII, 17-25; i\ombres, XV, 1-16.
4) Deutér., XXIII, 22-24 (au verset 24 nedaba est pour binedaba « volonlairejnent ») ; Ecdésiaste, V, 3-5.
5) Genèse, XXVI! I, 20-22.
fi) Juges, XI, 30.
7) Psaumes, LXI, 6; i).
8) Nombres, XXX, 9.
9) Uvit., XXVIl, 1-8.
10) Ibid., 9-13.
11) Ibid., 14-28.
12) Opposition marquée dans UvU., VII. 16; XXII, 18; 21; S3; XXIII, 38; Jfombre-i, XV, 3 ; Deutér. ,XU.r..
13) Esdras, I, 4; 6.
U) Ezéchiel, XVI, 12; Esdras, 111,4.