CHAPITRE I. LES SACRIFICES ISRAELITES
aussi celui où les abus devaient s'introduire le plus facilement, de là des prescriptions minutieuses. Une discipline spéciale s'imposait aux prêtres s'ils ne voulaient pas voir déserter le sanctuaire et les Israélites se contenter de pratiquer les immolations hors du sanctuaire. « Ne profanez pas mon saint nom, recommande Yahvé aux prêtres, et je manifesterai ma sainteté * au milieu des Israélites, moi Yahvé qui les '^ sanctifie^.» Ne pas profaner mon saint nom, cela signifie que les prêtres auront égard aux « saintetés des Israélites », c'està-dire qu'ils ne profaneront pas les sacrifices de communion offerts par les Israélites ^ en oubliant les prescriptions rituelles. Si les prêtres opèrent convenablement, la force sacrée ^ qui se dégage de Yahvé se manifestera au milieu des Israélites et en leur faveur. De" même, Ézéchiel annonce que, lorsque Yahvé aura ramené son peuple à Jérusalem, il agrt^era les sacrifices et manifestera ainsi sa sainteté aux yeux des nations^.
Ces prescriptions concernent non seulement les sacrifices de communion, mais encore les diverses offrandes soit* obligatoires comme les prémices, soit non obligatoires. Elles ne s'étendent évidemment pas aux sacrifices expiatoires ni à la minha que, seuls, les prêtres peuvent consommer.
On sait par ailleurs"^ que l'impureté d'un individu ayant touché un cadavre humain est de sept jours ; on voit ici que celui qui touche un tel individu est impur jusqu'au soir.
Léçit.y XXI, 16-24. Un prêtre atteint d'une infirmité n'est pas admis à offrir le pain de son Dieu ; ainsi, celui qui est aveugle ou boiteux, qui a le nez cassé ou des membres inégaux; celui qui est estropié soit du pied, soit de la main; un bossu ou un nain; celui qui a une taie sur l'œil, la gale sèche ou humide ou les testicules broyés. Aucun individu
1) On traduit généralement « et je serai sanctifié »>, ce qui ne cadre pas avec le fait que c'est Yahvé qui sanctifie Israël. Voir plus haut, p. .S3 et suiv.
2) D'après le Samaritain.
3) UviL, XXII, 32.
4) Lévit., XXII, 2.
.5) Voir, à ce sujet, V Introduction, § III.
6) Ezéchiel, XX, 40-41. Remarquer l'emploi de la formule sacerdotale « en parfum agréable ». Voir encore Ezéchiel, XXVIII, 25; XXXVI, 23; XXXIX, 27, pour les manifestations favorables de la force sacrée de Yahvé, et XXXVIII, 16 et 23 (contre Gog); XXVIIl, 22 (contre Sidon) pour les effets funestes.
7) Nombres, XIX, 10 et suiv. L'application de cette règle est faite aux prêtres par Ezéchiel, XLIV, 25-26.
{\6 LES ORIGINES CANANEENNES DU SACIIIFICE ISRAELITE
infirme de la race d'Aaron, le pontife, ne peut offrir les sacrifices de Yahvé. Il peut se nourrir du pain de son Dieu, provenant des offrandes très saintes comme des offrandes saintes; mais il ne doit pas pénétrer jusqu'au voile ni s'approcher de Tautel, à cause de son infirmité et parce qu'il profanerait les choses saintes.
Ainsi riiilirmité du prêtre est considérée, de même que celle de la victime offerte en sacrifice, comme une impureté, mais une impureté secondaire [niisqu'elle n'écarte pas des aliments sacrés. 11 fallait bien admettre que le prêtre devenu vieux et infirme continuait à se nourrir des offrandes. « Pénétrer jusqu'au voile » est une expression de la langue sacerdotale tardive pour dire « entrer dans le debir ».
A la lumière de ces prescriptions, on peut chercher u élucider une question d'espèce assez curieuse. On sait que le prophète Jérémie est désigné comme fils de Hilkiya u d'entn; les prêtres qui étaient à Anatot, dans le pays de Benjamin *. « La prêtrise se transmettant de père en fils 2, il n'est pas douteux que Jérémie aussi bien que Hilkiya étaient prêtres. Mais on a remarqué que jamais Jérémie, dans son œuvre, ne fait fonction de prêtre et on en a conclu que le membre do phrase, « d'entre les prêtres qui étaient à Anatot >>, ne visait que sou père. Cela serait, que Jérémie n'en aurait pas moins été prêtre par droit de naissance; toutefois, il n'a pas exercé sa fonction^. On ne peut admettre qu'il se soit dérobé volontairement au service de Yahvé. Il a donc dû être écarté de la prêtrise par quelque nécessité légale et il n'y en a pas d'autre qu'une incapacité physique. Peut-être doit-on voir une allusion à cette situation particulière lorsque Jérémie confesse qu'il ne s'est jamais marié et n'a eu ni fils ni fille, Yahvé le lui ayant interdite Ne serait-ce pas l'aveu de l'incapacité physique qui l'écarlait du sacerdoce? Si le prophète a pris un fait aussi personnel pour thème d'une malédiction contre Juda, ne serait-ce pas pour répondre aux attaques de ses ennemis qui devaient signaler cette privation de descendance comme un malheur dont le frappait la divinité ''?
1) Jérémie, 1, 1.
2) Dealer., XVIII, 5.
3) Un détail tend encore h prouver qu'il n'a pas officié comme prêtre, c'est qu'il portail (Jérémie, VII, 29) les cheveux lonjçs, alora que les prêtres devaient les avoir coupés courts d'après Ezéchiel, XLIV, 2(>.
4) Jérémie, XVI, 1-2.
5) Jérémie, XXII, 30, exprime l'idée commune que la privation de descendance est un malheur envoyé par Dieu.