‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 40 sur 173 · IV. — Le sacrifice pro peccato ou hattat · texte numérisé non relu

IV. — Le sacrifice pro peccato ou hattat

L, — Le hattat du prètre-oint.

Lévit., IV, 1-12. Le sacrifice hattat est prescrit dans le cas où l'on transgresse, par mégarde, une défense de la divinité. Divers cas sont envisagés.

La faute du prêtre-oint, retombant sur le peuple, exigera l'offrande d'un jeune taureau. Le prêtre-oint amènera l'animal devant la porte du sanctuaire, lui imposera la main sur la tête, l'immolera et fera fumer la graisse comme dans le sacrifice de communion. Pour l'offrande du sang, il en remplira sa main \ pénétrera dans le sanctuaire et, ayant trempé son doigt dans ce sang, il en aspergera sept fois le rideau du sanctuaire. Il mettra de ce sang sur les cornes de l'autel aux parfums qui est dans le sanctuaire. Le reste du sang est versé au pied de l'autel aux holocaustes.

Quant à l'animal, après enlèvement de la graisse, la chair avec la tète, les jambes, les intestins et la fiente, tout sera transporté hors du camp, au dépôt des cendres grasses, pour y être entièrement brûlé.

Avant d'aborder les cas particuliers, on présentera quelques considérations générales. Il est admis, avec l'école de critique biblique, que l'institution du haitai ou sacrifice pro peccato est postérieure à l'exil. Nous réfutons ce point de vue, dans le chapitre suivant, en nous fondant sur les analogies très étroites avec le rituel phénicien. Ce n'est qu'à une époque très reculée que l'holocauste et le sacrifice expiatoire se confondaient «ous le nom de kalil. Nous aboutirons même à cette conclusion que, non seulement la conception du sacrifice expiatoire, mais encore la division en pro peccato et pro dellcto est antérieure à l'exil.

Pour tout péché, on n'envisage l'expiation que si la faute est commise par inadvertance, c'est-à-dire si, par mégarde, on n'a pas observé « tous les commandements que Yahvé a communiqués à Moïse, tout

ce que Yahvé a prescrit à votre intention par l'organe de Moïse et

1) Ce détail n'est donné que par les LXX et le Samaritain, mais n'exclut pas l'usage d'une patère.

lis LKS OIIKIINKS C\N\NKËNNES DU SACRIFICE ISRAELITE

cela depuis l'époque où Yahvc l'a prescrit jusqu'à vos générations futures* ». Pour le péché accompli sciemment, résolument, il n'y a pas de pardon, mais la mise au ban de la société. « Mais celui qui aurait agi ainsi résolument*, parmi les nationaux ou parmi les étran* gers, celui-là outrage Yahvé. Cet individu sera retranché du milieu de son peuple^. » Ayant méprisé la parole de Yahvé et enfreint son commandement, « il ne pourra s'en prendre qu'à soi-même du supplice qu'aura mérité son iniquité * ». La même distinction de Vimpurus et de Vimpins existe dans la religion romaine.

Nous examinons maintenant ce qui concerne le prêtre-oint. Le péché du prêtre-oint affecte la communauté entière (oyn natt^NS), parce que le rite de l'onction a pour vertu d'incorporer dans l'être qui le subit toutes les forces vives de la communauté^. Quand le prêtre-oint pèche, c'est comme si la communauté avait péché ; aussi, l'offrande sera-t-elle la même dans l'un et l'autre cas.

Nous rencontrons ici pour la première fois, mais il en allait évidemment de même dans tous les sacrifices sanglants, une prescription concernant la masse du sang, celle qui ne sert pas à oindre l'autel. On la verse à la base (yesod) de l'autel aux holocaustes. La Mishna fournit des indications complémentaires qui peuvent s'appliquer également à l'ancien temple car tout cela était réglé par le système de canalisation difficile à modifier'^. Une marque rouge aurait été tracée, tout autour de l'autel, à mi-hauteur pour fixer la séparation du sang d'en haut d'avec le sang d'en bas"^. La base de l'autel était creusée sur les côtés nord et ouest : le sang qu'on versait au pied de la face nord longeait cette face puis tournait sur la face ouest pour aboutir à deux exutoires qui ouvraient sur un canal débouchant dans la vallée du

1) i\ombres, XV, 22-23; cf. 28. La mention « par mégarde » est aussi une précaution contre ceux qui penseraient qu'une erreur commi<f» par ni«^firarde n'est pas un péché, voir Ecclésiasle, V, 5.

2) Be-yad rama opposé à bi-shegaga.

3) Nombres, \V, 30.

4) Nombres, XV, 31. La stèle grecque du temple de Jérusalem, interdisant l'accès du parvis intérieur aux non-juifs, emploie la même expression : oç o' av Xt^^Ot) iijzto attio; isra: o;à lo è;axoXouOîîv Oivatov. C'est d'ailleurs une formule courante dans l'épigraphie antique.

5) Voir notre Introduction à Vhistoire des Religions, p. 242 et suiv.

6) Cf. I Maccabées, IV, 47.

7) Les textes anciens distinguent simplement l'offrande du sang versé au moyen des patères d'avec l'éliraination du reste du sang rendu à la terre ; ci-dessus, p.7<) et suiv. LupschiUz, que cite IloUzinann, Mishna, Middot, p. 78, pense que le sang des pigeons, dans rholocausle, et du bétail dans le sacrillce expiatoire, était répandu contre la partie supérieure de l'autel, celui des autres sacriflccs contre la moitié inférieure.

Page 1