‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 43 sur 173 · CHAPITRE I. LES SAClUin..- i>i \i:LTTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. LES SAClUin..- i>i \i:LTTES

On relèvera avec Dillmann que, si le Lévitique prescrit l'offrande d'un taureau comme expiatoire de la communauté, par contre, en pratique, cette offrande consiste frc({uemmenten un bouc. On voit là une contradiction à l'intérieur môme du Code sacerdotal ^ Si nous séparons les cas où l'expiatoire de la communauté 'est un taureau de ceux où l'on offre un bouc, nous obtenons les deux listes suivantes dont la comparaison nous permettra d'aboutir à une conclusion très nette.

Taureau, comme expiatoire de la commanaiité : Lévii.y iV, 13-21 ; Xombres, \'III, 8-li (installation des Lévites qui fonctioanent pour la communauté').

Bouc, comme expiatoire de la communauté : Nombres, XV, 'ii (un Ijouc comme expiatoire et un taureau comme holocauste); Lévit., IX (alliance avec Yahvé) ; Lévit., XYI (bouc émissaire) ; II C)iron., XXIX, 43 (Ézéchias); Nombres, XXVlll. 15 méoménie); Nombres, XXYlll, '2*2 (fête des pains azymes); Lévit., XXIII, 15 et suiv. et Nombres, XXVIII, 30 (pentecôtej; Nombres, XXIX, 5 (1" jour du septième mois); Ibid., 11 (10® jour du septième mois) ; Ibid., 16-38 (fête des tabernacles).

On constate immédiatement que la coutume ancienne, conservée jusque dans le Code sacerdotal lorsqu'elle est commandée par une fête ou une pratique populaire, est d'offrir un bouc comme expiatoire de la communauté et la raison nous en paraît assez évidente. On verra en effet, ci-après, que le bouc est l'expiatoire régulier du prince. On peut conjecturer que, tant qu'Israël eut des rois, expiatoire du roi et expiatoire du peuple se confondaient, ce qui se conçoit puisque le roi israélite était l'émanation du peuple et en concentrait toutes les forces. Par là s'explique le récit de II Chron., XXIX, 21-24, où le roi et le peuple offrent en commun un expiatoire composé de boucs. Encore à l'époque d'Ezéchiel l'expiatoire était un bouc ^.

1) Bertholet, Leviticus, p. 12-13 ; Benzinger, Ilebr. Arcli., 2* édit., p. 379. Notamment entre LévU., IV, 13-21, et Nombres, XV, 24.

2) Voir ci-après, chap. IV, § 4.

3) Cela résulte surtout d'Ezéchiel, XLIII, lo et suiv., où le bouc est bien l'expiatoire du peuple, puisqu'il est dit qu'à partir du huitième jour les prêtres pourront offrir sur l'autel « vos holocaustes et vos sacrifices de communion ». De même pour la fête des azymes, Ezéchiel, XLV, 23, qui ï^ accorde avec Nombres, XXVIII, 22. Nous n'avons pas inséré ces exemples dans les listes précédentes, parce qu'ils ont un caractère fictif et qu'Ezéchiel paraît prendre quelques libertés avec la réalité. Ainsi, il imagine que le sept du premier mois on offrira un sacrifice expiatoire, inconnu par ailleurs' (XLV, 20), que le jour de Pàque, il fait offrir un taureau expiatoire par le prince i)0ur lui et pour le peuple (XL\', 22), de môme à la fête des tabernacles (XLV, 25). A côté de cela, il oublie la fête des semaines. La torah d'Ezéchiel est un ouvrage décousu où limaginalion a sa part et supplée trop souvent les souvenirs défaillants. .Jusqu'ici le rituel babylonien n'offre pas d'exemple du « bouc émissaire »; cf. Fossey, Journal asiatique, 1910, II, p. 133.

122 LKS ORIGLNL.^ i..A:.\.M:i.iNiNKS 1>U SACIUIK.E ISRAELITE

Si, comme Baudissin semble l'avoir démontré', le terme de at irim appliqué aux démons est un terme relativement de basse époque *, celte appellation a pu prendre naissance du fait que le bouc était la victime plus spécialement employée dans l'expiatoire.

Lors de la rédaction du Lévitique, un grand cbangement était intervenu dans l'organisation d'IsraCl : il n'y avait plus de roi; le grand prêtre prenait naturellement sa place en tant que représentant de la communauté. La conséquence fut d'identifier l'expiatoire du peuple à celui du prêtre-oint, c'est-à-dire que l'offrande du bouc fut remplacée par celle d'un taureau. Naturellement, la réforme ne pouvait s'opérer radicalement ; l'antique coutume subsista non seulement dans les anciens textes, mais aussi dans certaines pratiques et dans les fêtes consacrées par la tradition.

Page 1