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CHAPITRE II. — LES TARIFS SACRIFICIELS CARTHAGINOIS H\i

que le grand tarif de Carthage* met tout particulièrement en évidence cette confusion puisque Tholocauste et l'expiatoire Y sont groupés sous le terme pluriel : keïilim, les kalil. C'est que, dans Tun et l'autre cas, le sacrifice était total — c'est le sens du vocable — pour le fidèle ; rien de l'animal ne lui revenait-. En Israël, la destruction était parfois plus rigoureuse dans le sacrifice d'expiation que dans l'holocauste, puisque la peau elle-même était brûlée 3. C'était dans les cas graves qui nécessitaient ^expulsion radicale du péché concentré sur la victime.

D'ailleurs, il n'y a pas seulement similitude rituelle entre les deux sacrifices kalil, ils sont fréquemment associés. Dans une grande cérémonie, il y a place pour les trois sacrifices. Le sacrifice d'expiation, en tant que rite d'expulsion, est un sacrifice préparatoire qui met le sacrifiant dans un état de sainteté où il retirera le plus grand bénéfice de l'holocauste. Ce dernier consacre le fidèle et amène la propitiation. Un sacrifice de communion pourra parfaire le tout. On trouvera plusieurs exemples de tels sacrifices dans le chapitre suivant.

Cependant, les deux premiers sacrifices suffisent dans bien des cas, ainsi lorsqu'il s'agit de réintégrer dans le culte la femme après ses couches^ ou le lépreux après guérison^

De l'identité primitive d'appellation, il résulte que le sacrifice d'expiation et l'holocauste sont le dédoublement d'un seul et même sacrifice. Cette complication du rituel répond à la distinction théologique du propitiatoire et de l'expiatoire ; on a détaché le caractère expiatoire que comporte l'holocauste pour en constituer un rite spécial.

1; Corpus inscript, serniururuni, I, 167.

2) Une exception dans le grand tarif de Carthage pour le taureau et le bélier, mais limitée aux cornes.

3) Léoit., IV, 12 et 21 ; VI, 23 ; XVI, 27.

4) Lévit., XII. C'est aussi le cas de Lévit., V, 7 et suiv., où deux pigeons sont sacrifiés l'un comme victime expiatoire, l'autre comme holocauste.

5) Lévit., XIV, 10 et suiv. Voir ci-après, chap. III.

-140 LES OÎUGLNES CANANEENNES DU SACIUI-ICK ISHAKLITE

Avant de passer au sacrifice de couuiuijiion, nous relèverons encore un détail concernant le hatil carthaginois ou sacrifice expiatoire. Le P. Lagrange s'étonne de la modique redevance en viande attribuée aux prêtres : 300 (sicles) en poids pour iiti taureau, soit à peine 5 kilogranimes. L'unité n'étant |i.is spécifiée dans le texte punique, on pourrait calculer autrement i\u\\. is d'après quel

système? On ne le voit pas. Va\ icalilé, ce faible poids s'explique fort bien par la nécessité qui devait s'impostMaux prêtres de consommer immédiatement la viande d'un sacrifice expiatoire, car coin me le dit le Léviti(}ue « c'est un objet sacré [>; f • »; le reste devait être brûlé.

Chez les Israéiues, i aîumal entier après l'offrande du sanfj; et des graisses, est attribué aux prêtres, quand il s'agit de l'expiation d'un individu, parce que tous les prêtres sont admis à s'en n;)uri-ir'. .\ (bailliage, il esl a proiMii-'i- ipir, seuls, les prêtres officiants mangeaient du sacrifice expiatoire et, de la quantité de viande (|ui leur est attribuée, on peut tirer une indication sur le [)ersonnel sacrificateur : on évaluera à 10 ou 12 personnes les prêtres et servants qui opéraient dans le sacrifice d'un taureau, la moitié dans le cas d'un veau ou- d'un bélier ^

Gela nous amène à nous demander à quoi correspondait exactement la redevance de 10 et 5 sicles, 1 sicle et 2 /.us, {\\n- (juarls de sicle et 2 /ar>, due à cliaqie prêtre respectivement dans chacun de ces sacrifices. Si, pour simplifier, nous examinons le cas du mouton et si l'on admet la présence de 5 personnes rétribuées en argent comme elles le sont en viand» . on voit (|ue la dépense pour le sacrifiant sera d'une vingtaine de francs en

1) I.i}vit., VI, 18 : qodesti qodashim.

2) Pour la dilTérence entre l'obligalioii pour le prôlre urflcianl de mander de celle chair et la faculté qu'ont les autres prêtres de s'en nourrir, voir pins haut, p. 124-12Ô.

H| Mishna, Yonw, 11, ()-7, fixe à 24 le nombre des prêtres omciant dans le sacrifice d'un laureau, à onze pour le sacrifice d'un bélier , mais ce sont là <les chilTres exceptionnels valables pour le jour des expiations.

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prenant le sicle de 14 gv. 55. Ce pourrai L fort bien rcrH-. senter non seulement la rétribution des prêtres, ii; le prix (le l'animal qui aurait été fourni par le temple ^ Cette hypothèse s'impose si l'on admet avec M. Clermonl- Ganneau- que, dans le tarif de Marseille, ligne 15, il est fait mention des propriétaires de bétail ou de volatiles et qu'on ne leur réclame aucune conlrijjution pécuniaire. Les bénéfices des temples tenaient à la quantité des sacrifices qui y étaient pratiqués car, si l'on en juge par le nombre de stèles découvertes à Caithage et marquant simplement raccomplissement d'un sacrifice votif'', les pratiques sacrificiv'llcs avaient pris dans cette ville un développement considérable.

La comparaison avec le rituel du Lévitique est également instructive pour le sacrifice de communion. Le terme carthaginois est n'Ji:t que nous vocalisons sevaat'^ parce que nous y retrouvons l'hébreu r^r\'\'^, sevahah, qui est le cri qu'on jette vers le ciel. Dans l'Ancien Testament ce terme revient quatre fois, avec le sens de cri de tristesse-', de lamentation et on en a déduit le même sens pour l'assyrien {itkhtu. Mais la forme verbale, employée par Isaïe, paraît viser un rite phénicien consistant à s'assembler sur les hauteurs pour pousser des cris de louange à la divinité''.

1) Si l'on estimait la dépense trop faible, onpourait la relever un peu en supposant au sicle un p"ids plus fort. Nous ignorons le prix du mouton à Carthage ; mais ayant connu le prix de 4 fr. 25 le mouton dans le désert de Syrie, nous ne croyons pas impossible qu'on ait eu à Carthage un mouton pour deux sicles.

2) Clermont-Ganneau, Rec. d'arch. orient., III, p. 8, qui o ùv.\ le rapprochement avec les parabomia.

3) Le rapport entre les stèles carthaginoises et les ?-arriii( es votifs a été nettement indiqué par MM. Ph. Berger et R. Gagnât, Bulletin arcliéol. du Comité, 1889, p. 2.57: « La stèle ne constituait pas à elle seule l'offrande ; elle ne devait être, le plus souvent du moins, que le monument durable d'un sacrifice fait en accomplissement dun vœu. » A l'appui, nous citerons le post-scriptum de la néopunique 124 (Altiburus) que no is lisons; « Ce qu'il a offert en holocauste ou minlia dans le sanctuaire, est ce que 'Abdmelk (= 'Abdmelqart) a voué là ».

4) On vocalise généralement avec le Corpus : Sauat.

5) Isaïe, XXIV, 11 ; Jérémie, XIV, 2 ; XLVI, 12 -Psaumes, CXLIV, 14.

6) Iiîaïe, XLII, 11. Alors que les habitants des îles entonnent la louange

148 LES OHIGINES CANANKENNKS DU SACRIFICE ISRAELITE

Ce rite convient parfaitement à un sacrifice de communion, notamment au todah ou sacrifice de louanges que les Cananéens pratiquaient plus particulièrement au sommet des collines. Nous avons vu plus haut que le rituel israélite envisageait plusieurs variétés de sacrifice de communion; il en était de même à Cartha;j;<\ inalhcucusement le tarif de Marseille oflVe une lacune en ce point'.

Si nous essayons de poursuivre le rapprochement entre le rituel carthaginois et le Lévitique, comme l'autorisent cespreiiii r- résultats, nous aboutissons atiautics précisions non moins curieuses. Nos tarifs Uinoignent d'une singulière insistance, dans le cas de la seva at^ à attribuer aux prêtres deux parties de la bête sacrifiée: nSy et n"'>p. Même dans le cas où raniiual scia simplement présenté devant la divinité — et vraisemblablement mis à mort et dépecé en dehors du sanctuaire par les soins d'un particulier 2, — le tarif attribue ces deux pièces aux prêtres. C'est açsez marquer qu'il n'y a pas là simplement une redevance — car il eut été commode dau^ ( ' dernier cas de la verser en argent, — mais une pratique rituelle importante. Or, et l'on admettra difficilement une rencontre fortuite, le Lévitique attribue, avec une égale insistance, dans le zcbah shtlamim ou sacrifice de communion, deux parties de l'animal aux prêtres : la poitrine et la cuisse droite.

Les tentatives faites pour expliquer les termes dSj?' et n"«3rp du rituel carthaginois ont été peu heureuses. Elles aboutissent, avec beaucoup de peine, pour l'un et l'autre terme, au sens de jointures et d'articulations. Nos tarifs auraient-

en l'honneur de Yahvé, que les gens de l'Orient et de la steppe élèvent la voix, les hnhilants de la montagne poussent des cris de joie \yis»aho\x) du haut des cimes. Comparer Isaïe, XXXIX, 9 ; LVil, 7 ; Osée, IV, 13 : « Ils sacrifient sur le sommet des montagnes et brûlent de Tencens sur les collines ».

1) Voir ci-apn>s, append. II. ligne 13 de CIS, I, 165.

2) Nous comprenons ainsi la ligne 13 de C^s', I, 1 «*.."). qui sans cela, constituerait une répétition inutile. De même, chez les anciens li*raélites, Ir sacrifice de communion ne se pratiquait pas obligatoirement dans un sanc tuaire. Cela résulte de la règle nouvelle qu'institue Lévitique, XVil, 6.

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