IV. — Le prêtre et ses vêtements rituels
Le prêtre lui-même, qui est saint de par sa consécration '*, ne peut aborder le sacro-saint sans accumuler les rilos protecteurs et purificatoires^; ces derniers le hausseront temporairement à l'état de sacro-saint. Nous allons examiner rapidement les conditions que le prêtre doit remplir, les purifications auxquelles il doit se soumettre, les vêtements spéciaux qu'il doit revêtir; nous laisserons de col»' l<'s prescriptions f{ni font partie de la description même des sacrifices.
Le préLrc, (jui doit pratiquer le sacrifice ou pénétrer dans le sanctuaire jusque dans le debir^ pour le service du culte et pour consulter la divinité*, n'aura aucun défaut cor-
1) Prescriptions particulièrement précises pour le hatfat, les mêmes pour Va^ham. Voir plus loin la description de ces sacrifices,
2) Uvit., VI, 12-10.
3) UviL, VI. 23.
4) Cela répond au rite des anciens Arabes lorsqu'ils abandonnaient les parts de la victime aux bétes sauvages ; cf. Wcllhausen, Reste arabischen Heidentuins, p. 121.
5) Kxode, XXIX, 21 ; Uvit., XX ï, 7-8. ♦5) Uvit., XVI, 2 ; Exode, XIX, 22.
7) Ce sont le» fonctions principales du prêtre; cf. Lévit., X.XI, 17-23; Nombres, XVIII; Deutér., XXXIII, 8-11. Môme déllnitioa dans I Samuel. II, 28 : monter à l'autel do Yalivé, offrir à Vahvé les parfums, porter l'éphod en sa présence. En dehors de ces fonctions, le prOtre enseigne au peuple les règles du culte, voir ci-dessus, p. 10 et 35.
porel'. Si un accident le rend impropre à ces fonctions, il continuera cependant à se nourrir des sacrifices car, ainsi ([uenous le verrons et contrairement à la théorie qui définit la consommation de la matière des sacrifices comme le point culminant du sacrifice, c'est là un rite secondaire, un rite de sortie dont l'objet est d'assurer l'élimination des chairs sacrées '. Mais on exige toujours que le prêtre soit pur 3. Les prescriptions de pureté entraînent des restrictions pour son mariage "^ et des obligations pour sa famille •'.
Au moment où il prend son service, le prêtre doit pratiquer des ablutions : lavage des mains et des pieds ^; à cela sert la cuve d'eau près de l'autel. 11 doit s'abstenir de vin, car cette boisson pourrait le troubler dans l'accomplissement des rites ^. Il revêt un vêtement rituel qui le protège comme une armure lorsqu'il approche de l'autel ou entre dans le tabernacle; le texte est formel : il y va de sa vie"^. Aussi ce vêtement, dont certains éléments ont de plus un rôle actif, notamment quand le prêtre interroge la divinité, est-il décrit avec minutie. Il consiste d'abord en un caleçon de lin (jfiiknesè-bad)'^ sur lequel on passe une tunique étroite de lin fin [kouttonet) "\ D'après Josèphe, cette tunique était d'une seule pièce''. Elle est maintenue par une ceinture richement brodée [abenet] ^'' qui, d'après la
1) Lévit., XXI, 17 et suiv.
2) Voir ci-après, chap: I, i, 3.
3) Lévit., XXII, 1 et suiv. ; cf. Ezéchiel, XLIV, 25 ; 31.
4) Lévit., XXI, 7-15 ; Ezéchiel, XLIV, 22 ; cf. Emil Scliiirer, Gesch. des jïidischen Volkes ira Zeitalter J.-C, -i' édit., t. II, p. 281 et suiv. Restrictions dans les rites de deuil, ibid., p. 283.
5) Lévit., XXI, 9 ; XXII, 12 et suiv.
6) Exode, XXX, 17-21 ; XL, 31-32. Les textes de basse époque dans E. Schïirer, Gesch. des jiidischen Volkes im Zeitalter J.-C, II, 4* édit., p. 340.
7) Lévit., X, 9 ; Ezéchiel, XLIV, 21. Textes de basse époque dans Schûrer, ibid.
8) Exode, XXVIII, 43. La bibliographie concernant le vêtement du grandprôtre et du prêtre est donnée par Schûrer, ibid., p. 319 et 339.
9) Exode, XXVIII, 42.
10) Exode, XXVIII, 39.
11) Josèphe, Antiq., III, 7; cf. Jean, XIX, 23.
12) Exode, XXVIII, 39 ; XXXIX, 29.
44 LKS ORIGINES CANANEENNES DU SACRIFICE ISRAELITE
tradition rabbinique, pendait sur le devant et se terminait par des nœuds tombant presque sur les pieds. La ceinture se retrouve dans le costume des prêtres syriens *.
Le prêtre ou grand-prêtre, qui pénétrait dans le sanctuaire, revêtait encore la robe de l'éphod (me IL ha-ephod), vêtement sans manche et terminé par des grenades entremêlées de sonnettes d'or dont le bruit lui permettait d'entrer dans « le Saint en présence de Yahvé » et d'en sortir sans que mort s'ensuive'-. Nous démêlons mal la valeur de ces attributs ; cependant, nous savons que la grenade était un symbole sacré extrêmement répandu. Quant aux clochettes, leur valeur magique est attestée par de nombreuses comparaisons d'où sir Frazer a conclu qu'elles avaient ici pour objet soit de chasser les démons soit d'attirer l'attention de la divinité 3. Il n'est pas nécessaire d'opter entre ces lieux explications S elles se complètent. Toutefois, le texte biblique insiste sur le rôle des clochettes au moment où le prêtre entre et sort; c'est d'ailleurs à ce moment surtout que les clochettes se font entendre. Il semble donc que le prêtre cherche principalement à protéger son état de sainteté contre les mauvaises influences qui peuvent se dissimuler à l'entrée du sanctuaire. C'était une propriété générale des instruments de musique que d'écarter les esprits malins -J. Les grenades et les clochettes alternaient proba blement dans une frange nouée dont il faut rapprocher la prescription pour tout Israélite de nouer en une sorte de frange le coin de son vêtement^, ce qui correspond assez bien à ce que nous voyons sur les monuments assyriens; cette pratique avait donc une valeur religieuse •.
1) Voir Fr. Cumont, Eludes syriennes, p. 261.
2) Exode, XXVIII. 31-35 ; XXXIX, 22-2r>.
:i) Frazer, l'olk-Lorc in Ihe Old Testament, III, p. 446 et suiv.
4) Comme fait, par exemple, Baudissin, dans Rcalencyd., de Hauck, VI, p. 10 et suiv.
5) I Samuel, X, 16 ; 23.
G) /Sombres, XV, 38 et suiv.: ^i^it ; Deutér., XXII, 12: gcdilim ; Matthieu. XXIII, «; IX, 20; XIV, 36.
7) Celte valeur religieuse est notée par Nombres, XV, .'U> où il faut lire
Sur cette robe ëtait^ attachée par une ceinture une sorte de justaucorps, l'éphod, auquel étaient fixées deux pierres d'onyx enchâssées d'or et gravées des noms des douze tribus'. Le pectoral, dit du jugement {hoshen mishpat)^ fait au métier, ornait le devant de l'éphod. Douze pierres précieuses y étaient fixées sur quatre rangs représentant encore les douze tribus. L'appareil divinatoire, le fameux et énigmatiqiie ourim et toummin^ était joint au pectoral^.
On a fait de nombreuses hypothèses ^ sur cet appareil, et nous devons nous y arrêter un instant, car son emploi est toujours précédé d'un sacrifice et il n'est pas indifférent de se rendre compte de la relation qu'on établissait entre les deux rites. Le texte fondamental porte : « Tu joindras au pectoral du jugement V ourim et toummin pour qu'il soit sur
le-ol^ un signe, au lieu de le-sisit. La comparaison avec les monuments assyriens a déjà été faite par Baudissin, BealencycL, de Hauck, VI, p. 11 ; cf. Benzinger, ibid., X, p. 524.
1) Exode, XXVIII, 4 et suiv. ; XXXIX, 2-7. Cet éphod en étoffe précieuse est à distinguer de l'éphod de lin que portaient communément les prêtres ou les principaux serviteurs du temple ; cf. I Samuel, XXII, 18.
2) Exode, XXVIII, 15 ; 30 ; XXXIX, 8-21.
3) Nous rappellerons les principales : celle de Munk, Palestine, p. 176, rééditée de Spencer, célèbre théologien anglais du xvii" siècle, d'après laquelle Vouriin et toummim était une figure analogue aux teraphim. Les passages invoqués indiquent au contraire que ce sont là des objets distincts ; cf. Osée, III, 4 ; Juges, XVII, 5 ; aussi Juges, VIII, 27, avec la correction que nous proposons ci-après, chap. IV, § 6 ; Ezéchiel, XXI, 26-27. Le fait d'accepter tel quel le passage Juges, VIII, 27 semble avoir faussé l'augmentation de Kautsch, dans BealencycL, de Hauck, XX, p. 332-333 et l'avoir amené à une conclusion quelque peu compliquée opposant, pour la définition de l'éphod, le Code sacerdotal aux autres textes. Sur les hypothèses peu vraisemblables de Foote et de Sellin, qui du moins font de l'éphod un vêtement, voir W. Lotz, BealencycL, de Hauck, XXIII, p. 426. On a renoncé depuis longtemps à l'ingénieux rapprochement avec Be, le dieu solaire égyptien et Tme, la Vérité ou à celui du même ordre proposé par Hommel, Altisraël. Ueberliferung , p. 282 et suiv. La table des sorts babylonienne portée sur la poitrine pourrait n'être pas sans analogie ; cf. A. Jeremias, Das Alte Testament im Lichte desàlten Orients, 2" éd., p. 450. Reprenant une idée de Vatke, acceptée en partie par Benzinger, et la développant, W. R. Arnold, Ephod and Ark {Harvard Theological Studies], 1917, identifie l'éphod avec l'arche. A notre avis, il y est entraîné par la même erreur qui a décidé Munk. Le sort se tire généralement devant l'objet, idole, trône ou naos, où loge la divinité, mais il faut éviter de confondre cet objet avec l'appareil divinatoire lui-même.
le cœur d'Aaron lorsque celui-ci péuélrera (dans le Saint des saints) en présence de Vahvé '. » Le pectoral était une pièce d'étofle en forme de carré d'une palme de cùLé ; on la pliait en deux pour coiisliuier une sorte de poche. A l'extérieur, cette poche portait les douze pierres précieuses enchâssées d'or roprôsentant les douze tribus; Vourini et toummin ne pouvail si^ placer qu'à l'intérieur-.
Dès lors, la manière la plus simple qu'on peut imaginer pour tirer le sort ^ était de déposer dans le pectoral deux objets, probablement deux pierres ''s portant chacune un signe différent dont l'un avait une valeur positive, l'autre une valeur négative. Une tradition du temps de Josèphe semble conserver le souvenir de ces deux pierres, mais par confusion avec les pierres qui ornaient extérieurement le pectoral^. Sans méconnaître combien il est aventuré de pousser plus loin l'hypothèse, nous inclinons à penser que les signes, distinguant les deux pierres, étaient les lettres alepli et tav^ la première et la dernière lettre de l'alphabet. La valeur magique de ces lettres est attestée. Les mots oiiriin et toumniini peuvent n'avoir été imaginés que tardivement, comme développement des lettres aleph et tav^\ Un passage des LXX explique comment on procédait à ce tirage au sort : si l'on tire oiirini^ cela désignera Saiil et
1) Exode, W.Wi\\, 'M)\ 11 faut éviter de traduire avec le samaritain : <■ lu mettras sur le pectoral ». La fin du verset est peut-ôtre une glose.
2) Munk, Palestine, p. 17«) dit bien que Vourim et toummim était placé « dans le creux du pectoral ». Voir la démonstration décisive de Kautsch, dans fieulencycL, de Ilauck, XX, p. 329.
3) Dans l'antiquité Israélite, la divinité répondait régulièrement à une consultation |)ar songes, ou bien par l'Ourim et Toummim ou encore par la voix des prophètes. Saûl, ne recevant de réponse d'aucune de ces manièios, consulte une pythonisse ; cf. Samuel, XXVIII, 6 et suiv. Les devins sont en marge du culte.
4) Souvent admis depuis Ewald.
5) Josèphe, Archaeol., III, 8, 9. L'usage de tirer au sort ét.ni f(»il r«|MmIii. comparer l'exemple rapporté par Ezéchiel, XXI, 27.
6) Nous expliquons par là rincerlitudc dans laquelle on est sur le sens de CCS vocables. Si on les considère, avec Ed. Kônig, comme un pluriel d'abstraction, on peut comprendre : lumière et intégrité. Les LXX traduisent SjjXtoatç xai âXT^Octa, révélation et vérité. Le caractère artificiel de ces vocal les est très net.
Jonathan ; si l'on tire toummim^ c'est le peuple qui sera désigné'.
Il y a lieu d'expliquer maintenant comment on se représentait l'action de Yahvé dans cette consultation par le sort. Notre texte fournit une indication précieuse en spécifiant que Vourini et tonnintim est mis dans le pectoral pour se trouver sur le cœur d'Aarou, lorsque celui-ci se présentera devant Yahvé. Nous verrons plus loin que l'âme particulière qu'on nomme rouah^ distincte de l'âme végétative ou nephesh^ a pour siège le sang et par suite le cœur. La rouah est mise en liberté dans îe sacrifice au moment de l'immolation. En parcourant les degrés successifs de sanctification que marquent les rites sacrificiels lorsqu'on consulte la divinité, la rouah du sacrifiant arrive, par l'intermé diaire du prêtre, au contact de la divinité. On peut admettre, dans le cas de Vourim Qitoiunmiin, que le contact s'établit dans le cœur du prêtre : là aboutit la demande du fidèle et là se fait la réponse que Vourirn et toummiin recueillera.
Pour achever la description du prêtre, il nous reste à indiquer ce qui concerne la coiffure '. Elle se composait d'une mitre ou turban (/?2r.ç7ze/?/ie^) de fin lin. Le grand-prêtre ceignait en plus un bandeau d'or appelé sis ^ sur lequel étaient gravés les mots : « Sainteté appartenant à Yahvé ^. » On explique que cela lui permettait de porter les fautes et les infractions rituelles des Israélites'*. Il faut comprendre que, par analogie avec ce qui se passe pour la victime du sacrifice, ces fautes s'accumulent sur la tète du grandprêUe. Le ijandeau d'or et son inscription rappelaient à la
1) I Samuel, XIV, 41. Le texte massorétique est abrégé.
2) D'aprè:5 Ezéchiel, les prêtres ne doivent ni se raser les cheveux, ni les laisser croître incultes, mais les tailler.
3) Le sens de sis est fleur ou rosace (I Roh, VI, 18 et suiv.) Si le diadème a reçu ce nom,* c'est que sa décoration habituelle consistait en rosaces. De SIS on a tiré la verbe dénominatif "jasis, rayonner, briller. Comparer qaran, dénominatif de qeren, corne.
4) Voir plus haut, p. .S8 et ci-après, à propos de nazir, chap. III, § 9.
5) Exode, XXVIII, .36-39 ; XXIX, 6 ; XXXIX, 30-3L
48 LKS ORIGINES CANANEENNES DU SACRIFICE ISRAKLITE
divinité la consécration particulière dont cette tête avait été l'objet en recevant l'onction.
Aucune indication n'est fournie en ce qui concerne la chaussure, parce qu'il allait de soi que les prêtres officiaient pieds nus ^ ; mais il est recommandé aux officiants de se laver les pieds comme les mains « pour ne pas mourir ^ ».
L'acte de revêtir des vêtements spéciaux rentre d'abord dans la catégorie des rites de purification, car enlever les vêtements profanes, c'est déjà se dégager d'une partie de ses péchés^. D'autre part, les vêtements rituels constituaient une véritable cuirasse contre les forces redoutables qui émanaient de la divinité ; enfin, certains éléments, notamment le pectoral, jouaient un rôle actif. On conçoit dès lors qu'on définisse le grand-prêtre comme celui « sur la tète duquel aura été répandue l'huile d'onction et qu'on aura investi du droit de porter les vêtements (sacrés)^ ».
Mais, précisément, par la raison qu'ils sont mêlés aux rites, les vêtements se chargent de sainteté et les prêtres devront, après avoir officié, les déposer dans les salles du sanctuaire « pour ne pas mettre le peuple, par leurs vêtements, dans un état de consécration -■ ».
V, — Le temple de Salomon et son mobilier.
On ne peut pas toujours situer exactement les pratiques sacrificielles dans le temple. Les renseignements sur le
1) Enlèvement des chaussures prescrit dans un lieu saint : Exode, III, 5 ; .losué, V, 16. Cela résulte aussi de LévU., VIII, 23 et suiv. Textes de basse époque dans Schûrer, loc cit., p. 339.
2) Exode, XXX, 17-21.
3) Le récit qui illustre le mieux ce point de vue se trouve dans Zacharie, m, où l'ange de Yahvé dit au grand-prétre Josué. après lui avoir fait •luitter ses vêtements souillés: « Vois, je te débarrasse de tes péchés en te faisant revêtir d'habits de prix. » Même si l'on admet que cette phrase est un commentaire, son importance n'en est pas diminuée et elle définit exactement le rite. Le plus souvent, on se contente de laver ses vêtements.
4) Uvit., XXI. 10.
5) Ezéchiel, XLIV, 17-19. Cette pratique est générale ; il y a des gardiens préposés aux vêtements dans le temple de Ba'al, II Bois X, 22.
sanctuaire de Jérusalem sont fragmentaires en ce qui concerne le temple de Salomon et le second temple construit au retour de l'exil, également pour le temple d'Mérode. Les renseignements plus circonstanciés fournis par le Code sacerdotal sur le Tabernacle au désert, tout comme ceux concernant le temple préconisé par EzéchieU, sont d'une utilisation délicate, puisque ni l'un ni l'autre de ces monuments n'a jamais existé.
La description du temple de Salomon que nous conserve le livre des Rois est des plus précieuses, malgré le mauvais état du texte et les remaniements ou additions qu'il a subis. Gomme nos versions n'en laissent rien paraître- et qu'elles ne peuvent qu'égarer ceux qui les consultent, nous en donnons ci-après la traduction telle que les recherches critiques récentes permettent de l'établir, en limitant l'annotation au strict nécessaire.
I Rois, VI, i. Salomon construisit le temple consacré à Yahvé^. ô7. Les fondations du temple de Yahvé furent établies la quatrième année (du règne de Salomon) au mois de ziv. 38. Et le temple fut achevé dans tous ses détails et ses dispositions,
1) Sur l'erreur commise par les archéologues et les architectes qui utilisent les données d'Ezéchiel pour restaurer le temple, voir notre article : Des fouilles à entreprendre sur l'emplacement du temple de Jérusalem^ dans Revue de l'Hist. des Religions^ 1919, I, p. 319. Lucien Gautier, Iniroduct. à l'A. T. 2' édit., p. 451, note 1, observe: « Quand les savants modernes entreprennent de reconstituer le temple de Jérusalem, ils trouvent dans Ezéchiel, où il s'agit d'un édifice qui n'a jamais été construit, plus de lumières que dans lefi détails fournis sur le temple de Salomon par les livres des Rois et des Chroniques. » La remarque est exacte, mais c'est en même temps la condamnation de toutes les restitutions proposées.
2) Le seul savant qui, avant de tenter une reconstitution archéologique, ait procédé à la critique du texte est le P. Vincent, la Description du temple de Salomon, dans Revue Biblique, 1907, p. 515-542. Elle doit servir de base à une restitution monumentale à paraître dans l'ouvrage en cours de publication : Jérusalem. Nous avons naturellement utilisé encore les divers commentaires, notamment celui de Benzinger, Die Bâcher der Kônige [Uand-Commentar de Marti), 1899, et l'édition de la Bible de R. Kittel.
.^) La suite de ce verset : « quatre cent quatre-vingts ans (LXX : quatre cent quarante) après la sortie d'Egypte des Israélites, dans le mois de ziv qui est le deuxième mois, dans la quatrième année de son règne sur Israël », est de basse époque ; elle est tirée des versets 37-38 qu'on doit rétablir ici, comme le montre la version grecque.
50 LES 0RIGIXK:S cananéennes du sacrifice ISRAELITE
la onzième année, au mois de boul^. On mit sept ans à le construire
2. Le temple que le roi Salomon érigea à Yahvé avait soixante coudées de long, vingt de large et trente de haut'.
3. Velam^ devant le hekal* avait vingt coudées de long, dans le sens de la largeur du temple, et dix coudées de large dans le sens de la longueur^ de l'édifice.
Pour employer des termes plus familiers, le temple de Salomon comprenait un pronaos dit elam^ un naos ou hekal et un adyton ou debir dont il sera question plus loin. Les mesures données par le verset 2, sont évidemment des mesures totales. On a cherché à les faire cadrer avec les chiffres d'Ézéchiel en considérant, par exemple, la largeur comme prise d'une muraille à l'autre. Mais les données d'Ezéchiel ne sont pas acceptables : elles conduisent à donner à l'édifice une longueur totale de 51 mètres, alors que la distance entre le rocher sacré, es-sakhra, et le bord occidental de l'esplanade intérieure du temple n'est que de 50 mètres. Or, on s'accorde à placer Tautel aux holocaustes sur le rocher sacré et il faut admettre entre ce rocher et l'entrée du temple, qu'on sait être orientée à l'est <^, un certain espace libre pour les cérémonies, notamment les processions, qui se déroulaient autour de l'auteP.
1) Un copiste a ajouté ; « qui est le huitième mois ».
2) Les LX-X portent : quarante coudées de long, vingt de large, vingî-cinq de haut.
3} Il s'agit (lu pronaos. Lire ici et ailleurs : dam au lieu de oulani car les LXX portent aiÀaa, en accord avec l'assyrien ellamu; cf. Zimmern, Akka^ dische Fremdw'jrter, 2* édit., p. 32. L'erreur semble due simplement à la confusion graphique entre yod et vav.
4) Lire avec certains niss. grecs ha-hekal, au lieu de liekal ha-bait.
6) On s'accorde à lire : 'al-penè [orek] ha-bait.
6) L'orientation E.-O. du temple résulte de certaines indications de détail, ainsi de la dipposilion au nord et au sud (de part et d'autre) de l'entrée du temple, qui ebt aflectéc plus loin aux colonnes Yakin et Do'az. Cette orientation est confirmée par Ezéchiel, XLIII, 1 et suiv. ; XLIV, 1 et suiv. ; Josèphe. Antiq., VIII, 3, 3. Il faut rigoureusement repousser les conclusions qu'en a tirées Nissen, Orientation, p. 65. Il n'est même pas probable que cette orientation soit influencée par le prototype égypto-phénicien. C'est une régie des nomades du désert de Syrie d'orienter leur tente vers l'est ; voir ci-aprés, chap. I, i, 2 et comparer les dispotsitions de l'autel de Pélra.
7) Voir Joël, II, 17 ; Ezéchiel, VIII, 16, et llevue de l'IIbt. des Religions, 1019, I. p. 324.
14 *. Ayant achevé la bâtisse, Salomon