Le halil en Egypte
Nous devons à l'érudition et à l'obligeance de M. Isidore Lévy, professeur à l'Ecole des hautes études et à la Faculté des lettres de Lille, une très intéressante note sur le kalil en Egypte dont voici le résumé.
Le terme Spd a pénétré en égyptien sous la forme krr (déterminatif du feu) qui a subsisté en copte glil. Ce dernier mot rend Psaumes LI, 21 : ôXoxaû-tojjLa = S^Sd ^ On ne doit pas faire trop de fonds sur ces équations parce que le traducteur copte n'avait à sa disposition pour rendre les divers termes de la Septante, désignant le sacrifice, qu'un choix d'expressions restreint. Dans les textes égyptiens antérieurs à l'époque chrétienne krk apparaît presque toujours dans l'expression toute laite krr-wtn correspondant au grec Quiia xal orovor; ^. Donc iL'ln = libation et krr = Ouaîa.
Le terme krr est ordinairement tradiiit par holocauste, Urandopfer. Mais cette traduction est-elle fondée ? L'holocauste était exceptionnel
1) Grorr, les Versions démoliques Canope, p. 5-6.
2) Décret de Rosette (dém., 29,30= grec, 48,50). Ibid., dém. H>, Kuk seul ; grec, 1, 32 Ojatôiv seul.
160 LES OUIGINES CANANEENNES DU SACRIFICE ISRAELITE
dans rÉgypte ancienne*. Si glil était l'holocauste, il faudrait admettre qu'un rite, jadis inconnu, a passé au premier plan dans le rituel de la basse époque : Texeniple le plus ancien de rrh remonte à Psammétique 1 *. Ce ne serait pas impossible : nous savons par Hérodote, II, 40, qu'on célébrait au cinquième siècle une manière d'holocauste à Isis et cet usage a pu se généraliser au cours des siècles suivants. Mais, dès le début de l'époque impériale, Josèphe ^ et plus tard Macrobe signalent im caractère particulier du culte égy{)tien, l'absence
de sacrilii.i>. .^.ms doute, Josèphe et Macrobe vont trop loin : le sacrifice est attesté pour l'époque plolémaïque comme pour l'époque romaine dans les cultes indigènes *. Leur erreur, cependant, serait inexplicable si, vraiment, dans tous les cas où l'on rencontre la formule stéréotypée krr wtn^ il fallait croire à un holocauste.
Aussi doit-on déclarer vraisemblable l'hypothèse de Griffith^ qui croit que krr signitie « offrande d'encens ». Nous comprenons ainsi la fornmle toute faite krr wtn. Encensement et libation sont deux cérémonies étroitement associées dans le rituel^. Griffith, cependant, raisonnait sur des données incomplètes, se fondant seulement sur le fait que les bumt-ojferings sont pratiquement inconnus à l'ancien rituel et il a retiré son interprétation dans fiylands Pap., p. 86, 2.
M. Isidore Lévy incline à la reprendre en remarquant que l'idée n'est pas neuve, car Letronne, en 1848, sans rien connaître, et pour cause, des textes démotiques, a étudié la formule grecque Ojoîat xai onovôat, traduction régnlic'^n' de krr wtn, et il est arrivé à la conclusion que Ouoiat = fumigation^ dt lirons ^. Ce sens paraît parfaitement convenir à des cas comme celui des contrats démotiques où il est parlé de sommes versées à titre d'amende pour les glil du roi ^. On ne voit pas quelle place les holocaustes auraient pu tenir dans \c c ullc dynastique.
Kn somme, depuis l'époque de Psammétique I, glil apparaît dans une formule composée dans laquelle le sens d'holocauste est impro-
1) Erman, Acgypt. Heligion, 2* édit, p. C9 ; >ur 1. kalil, p. 20J. II. .hiuk.M. Zcituchrift f. aegypl. Sprache, t. 48, p. G9-77, a établi que rholocauste n'était oITerl, à basse époque, qu'exceptionnellement et hors des temples. Voir d'autre part .léquier, la Combustion des ojjrandes funéraires, dans Recueil de Iravaux, XXXII, p. 166 et suiv.
2) GriflUh, Hylands pap., IX. 10, 19.
3) Contre Apion, II, xiii, 138.
4) W. Ollo, Pricster nnd Tempcl, ï, p. 392.
5) Grirnth, Stories of the Hiijh-Priest of Memphh, p. 99.
()) Exemples innombrables, en dernier lieu le curieux ostrakon publié par Gardiner, Proc. Bihl. Soc, 1913, p. 229.
7) Letronne, Inscript, gr. et lat. d'Egypte, II, p. 232.
8) liylands Pnp.', III. p. 111. 4.