‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 65 sur 173 · CHAPITRE II. LES TARIFS SACRIFICIELS CARTHAGINOIS · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. LES TARIFS SACRIFICIELS CARTHAGINOIS

bable. Pour déterminer le sens qu'a eu glil à l'origine, il nous faudrait des documents antérieurs à la XXVI* dynastie ; M. I. Lévy n'en connaît pas. Pour l'instant, conclut-il, l'emprunt égyptien n'est pas susceptible de nous éclairer sur h^hj ; tout au plus, peut-on noter que le déterminatif indique que l'idée de combustion, de chauffage à la flamme a été attachée au mot.

Un premier point, mis en évidence par les judicieuses remarques de M. Isidore Lévy, c'est que l'emprunt par les Egyptiens d'un terme liturgique cananéen * vient souligner la forte organisation du rituel phénicien et palestinien. La date assignée à l'emprunt concorde avec une action particulièrement puissante que les populations cananéennes firent sentir dans la vallée du Nil à la faveur de l'invasion et de l'occupation assyriennes, puis babyloniennes et enfin perses. Nos renseignements sur la pénétration en Egypte des éléments cananéens à cette époque sont fragmentaires ; ils méritent cependant l'attention. Les colonies dont parle l'auteur du chapitre XIX d'Isaïe^ paraissent s'identifier à celles mentionnées par Jérémie^, ce qui tendrait à prouver que les Juifs qui entraînèrent Jérémie en Egypte, peu après la ruine de Jérusalem (586), allèrent rejoindre leurs compatriotes déjà installés dans la vallée du Nil. Dans le district de la Haute-Egypte, il faut compter la colonie d'Eléphantine avec son sanctuaire de Yahvé. En ce qui concerne les Phéniciens, nous ne connaissons que Timportante colonie phénicienne de Memphis qu'on dénommait le « Camp des Tyriens^ » ; mais il devait en exister d'autres

1) Le cas est tout différent de celui de d b h (sémit. zabah) qui se ren contre déjà dans l'ancien égyptien.

2) Isaïe, XIX, 18 parle de cinq villes d'Egypte où l'on entendra la langue de Canaan et qui jureront fidélité à Yahvé-Sebaot ; l'une d'elles sera Heliopolis.La tradition rabbinique lit, en effet, justement pin au lieu de D"in, et la comparaison avec les passages de Jérémie, cités ci-après, rend inutiles les efforts des exégètes qui torturent le texte pour aboutira l'anachronisme de Léontopolis.

3) Jérémie, XLIV, 1, cite Migdol, Tahpanhès, Nof et le district de Patros (Haute-Egypte) ; cf. XLIII, 13 où est citée Bet-Sheraesh (Heliopolis) probableraent parce que des Juifs y demeuraient. On a ainsi les cinq villes ou districts signalées dans le passage d'Isaïe cité ci-dessus.

4) Hérodote, II, 112.

i6î LES ORIGINES CANANEENNES DU SACRIFICE ISRAELITE

et les inscriptions phéniciennes d'Ipsamboul marquent la limite sud de leurs pérégrinations. Depuis que nous savons qu'un temple juif s'élevait à l'époque perse dans l'île d'Eléphantine, il n'y a guère de raison pour suspecter le renseignement touchant 1' « autel consacrée Yahvé en plein pays d'Egypte » et la masseba^ dressée près de la frontière en l'honneur de Yahvé, que citent les prophéties d'Isaïe^ Dès Tépoque du Yahviste, les Égyptiens connaissaient les pratiques des sanctuaires juifs puisque cet auteur remarque que « les Égyptiens regardent comme sacrilèges les sacrifices que nous offrons à Yahvé- ». Dès l'instant que les auteurs Israélites étaient si bien informés des choses d'Egypte et du sentiment des Égyptiens, il n'est peut-être pas aventuré de penser que, dans son énumération des sacrifices qui seront offerts par les Égyptiens à Yahvé, Isaïe omet l'holocauste avec intention. 11 ne mentionne, en effet, que le sacrifice de communion et la ininha ^. C'est pourquoi, si le glil n'avait été accepté par les Égyptiens que comme sacrifice d'encens, nous n'en serions pas autrement surpris, puisque, d'après M. Junker et au témoignage des textes bibliques cités plus haut, les sacrifices d'animaux et les holocaustes étaient tenus par eux comme le sacrifice d'êtres ennemis. Nous avons vu que la caractéristique du kalil phénicien était la destruction complète de l'offrande par le feu. Grâce au jeu des substituts, familier aux civilisations avancées et notamment à l'Egypte, l'encens pouvait être employé à la place des victimes animales sans que l'essence du rite en fût vraiment atteinte.

1) Isaïe, XIX, 19 et suiv.

2; Exode, VIII, 26, qui fournit un excellent commentaire de la destruction du temple de Yahvé à Eléphantlne : « Si nous offrions, sous leurs yeux, des sacrifices qu'ils tiennent pour sacrilèges, ne nous lapideraient-ils pas ? •

3) Isale, XIX, 21.

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