‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 66 sur 173 · Sacrifices humains · texte numérisé non relu

Sacrifices humains

Les tarifs sacrificiels puniques ne pouvaient faire mention des sacrifices humains ; mais ceux-ci sont trop bien établis par ailleurs^ pour que nous les passions sous silence. Ils nous permettront de prolonger la comparaison entre pratiques phéniciennes et coutumes Israélites. Pour l'objet que nous nous proposons, il suffira de citer et d'analyser les renseignements conservés par Diodore de Sicile à l'occasion de la victoire remportée en Libye, par Agathocle de Syracuse en 310 avant notre ère. Les Carthaginois consternés attribuent leur défaite à la colère des dieux; ils se livrent à des prières publiques, à des sacrifices et expédient de riches offrandes à Melqart, le dieu de Tyr. « Ils se reprochèrent aussi de s'être aliéné Kronosparce que, jadis, ils lui offraient en sacrifice les enfants des plus puissantes familles tandis que, dans la suite, ils avaient acheté secrètement des enfants et les avaient élevés pour être immolés. Des recherches établirent que plusieurs de ces enfants sacrifiés étaient des enfants supposés. En considérant toutes ces choses et en voyant, de plus, les ennemis campés sous les murs de leur ville, ils furent saisis d'une crainte superstitieuse, et ils se reprochèrent d'avoir négligé les coutumes par lesquelles leurs pères honoraient les dieux. Ils se hâtèrent de redresser ces erreurs et ils décrétèrent le sacrifice public de 200 enfants, choisis dans les familles les plus illustres; quelques citoyens, en butte à des accusations, offrirent volontairement leurs propres enfants, qui n'étaient pas moins de 300. »

Diodore ajoute quelques détails sur le sacrifice luimême : « Il y avait une statue de Kronos en airain, les

1) Les textes réunis par Max. Mayer dans le Lexikon de Roscher, t. II, 1501 et suiv. Voir aussi Baudissin, Moloch, dans BealencycL, de Hauck.t. XIII, p. 269 et suiv.

2) Ba*al Hammon.

mains ouvertes, la paume en haut, et inclinées vers la terre, de sorte que l'enfant qu'on y plaçait, roulait et tombait dans une fosse pleine de feu ^ »

Le sens de ces rites est aisé à déterminer : ce sont des holocaustes plus précieux que tous ceux offerts d'ordinaire. Ils créaient entre la divinité et ceux qui les offraient un lien plus fort et plus étroit que tous les autres sacrifices, car la victime était bien ici une partie de soi-même. En même temps, c'était une expiation pour toute la communauté; quelques citoyens en profitaient pour expier leurs fautes personnelles. On se rendait parfaitement compte de l'énormité de l'acte et l'on espérait que les forces ainsi mises en jeu parviendraient à contraindre le dieu qu'aucune autre dévotion n'avait pu fléchir.

Une autre croyance aidait les parents à surmonter les sentiments naturels : on était convaincu que les enfants sacrifiés étaient divinisés. Il est à présumer que l'expression « faire passer au travers du feu », qu'emploie l'Ancien Testament, répond à l'idée de passage de la vie terrestre à la vie divine. Plutarque nous rapporte, qu'Isis, lors de son séjour à Byblos, voulant assurer l'immortalité au fils de la reine Astarté, se mit à consumer peu à peu les chairs de l'enfant '^. L'experte magicienne fut malheureusement interrompue par l'arrivée de la mère qui rompit le charme, ce qui entraîna la mort de l'enfant. Cette notion d'une vie plus heureuse ouverte par la mort est générale en ce qui concerne les héros ; elle explique les manifestations joyeuses qu'on signale dans certains rites funéraires 3.

1) Diodore de Sicile, XX, U.

2) Plularquft, de Iside et Osiride^ 17.

3) Si Ton a célébré des fêtes sur les tombeaux des martyrs chrétiens le jour anniversaire de leur mort, c'est qu'on le considérait comme le jour de leur naissance à un monde supérieur. Chez les Quichua de l'Argentine, « un jeune enfant mort s'appelle AngelUo, c'est-à-dire petit ange. Plus il es jeune, moins il aura péché et par conséquent, plus il est censé devoir se présenter devant le Créateur et plus grandes sont les réjouissances des parents, alliés et amis de la famille qui prennent part à la célébration de cette fête mortuaire • ; voir E. et R. Wagner, V Anthropologie, 1909, p. 561.

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