CHAPITRE III. — RITES ISRAELITES MUS PAR LE SACRIFICE
plus un tiers de hin de vin. Pour une pièce de gros bétail, on ajoutera une mlnha de trois dixièmes d'épha de fleur de farine pétrie dans un demi-hin d'huile, plus comme libation un demi-hin de vin. Et cela pour chaque animal offert ^
Ces règles valent-elles pour tout sacrifice de communion et pour tout holocauste? La difficulté tient au silence du premier chapitre du Lévitique, silence dont il ne faut pas tirer argument puisque nous' sommes en présence d'un exposé théorique. L'école grafienne, en disloquant nos textes et en attribuant arbitrairement le passage Nombres, XV, 1-16, à une source plus ancienne, conclut que le Lévitique apporte rci une modification importante à la loi ancienne^. Rien n'est moins assuré, d'autant qu'il est certain que, dans le culte officiel, on joignait à l'holocauste une minha et une libation de vin 3; d'autre part, la règle de Nombres, XV, est nettement appliquée à propos des sacrifices de substitution du lépreux que décrit le Lévitique^. 11 se peut, seulement, que, dans les sacrifices, soit votifs soit volontaires, et quand il s'agit d'holocaustes, l'apport d'offrandes complémentaires ne fût pas rigoureusement exigé ; mais, en fait, nous n'en savons rien. Même dans ce cas, d'ailleurs, cela n'impliquerait pas changement de coutume. A l'appui de l'exception dont bénéficieraient les sacrifices
1) Nombres, XV, 1-16; cf. Nombres, XXVIII-XXIX. Ezéchiel, qui charge le prince d'assurer les offrandes de la communauté, fixe des proportions un peu plus fortes- Gbaque taureau ou bélier, offert en holocauste, doit être accompagné d'un epha de farine et d'un hin dhuile (Ez., XLV, 24; XLVl, 5 et suiv.). Aux agneaux, le prince joindra ce que ses ressources lui permettront. L'holocauste quotidien, consistant chaque matin en un agneau d'un an, comporte un sixième d'ep/ia de farine et un tiers de hin d'huile (XLVI, 13 et suiv.). Le sacrifice annuel d'Elqana à Silo (I Sam., I, 24) comportait un taureau de trois ans (lire ainsi d'après les LXX, au lieu de trois taureaux), un epha de farine et une outre de vin. Si l'on observe qu'Abraham joint au taureau trois sea (la sea vaut un tiers d'epha) pour le repas, véritable sacrifice, offert aux messagers divins (Gen., XVllI, 6, de J), on pourra conjecturer qu'Ezéchiel applique sur ce point un tarif connu par ailleurs, différent de celui qu'adopte le Code sacerdotal.
2) Ainsi Benzinger, fit6fisc/ic ArckaeoL, 2* éd., p. 379.
3) Nombres, XXVIII, 1 et suiv.
i) Ci-après, chap. III, § 6.
176 LES OUIGINES CANANEENNES DU SACRIFICE ISRAELITE
votifs OU les sacrifices volontaires on peut faire valoir que Lévit., VII, 11-14, ne mentionne, à propos du sacrifice de communion, que les offrandes exigées dans le cas du sacrifice de louanges {todah) et qu'il reste muet sur les sacrifices votifs ou volontaires. Par contre, on peut arguer que les prescriptions de Nombres, XV, 22-26, étaient suffisamment explicites pour ne donner lieu à aucune équivoque.
Le sacrifice sanglant expiatoire ne comportait pas d'offrande non sanglante. Cependant, si on lui adjoignait un holocauste, ce dernier était naturellement accompagné d'une minha et d'une libation de vin ^
Nous avons eu l'occasion de signaler qu'un autre rite, la prière, ajoutait à la complexité de ces pratiques^. Elle se composait souvent de récitations. Un exemple remarquable est fourni par le psaume XX, qui nous conserve un fragment liturgique à l'occasion des sacrifices offerts par le roi. D'abord l'invocation, probablement au moment de l'offrande et avant la mise sur l'autel :
Ps. XX, 2. Que Yahvé t'exauce au jour de détresse, que le nom de Jacob te protège