CHAPITRE III. — RITES ISRAELITES MUS PAR LE SACRIFICE
sang de l'animal sacrifié. L'oiseau vivant, plongé dans ce sang s'imprégnera de cette âme et. Lu fiô dans la campagne, il emportera avec lui — pareil au bouc eznissaire, — les éléments mauvais dont il s'est chargé. Il suffira que l'individu ainsi dégagé, lave ses vêtements, se rase le poil et se baigne ; dès lors « il deviendra pur » et pourra rentrer dans le * camp.
Mais ce n'est laque la première étape. Le lépreux guéri et purifié, se trouve dans la situation d'un aspirant à l'initiation auquel on a retiré son âme et auquel il reste à en inculquer une autre, celle du groupe dont il doit faire partie.
La même notion est à la base de toutes les purifications ; c'est ce qu'exprime clairement le Psalmiste :
Ps., LI, 9-12. Ole mon péché avec l'hysope pour que je sois pur,
lave-moi, pour que je devienne plus blanc que la neige. Fais-moi entendre des accents d'allégresse et de joie,
afin que ces os que tu as broyés tressaillent d'aise. Détourne ta face de mes péchés,
efface toutes mes iniquités.
0 Dieu, crée-moi un cœur pur
et fais renaître en moi un esprit ferme.
Voici, en ce qui concerne le lépreux, la suite des opérations de sa réintégration.
Rentrant dans le camp, le lépreux restera sept jours hors de sa demeure. Le septième jour, il se rasera tout le poil, notamment le chevelure, la barbe et les sourcils '. Il lavera ses vêtements, se baignera et sera en état, le huitième jour, de subir l'intégration désirée. L'essentiel de cette cérémonie sera un sacrifice qualifié à'asham^ et cela ajuste titre si l'on admet la définition de Vasham que nous avons donnée dans notre premier chapitre.
Donc, le huitième jour, le lépreux guéri et purifié prendra
1) L'initiation de la captive au culte Israélite ou, ce qui revient au même, ^on agrégation à la communauté Israélite, s'opère aussi en lui rasant la chevelure ; cf. Deutér., XXI, 10-14, et ci-après, chap. III, § 9. La preuve qu'elle entre ainsi dans la communauté est donnée par le fait qu'en cas de répudiation, elle devient libre.
deux agneaux sans défaut ' et une brebis âgée d'un an sans défaut, plus trois dixièmes d'épha de fleur de farine pure pétrie à l'huile comme minhay enfin un log d'huile. Le prêtre présentera l'individu avec tous ces objets devant Yahvé, devant la tente d'assignation 2.
Le premier agneau sera immolé là où on immole Texpiatoire et l'holocauste ^. Le prêtre prendra de ce sang et en mettra sur le lobe de l'oreille droite du sacrifiant, sur le pouce de sa main droite et sur l'orteil de son pied droit. Le prêtre se versera le log d'huile dans la main gauche, y trempera son index droit et, de cette huile, il fera avec l'index sept aspersions devant Yahvé. Puis il mettra de cette huile sur le lobe de l'oreille du sacrifiant, sur le pouce de sa main droite et sur l'orteil du pied droit, par-dessus le sang déjà déposé. Le reste de l'huile sera versé sur la tête du lépreux.
Il est remarquable, et à première vue inattendu, que l'opération pratiquée répète Taspersion d'huile d'onction et de sang qui se pratique dans la consécration du grand-prêtre. L'école de critique biblique l'explique en disant qu'Israël est un peuple de pontifes aux yeux du code sacerdotal^. C'est là un argument de théologien dégagé et très moderne, qui ne voit plus dans le rite qu'un geste symbolique ; mais si c'était aussi le point de vue ancien, il aurait entraîné pour tous les Israélites l'obligation d'accomplir ce rite. Or, il n'en est rien. D'autre part, comment expliquer que le même rite, dans une forme plusprimitivepeut-être, soit applitiuc aux maisons ainsi que nous le verrons ci-après ?
L'analogie entre les rituels de consécration du grandprêtre et de réintégration du lépreux tient à ce que, dans l'un et l'autre cas, on se propose faire de pénétrer dans l'individu le principe de vie du groupe. Dans le cas du lépreux,
1) Les LXX précisent: Agés d'un an. Il s'agit évidemment de jeunes béliers.
2) D'après Mishna, Segaim, XIV, 8, le lépreux se tenait à la porte de Niqanor.
3) C'est-à-dire sur le côté nord de l'autel.
4) Ainsi Baentsch, op. cit., p. 371, en s'appuyant sur£xodc, XI \. •