CHAPITRE III. RITES ISRAELITES MUS PAR LE SACRIFICE
tuée par l'amalgame de deux sources distinctes, Tune (versets 1-4, 6, 12-13, 34*') indiquant les précautions que le grand-prêtte doit prendre pour pénétrer, sans risque de mort, dans le Saint des saints, Tautre (v. 5, 7-11, 14-34^) instituant un jour de pardon solennel^ Les arguments invoqués à l'appui de cette décomposition ne nous semblent pas décisifs'^. Dans toute grande cérémonie, on peut reconnaître des opérations qui se suffisent à elles-mêmes et qu'on peut envisager séparément pour en faire la théorie, mais leur combinaison n'est pas obligatoirement le produit d'un syncrétisme de basse époque. Du moins, pour l'avancer, faut-Il d'autres raisons qu'un découpage arbitraire des éléments simples.
Quelles que soient les complications intervenues avec le temps, les principaux rites se commandent ici d'une façon certainement voulue et fort logique du point de vue cultuel. En cherchant à les isoler l'un de l'autre, non pour en étudier le mécanisme, mais pour imaginer les étapes historiques par lesquelles serait passée la cérémonie, on aboutit à des combinaisons dont l'invraisemblance saute aux yeux.
Il est devenu très probable depuis la démonstration de Volz que le jour des expiations, le 10 du septième mois ou mois de Tishri, tombait le premier jour de l'année^ et ce n'est que tardivement, probablement lorsqu'au moment de l'exil 0:1 adopta le comput babylonien faisant débuter Tannée en Nisan, que le jour de l'an fut porté au premier Tishri ^ Dès lors, il est tout à fait improbable, contraire-
1) Mêrae dans le second groupe des versets, il y aurait trace de deux mains différentes, dont l'une est représentée par 29-34\ Berthollet, Leviticus, p. 51 et suiv., et Baentsch, Exodus-Levilicus, p. 380, adoptent à peu près les conclusions de Benzinger. Voir encore J. Meinhold, Mischna, Joma (1913) qui, de l'examen de Lévif., XVI, conclut non moins arbitrairement que le Code sacerdotal -;- auquel appartiennent également Exode, XXX, 10 ; LéviL, XXIII, 2(>-32; Nombres, XXIX, 7-11 — ne connaîtpas la fête du jour des expiations SOU'* sa forme ancienne.
1 i^erdmans, Das Buck Leviticus, p. 7i cl suiv., rélule la critique textuelle de iJenzinger.
3) \olz, Das iSeujahrsfest Jahwes (Laubhattenfest),Và]2.
4) Voir réditioii du traité Jiosh ha-shana de la Mishna donnée par P. Fiebig
196 LKS ORIGINES CANANEENNES DU SACRIFICE ISRAELITE
ment à l'hypothèse de l'école critique, que le rite du bouc émissaire soit venu s'adjoindre tardivement à une fête du premier de Tan, car une telle fête comporte généralement un rite de renouvellement avec expulsion.
Quant au problème littéraire, il se pose tout autrement que ne Ta fait l'école de critique biblique. Les premiers versets du chapitre XVI rattachent maladioltement le jour des expiations au sacrilège des deux fils d'Aaron ; mais c'est par application du procédé qui cherche à relier tous les rites au mythe de TExode. Bien que cène soit peut-être pas dans rintenti(ni du premier rédacteur, ces versets laissent à penser que. pour peu "lier dans le Saint des saints, le prêtre était toujours oblige d'accomplir le rite d'expiation. Ce détail probablement récent n'affecte pas l'ensemble de la description.
D'autre part, les versets 29-34 énumèrent les sacrifices à accomplir le dixième jour du septième mois, abstraction faite des développements mythiques et du détail des opérations. On retrouve ce résumé dans Lévit., XXIII, 26-32 et Nombres^ XXIX, 7-11 où sont récapitulés les sabbats solennels. Quant à la description Lévil., XVI, 3^^-28, elle offre une unité parfaite. La répétition du verset 6 au début du verset 11 s'imposait pour exposer clairement la suite des opérations : cette précaution < lail ^i n. < . ssairr qu'elle n'a pas toujours suffi '.
Nous concluons donc que Aet'/^., 3^-28 décrit, à quelques détails près que nous ne sommes pas en état de déterminer, la cérémonie telle qu'elle a dû se prati(|uer très anciennement. Dès lors elle comportait, à la fois. im. purificati n du temple et de son matériel, une purification de la com-
(1914). Ce IrailtS I, 1, distingue «{uatre années: l'année royale qui débule au 1" Nisan, l'année du bétail commençant au !•' Eloul (d'autres dit^ent le !•' Tishri), l'année des plantes débutant au 1" Tishri, l'année des arbres commençant au 1" ou au 15 Shebat. Nous possédons de même Tannée civi'o. l'année scolaire, etc.
1) Certains commentateurs, en elTet, oui pensé que le laine;ui » laiL u; - i mort dès le verset G, alors qu'A ce moment il n'est encore que présenté pour être ajçréé.