CHAPITRE III. RITES ISRAELITES MUS PAR LE SACRIFICE
ÏExodeK Contrairement à ce qu'on admet généralement, on ne peut se contenter, dans la cérémonie telle que nous la connaissons, d'expliquer le sacrifice pascal comme une simple survivance de l'offrande des premiers-nés. Ilestvraisemblable que les Israélites nomades, à l'exemple des anciens Arabes, ne pratiquaient que des immolations à la fête du printemps^, mais les Cananéens sédentaires devaient associer des immolations à la fête des pains azymes. L'association des rites de la végétation à ceux concernant le bétail est naturelle chez les anciens 3; elle se retrouve dans le culte d'Adonis comme dans celui de la pâque^. Voici, d'ailleurs, le détail des opérations. ►
Le dixième jour du premier mois, chacun choisit dans son petit bétail, brebis ou chèvres, un mâle sans défaut, né dans Tannée ^.
Ici, le chef de famille joue le rôle de prêtre, ce qui atteste le carac tère très ancien du rite. On est en présence d'un sacrifice de communion particulièrement important, puisqu'on exige un mâle. Si ce maie ne doit pas avoir plus d'un an, c'est qu'en dehors de son rôle spécial, le rite associe les portées de l'année aux bénédictions qu'il appelle. Peut-être cela explique que l'on en soit venu à y reconnaître un rite d'offrande des premiers-nés.
Cet agneau ou ce chevreau mâle est choisi le dixième jour du mois et gardé jusqu'au soir du quatorzième jour où on l'immole ^.
Les quatre jours pendant lesquels l'agneau est mis à l'écart constituent un temps de purification.
On prend du sang de l'agneau et, avec un bouquet
1) La différenciation est marquée par les clausules semblables : Ex., XII, 2ft.27 et XIII, H-15.
2) Ce fait, mis en évidence par Rob. Smith et Wellhausen, est accepté par Lagrange, Eludes sur les religions sémitiques, 2° édit., p. 298 et suiv.
3) Frazer, Adonis, p. 4 et suiv.
4) Baudissin, Realencycl., de Hauck, t. XIX, p. 338. 6) Exode, XII, 3-5; 21.
6) Exode, Xil, 6.
210 LES ORIGINES CANANEENNES DU SACUIFICE ISHAÉLITK
d'hysope, oa en badigeonne les deux jambages et le linteau de la porte de la maison où la victime sera mangée '.
Ce rite est à plusieurs fins. Ou rappellera qu'Ézéchiel prescrit l'onclion de sang sur les pieds droits des portes du temple et aux angles de l'autel, le premier et le septième jours du premier mois pour faire rex[)iation du lieu saint et le purifier *. Ici, on purifie la maison, on renouvelle l'esprit familial, on en imprègne le linteau et les montants de la porte, on ranime les fétiches qui y sont déposés' et Ton empêche ainsi d'y pénétrer les esprits dangereux qu'on s'attend à voir passer, nous verrons ci-après pourquoi. Il y a une telle nécessité à assurer l'accomplissement du rite, que le plus grave châtiment menace celui qui le négligerait^. On a môme admis que la célébration de la pAque pourrait être retardée d'un mois pour l'Israélite rendu impur par le contact d'un mort ou pour le fidèle en voyage '\
On mange en famille l'agneau rôti au feu, avec du pain sans levain et des plantes amères. On insiste sur la nécessité de faire rôtir la béte sans rompre les os ; il est interdit de cuire les chairs à Teau. Non seulement la chair, mais la tête, les pattes et les intestins, tout doit être mangé dans la nuit. On ne doit rien sortir de cette chair et ce qui restera au matin doit être brûlé '*.
f.a Mishna remarque que la pàque n'est pas un sacrifice de communion^ ; elle s'autorise probablement du fait que rien de l'animal n'est réservé au prêtre, et cela est encore un trait ancien remontant à une époque où le chef de famille faisait fonction de prêtre. La sainteté de ce sacrifice est telle qu'on n'en peut rien garder pour le lendemain et qu'on ne doit rien sortir de cette chair . Pour faciliter Texécution de ces prescriptions, il est admis qu'une famille trop
1) Exode, XII. 7 ; 22.
2) Ezéchiel, XLV, 18-20.
3) Isaïe, LVIIl, K : derrière la porte et les montants.
4) Nombres. IX, 13.
ô) Nombres, IX, G et suiv. Dans un passage, d'ailleurs assez douteux. II CUron., XXX, 2 cite une application de cette règle au temps d'Ezéchias.lors de la purification du temple et du rétablissement du culte ; mais le livre des Rois l'ignore.
6) Exode, XII, 8-10 ; 46.
7) Pesahim, V, 2. Cette affirmation se heurte au rite lui-même cl A Exode, XI!, 27 qui emploie le terme de zebaff. Sur la célébration de la pAque A basse époque, voir Loisy, Les ivamjUes synoptiques, II, p. 518 et suiv.