‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 97 sur 173 · CHAPITRE III. — RITES ISRAELITES MUS PAR LE SACRIFICE · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — RITES ISRAELITES MUS PAR LE SACRIFICE

réduite pourra faire la pâque dans une maison voisine ^ Nul incirconcis ne peut en manger^ d'où l'on conclura que l'étranger qui y est admis dans Nombres, IX, 44 n'est pas un non-juif, mais simplement un juif étranger au pays.

On a vu qu'il était interdit de manger la graisse des sacrifices et le sang. Ici, le sang sert à l'onction de la porte ; quant à la graisse, elle est éliminée par le fait que l'animal est rôti au feu. Le rédacteur spécifie, pour cette raison, que l'animal ne doit pas être cuit à l'eau. Pour y obliger, on défend de briser les os. Nous doutons que ce soit pour assurer la « réincarnation » de l'agneau pascal ^ ; du moins le rite ne paraît pas comporter une telle idée.

La pâque doit être mangée par les fidèles revêtus d'un costume déterminé : on se ceindra les reins, on portera des chaussures et on tiendra à la main un bâton. On mangera en hâte, car c'est la pàque de Yahvé, c'est-à-dire le moment du passage de Dieu^.

L'obligation de manger en hâte marque que ce n'est pas un festin, mais un rite éminemment sacré. L'instant est non seulement solennel, mais il est particulièrement grave. Rien dans le texte ne permet d'expliquer le choix du vêtement ; cependant, le bâton doit être celui du berger^. Parla est confirmé que le rite esta plusieurs fins, dont l'une est d'assurer les bénédictions sur les nouvelles portées. De plus, on doit se tenir prêt à se rendre aux champs pour couper la gerbe d'orge. Plus tard, on y a cherché une allusion à l'Exode^.

Il nous faut ajouter quelques mots touchant l'onction de sang sur les montants et le linteau de la porte. Il n'y a aucun doute qu'on tâchait par là d'empêcher les esprits dangereux de pénétrer dans la maison. La crainte du passage de puissances ou d'esprits dangereux caractérise la fête : le terme /?eAY^A (en p?iuse ha-pasah^ tiôl^s'/o:) qui désigne la pâque, n'a pas d'autre sens que celui de « passage" ». Le

1) Exode, XII, 4.

2) Exode, XII, 48.

3) Hypothèse de Juhus Morgenstern d'après Revue archéologique, 1916, II, p. 180.

4) Exode, XII, 11-12.

5) Voir le bâton de berger de David, I Samuel, XN II, 40.

6) Deutér., XVI, 3.

7) Comparer Exode, XII, 23, avec I liois, XVIII, 26. L'hypothèse qui attri-

récit d'Exode, XII, 21-23, est significatif : « Yahvé passera [pasah) devant la porte et, voyant le sang appliqué sur le linteau et les deux montants, il ne permettra pas au fléau d'entrer dans les maisons » : la place est occupée par un esprit favorable. Le passage d'esprits dangereux est encore attesté par cette recommandation d'éviter, pendant la nuit de la pâ({ue, de franchir le seuil des maisons *. Si l'on préfère rapproche r/?«5a/i de V Sissy rien pas ha khu, « apaiser la divinité^ », le sens du rite reste le môme.

Si on ne disjoint pas la paque de la fête des pains azymes, qui a lieu le lendemain, la suite des opérations s'explique aisément. L'inquiétude qui s'empare des individus et leur fait craindre le passage d'esprits hostiles, tient à Tacte auquel ils vont se livrer : la moisson. En mettant la faucille aux blés, on va détruire des objets vivants, atteindre les esprits de la végétation. Il faut donc se mettre dans un état de consécration, qui permettra d'opérer sans danger. Pour plus de sûreté, on se garera par des rites apotropaïques de l'atteinte des esprits mis en mouvement. Le sacrifice pascal répond à ce double objet. On pourra alors, le lendemain, c'est-à-dire le premier jour de la fête des azymes, couper la première gerbe, l'apporter au prêtre et dérouler la suite des cérémonies indiquées en les doublant d'un rite de renouvellement: l'ancien levain est jeté.

Une donnée nouvelle a été apportée par un des papyrus judéo-araïuéens d'ICléphantine'^. Il renferme des prescriptions concernaiil la pAque, transmises à Yedonya et

\, bue à pesah le sens de « danse sacrée » se heurte à deux difficultés. D*abord la racine ne fournil aurun dérivé ayant le sens de danser et, ensuite, il n'est nulle part fait mention d'une danse sacrée à l'occasion de la pAque.

1) Cette prescription rend peu acceptable l'hypothèse de Ilolzinger, Ejoodus, p. 38, qui déduit de I liois, XVIIl, 26 le sens de * fête annuelle • pour pesah, ce qui l'oblige à supposer encore que la fête familiale serait une forme tardive de ce culte.

2) Zimmern, Keilinschriften und dos À. T., 2* édit., p. 610; mais la C0ITe8~ pondance des sifflantes n'est pas sufflsante.

3) Sachau, Aramâische Papyrus und Ostraka aus einer jûdischen Militârkolonie :a Elephantiney Leipzig, Hinrichs'sche Buchh., lUll. Kdition manuelle par A. Ungnad, Aramâische Papyrus aas Elephantine^ même éditeur, 1911.

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