SOURCES ÉGYPTIENNES, CHALDÉENNES, JUIVES, GNOSTIQUES
δ 1. — Sources Égyptiennes.
ES sources égyptiennes de l’alchimie sont moins équivoques que ses origines mystiques. Tous les alchimistes les in-
voquent d’un concert unanime, depuis le πιὸ siècle jusqu’au xvm°. Les papyrus de Leide, tirés d’un tombeau de Thèbes, les confirment par une preuve sans réplique et lèvent les derniers doutes que pouvait laisser une science qui débute par l’apocryphisme. Elle se rattache en effet par une tradition constante à Hermès Trismégiste, inventeur des arts et des sciences chez les Égyptiens.
Faut-il admettre avec Zosime et avec Olympiodore, les premiers auteurs alchimistes authentiques, qu'il existait en Égypte, à côté des doctrines officielles et publiques, contenues dans l'Encyclopédie hermétique que nous citerons tout à l’heure, un ensemble de
connaissances tenues secrètes au fond des temples, et qu’il était interdit de révéler ? Elles seraient sorties, en quelque sorte, d’un long mystère vers le mm siècle de notre ère, mais en conservant toujours une expression mystique et symbolique qui en trahit l’origine.
Zosime le Panopolitain, écrivain du 1in° siècle, nous fait le récit suivant, cité et reproduit par Olympiodore, contemporain de Théodose (1): « Ici est « confirmé le livre de Vérité : Zosime à Théosébie, « salut. Tout le royaume d'Égypte (2) est sou- « tenu par ces arts psammurgiques (3). Il n'est « permis qu'aux prêtres de s'y livrer. On les inter- « prète d’après les stèles des anciens et celui qui « voudrait en révéler la connaissance serait puni, «au même titre que les ouvriers qui frappent la « monnaie royale, s'ils en fabriquaient secrètement « pour eux-mêmes. Les ouvriers et ceux qui avaient « la connaissance des procédés travaillaient seule- « ment pour le compte des rois, dont ils augmen- « taient les trésors. Ils avaient leurs chefs particuliers « et il s’exerçait une grande tyrannie dans la prépa- « ration des métaux. C'était une loi chez les Égyp- «tiens de ne rien publier à ce sujet. » Il y a là le souvenir des industries métallurgiques, dont les
(1) Manuscrit 2.327, fol. 251, verso; c’est le texte de Zosime. Au fol. 206, v°, on trouve celui d'Olympiodore, qui en diffère assez notablement. Voir aussi ce dernier : manuscrit de saint Marc, fol. 171, vo. J'ai résumé ces textes.
(3) C'est-à-dire l’art de traiter les sables ou minerais métalliques,
rois s'étaient réservé le monopole, industries décrites par Agatharchide dans son ouvrage sur la mer Rouge. Une partie de cette dernière description est même transcrite dans le manuscrit de saint Marc (1). Les cruautés exercées dans l’exploitation des mines d’or ont été racontées par Diodore de Sicile, d'après Agatharchide (2).
Zosime nous apprend ailleurs que la connaissance de l’art sacré, c’est-à-dire de l’alchimie, ne pouvait être communiquée qu'aux fils des rois; précisément comme la magie, d'après ce que nous savons (3).
Clément d'Alexandrie (4) dit pareillement : « Les « prêtres ne communiquent leurs mystères à per- « sonne, les réservant pour l'héritier du trône, ou « pour ceux d’entre eux qui excellent en vertu et en « sagesse. » De même sur la statue de Ptah-mer (5), grand prêtre de Memphis, qui est aujourd'hui au Louvre, on lit : « Il n’était rien qui lui fût caché; il couvrait d’un voile le sens de tout ce qu'il avait vu. » Plutarque écrit aussi, en parlant des Égyptiens : « Leur philosophie couvrait plusieurs mystères sous le voile des fables (6). »
(1) Fol. 138 à 141. Le passage d'Agatharchide dont ce morceau est extrait a été conservé par Photius; il est imprimé parallèlement avec le texte de Diodore de Sicile, qui l’a compilé, dans les Geograghi græci minores, t. I, p. 122 à 129 (édition Didot). Un autre fragment cité par le manuscrit de saint Marc figure aux pages 183 à 186 de la même collection.
(2) DioporE DE Siciee, Ill, 12 et 13. — AGATHARCHIDE, dans les Geogr. græci minores, t. I, p. 126.
(3) Réviccour, Revue d'Égyptologie, ττὸ année, p. 166.