‹ Les origines de l'alchimeChapitre 10 sur 46 · Isis · texte numérisé non relu

Isis

Isis est invoquée dans le Pœmander, l’un des livres pseudo-hermétiques. Elle jouait un grand rôle dans les cultes religieux de l'époque alexandrine et romaine. Elle apparaît aussi chez les alchimistes.

J'ai déjà parlé de la lettre d’Isis la prophétesse à son fils Horus (1), à l’occasion du commerce des anges avec les femmes, auxquelles ils révèlent les sciences mystérieuses. On y lit le nom de Typhon {le Set égyptien), et celui de la ville d'Ormanouthi (Hermonthis près de Thèbes), mêlés à toutes sortes d’imaginations gnostiques sur les anges et sur les prophètes du premier firmament; puis vient un serment d'initiation, où Hermès et Anubis sont associés au rocher de l’Achéron.

Plusieurs de ces noms et cette lettre même sont encore rappelés, dans un procédé de transmutation transcrit plus loin (2).

Les premiers siècles de notre ère sont féconds en mélanges de ce genre et en livres supposés, surtout dans la région de l’Égypte et de la Syrie, où ont été établies les premières relations entre l’hellénisme et les traditions religieuses de l'Orient. L'histoire du gnosticisme, celle des hérésies chrétiennes, celle des

(1) Ms. 2.327, fol. 256. — Voir p. 10 du présent ouvrage. (2) Ms. 2.327, fol. 261.

philosophes mystiques d’Alexandrie, sont pleines de fausses attributions : livre d’'Enoch, testament d'Adam, Évangiles apocryphes, etc.; attributions destinées à rattacher des doctrines modernes à une origine vénérée : — soit pour en augmenter l'autorité, en les mettant sous le nom de contemporains illustres; — soit pour sauvegarder leurs promoteurs contre la persécution. La proscription des mathématiciens et des Chaldéens .à Rome, les massacres commandés par Dioclétien en Égypte, ct la destruction par lui des ouvrages alchimiques ne justifiaient que trop de pareilles précautions.

$ 4 — Les rois et les empereurs.

C'est de la même manière, c'est-à-dire par la double intention de garantir l’auteur à des persécutions et de donner de l'autorité aux ouvrages nouveaux, que j'explique les attributions faites de certains livres chimiques à des rois et à des empereurs.

Déjà les anciens Égyptiens mettaient les ouvrages modernes sous le nom de leurs vieux rois. Le Livre mystique de Zosime est placé sous Île patronage de Sophé, autrement dit Chéops (voir p. 58.)

Non seulement les copistes ont assigné à certains alchimistes des titres fictifs, tels que celui de roi d’Arménie, ajouté au nom de Petasius dans la suscription de certains traités, ou celui de reine d'Egypte, imputé

à Cléopâtre la savante(1) : ce qui rappelle le titre de roi de l’Inde assigné à Geber dans les traités arabes ; mais la fraude ou l'erreur ont mis certains traités sous le nom d'Alexandre. Ceci a lieu, par exemple dans une table ancienne placée en tête du manuscrit de saint Marc (2), et dans le Kitab-al-Fihrist. D'autres livres sont prétendus composés par l’empereur Héraclius (3) et par l’empereur Justinien. Mais aucun de ces derniers traités ne figure dans les ouvrages grecs parvenus réellement jusqu’à nous.

() Ms. 2.327, fol. 74.

(2) Liste ancienne du fol. 2 du ms. de saint Marc.

(5) Fol. 2. Le contenu même du ms. ne répond qu’imparfaitement

à cette table, qui devait étre celle de quelque copie analogue et plus ancienne.

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