CHAPITRE IV
$ 1.— Leur énumération.
usqu’ici nous avons parlé des personnages mythiques, pseudonymes ou incertains, qui se présentent à l’origine de l’alchimie, comme à celles de toutes les histoires et qui remontent probablement jusqu’au temps de l'ère chrétienne; peut-être même plus haut. Les vieux Égyptiens, Pammenès, Pétésis, Pétosiris, Pauseris, semblent même avoir vécu : mais leurs écrits sont perdus. Maintenant nous arrivons à des savants sérieux, qui ont laissé pour la plupart des ouvrages signés, offrant certains caractères d’authenticité. Ils sont connus par une tradition continue depuis le v< siècle. Leurs noms figurent dans les polygraphes byzantins et arabes; plusieurs d’entre eux ont joué un rôle important dans l'histoire de leur temps.
Tels sont : Zosime, qui avait écrit un ensemble de traités théoriques et pratiques, formant une sorte d’encyclopédie chimique ; Africanus, polygraphe célébre du ni siècle; Pélage et quelques autres. Puis viennent les Commentateurs de Démocrite : Synésius, Olympiodore, Stéphanus ; l’un évêque, l’autre ambassadeur, le dernier médecin, tous connus dans l’histoire du 1v° au vu siècle. Eugénius, cité dans le manuscrit de saint Marc (1), est aussi du temps de Théodose.
A la même époque, l’alchimie acquit assez de notoriété pour être célébrée par les poètes : nous en possédons tout un recueil sous les noms que voici : Héliodore, probablement le même que l'évêque de .Tricca, Théophraste, Hierothée, Archelaüs, etc.
Ensuite nous trouvons les scoliastes : l’Anonyme, le Philosophe Chrétien, qui ont écrit des extraits, gloses et commentaires, concernant Zosime, Synésius, Olympiodore et les autres. Ces scoliastes sont des moines byzantins ; 1ls doivent être placés entre Stéphanus qu'ils citent, et Michel Psellus, auteur du xr° siècle, presque contemporain du manuscrit de-saint Marc.
Vers le même temps se fit la transmission de la science aux Arabes : certaines compilations pratiques de ces derniers, par exemple celle de Salmanas sur les verres et pierres précieuses artificielles (voir p. 125), ont passé dans les recueils des manuscrits postérieurs à celui de saint Marc.
Entrons dans quelques détails sur ces divers personnages.
(1) Ms. de saint Marc, fol. 185.
LA
$ 2. — Zosime.
Zosime le Panopolitain est le plus ancien des auteurs alchimiques dont nous possédions les écrits authentiques et auxquels nous soyons autorisés à attribuer une existence réelle. Il est cité par Georges le Syncelle et par Photius (1), polygraphes du vin et du 1x° siècle. Tous les alchimistes en parlent avec le plus profond respect; c’est la couronne des philosophes ; son langage a la profondeur de l’abîme, etc. (2).
Suidas dit que Zosime avait composé vingt huit livres sur l’alchimie, portant le même titre (3) chirocmeta (manipulations ?) que ceux attribués à Démocrite et à Bolus de Mendès (p. 157). Il avait aussi écrit une vie de Platon. La plupart de ces ouvrages sont aujourd’hui perdus. Cependant nous en possédons encore un certain nombre, ainsi que les sommaires de plusieurs autres. Leurs titres rappellent parfois par leur forme vague et emphatique ceux des ouvrages orientaux. Je vais en donner l'énumération, principalement d’après le manuscrit 2.327.
I. — Mémoires authentiques de Zosime le Panopolitain (fol. 80 ; reproduits fol. 220). Citons-en le début, qui présente une analogie frappante avec certaines pages du T'imée et qui fournit la clef des idées
(1) Codex CLXX.
(2) Ms. 2.327, fol. 203 vo.
(3) EupoctE donne aussi ce titre aux œuvres de Zosime. Le mot pesotumuatx se trouve dans le ms. de saint Marc, fol. 171.
des alchimistes sur le mercure des philosophes; j'y reviendrai à ce point de vue.
« Sur l’eau divine. Voici le divin et grand mystère, la chose cherchée par excellence. C'est le tout. Deux natures, une seule essence ; car l’une d'elles entraîne et dompte l’autre. C'est l'argent liquide (mercure), l'androgyne, qui est toujours en mouvement. C’est l'eau divine que tous ignorent. Sa nature est difficile à comprendre : car ce n’est ni un métal, ni de l’eau, n1 un corps (métallique). On ne peutle dompter ; c'est le tout dans le tout ; il a vie et souffle. Celui qui entend ce mystère possède l'or et l'argent. La puissance est cachée ; elle réside dans l’Érotyle. »
Au-dessous sont les trois cercles concentriques, avec les axiomes mystiques. « Un est le tout, par lui le tout et en lui le tout. Un est le serpent, il a les deux emblèmes et le poison. » A la feuille 8o ces axiomes sont inscrits dans le texte même, en lettres rouges. Au-dessous sont dessinés les quatre signes alchimiques du plomb, du mercure, de l’argent et de l'or, surmontés par celui du monde ou de l'œuf; ce dessin rappelle les anneaux astrologiques et gnostiques de la collection des pierres gravées de la Bibliothèque nationale. J’ai déjà insisté (p. 58 à 60) sur la parenté entre Zosime et les gnostiques.
Après ces phrases énigmatiques, viennent la description et la figure d’un alambic de verre, avec son tuyau en terre cuite, etc. À côté, une seconde figure, destinée à représenter l'appareil pour la fixation du mercure (xt). Une formule magique, au milieu de laquelle se trouve le Scorpion, accom-
pagne Îles explications, lesquelles s’en réfèrent à Agathodémon.
IT. — Sur le Tribicus (alambic à trois pointes) et sur son tube (fol. 81; reproduit fol. 221). C’est la description d’un appareil, avec une série de figures représentant, les unes un alambic, son chapiteau, ses tubes, son récipient; les autres, des fioles digérant sur un fourneau. Au bas (fol: 81, verso), les axiomes mystiques : « En haut les choses célestes, en bas les choses terrestres; par le mâle et la femelle l’œuvreest accomplie. »
IT. — Sur l’évaporation de l'eau divine qui fixe le mercure (fol. 82).
Ce petit traité est suivi d’un commentaire sur la même eau divine, postérieur à Stéphanus.