‹ Les origines de l'alchimeChapitre 8 sur 46 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

$ 1. — Enumération des manuscrits.

Es manuscrits alchimiques les plus anciens sont écrits en grec; ils forment un groupe caractéristique à la Bibliothèque nationale de Paris. Les plus vieux de ceux que nous possédons sont reliés aux armes de Henri Il; ils ont été apportés en France du temps de François Ier (1), à l’époque où ce roi faisait faire de grands achats de livres en Grèce et en Orient. Ceuxci ont été copiés au xv° siècle. D’autres datent du xvi* et du xvn*, et proviennent de bibliothèques privées, telle que celle du chancelier Séguier, réunies plus tard à la Bibliothèque nationale. Le premier de tous, le n° 2.325, est écrit sur papier de coton avec un soin tout particulier. Il serait du x siècle, d’après la table manuscrite qui le précède ; de la fin

() Bibliotheca Chemica de Mancer, t.I, p. 41.

du xm° siècle (r), d’après Labbé et d’après Ameilhon; du xiv*, d’après M. Omont. Son contenu se retrouve entièrement, comme je l’ai vérifié, dans le manuscrit suivant, qui est beaucoup plus étendu.

Le n° 2.327 est le plus complet. Il porte sa date : 1478, et le nom du copiste, Pelekanos de Corfou; j'en donne une analyse développée dans l’Appendice.

Le n° 2.240 est du xvi* siècle. Il renferme divers traités, qui manquent dans le précédent; mais beaucoup d’autres y manquent. Il offre des variantes importantes, conformes d’ordinaire au texte du manuscrit de saint Marc. Il est interrompu à la fin.

Les autres manuscrits, 2.326, 2.320, 2.250, 2.251, 2.252, 2.275, ne renferment rien de caractéristique, qui n'existe déjà dans les deux types 2.327 et 2.240.

Des copies analogues existent dans Îla plupart des grandes Bibliothèques d'Europe (2), et il en est fait mention dans leurs catalogues imprimés. La Laurentienne (Florence), l’Ambroisienne (Milan), la Bibliothèque de Gotha, celles de saint Marc, de Vienne, du Vatican, les contenaient au siècle dernier, à l’époque où ces catalogues furent publiés, et elles les contiennent probablement encore. La plupart ont été écrits. comme les nôtres, aux xv° et xvit siècles.

Je signalerai à part le manuscrit de saint Marc, le plus beau et le plus ancien que je connaisse. Le gouvernement italien a bien voulu me prêter ce

(1) Catalogue imprimé des manuscrits grecs de la Bibliothèque

royale.

(2) Fasricius. Bibliotheca græca,t. XII, p. 745-751. Édition de 1724. Les éditions suivantes sont plus abrégées, en ce qui concerne l’alchi-

mic.

certains renseignements sur les vieilles écoles grecques : renseignements d’autant plus précieux, que les auteurs de quelques-uns de ces écrits, Olympiodore, par exemple, paraissent avoir eu entre les mains des ouvrages aujourd’hui perdus, tirés de la bibliothèque d'Alexandrie, ou plutôt des débris qui en subsistaient encore peu de temps avant la destruction de cette bibliothèque; je parle de la destruction contemporaine de celle du Sérapeum par Théophile, patriarche d'Alexandrie.

$ 2. — Date et filiation des ouvrages contenus dans les manuscrits alchimiques.

La date des divers ouvrages contenus dans les manuscrits varie ; elle peut être recherchée et souvent assignée, d’après leur contenu ct d'après Îles citations des auteurs bysantins.

Plusieurs écrits sont païens et dus à des contemporains de Jamblique ct de Porphyre. Tels sont les opuscules attribués à Hcrmès, à Agathodémon, à Africanus, à Jamblique lui-même. La lettre d'Isis à son fils Horus et le serment invoquant les divinités du Tartare, portent le même caractère (page 25). Une citation du « précepte de l'empereur Julien », personnage si rarement invoqué plus tard, laquelle est donnée au manuscrit 2.327 (fol. 242), se rapporte aussi à cet ordre de traditions.

Peut-être même quelques-uns des ouvrages alchi-

miques que nous possédons sont-ils contemporains des débuts de l’ère chrétienne. Il en serait ainsi assurément, si l’on admettait l'identité du pseudo-Démocrite, nommé dans nos manuscrits et dans les papyrus, avec Bolus de Mendès, personnage signalé par Pline et par Columelle comme ayant composé certains traités attribués plus tard à Démocrite. Les Physica et mystica de nos manuscrits ont pu aussi faire partie des œuvres magiques du pseudo-Démocrite cité par Pline ; lequel , je le repète, semble n'être autre que Bolus de Mendès, ou quelqu'un de son temps. Les traités relatifs aux vitrifications colorées et aux émecraudes artificielles que nous possédons dérivent de quelque compilation aux traités analogues dont parlent Pline et Sénèque.

Certaines recettes anonymes d’alliages et de pierres précieuses artificielles pourraient être plus anciennes encore, s'il est vrai qu’elles aient été copiées sur les stèles (1) et sur les papyrus des sanctuaires.

Cependant la plupart des auteurs alchimiques sont chrétiens.

Zosime, par exemple, écrivait en Égypte vers le me siècle, au temps de Clément d’Alexandrie et de Tertullien, c’est-à-dire au temps des gnostiques, dont il partage les croyances et les imaginations; ce que font aussi les papyrus de Leide, qui remontent vers la même époque.

Synésius et Olympiodore appartiennent à la fin du iv® et au commencement du v°.

Le Philosophe Chrétien peut être regardé comme

(1) Voir pag. 20.

intermédiaire entre ceux-ci et Stéphanus, d’après le contenu de ses ouvrages : tandis que l’Anonyme serait à peu près du même temps que le dernier auteur. Certaines parties d’ailleurs, telles que les écrits de l’Anonyme et les Chapitres de Zosime à Théodore ne sont pas des œuvres complètes et originales : elles offrent le caractère de ces extraits et sommaires, que les polygraphes byzantins avaient coutume de faire et qui nous ont conservé tant de débris des historiens, des orateurs et des poëtes anciens.

Stéphanus est un personnage historique, qui a laissé des ouvrages de médecine et d’astrologie, en même temps que d’älchimie. Or il copie textuellement Olympiodore, Synésius et il commente le pseudo-Démocrite. Ces auteurs l’ont donc précédé. Olympiodore lui-même reproduit, textuellement aussi, Synésius, et Synésius commente le faux Démocrite.

Ainsi il existe une filiation non interrompue depuis le v° siècle de l’ère chrétienne, entre les divers ouvrages qui figurent dans nos manuscrits. Cette filiation a été admise comme incontestable par tous les érudits qui ont eu connaissance de ces manuscrits depuis le xvu° siècle et elle est confirmée, quant aux écrits les plus anciens, par la découverte des papyrus de Leide.

Presque tous ces écrivains sont antérieurs aux Arabes. Plusieurs d’entre eux sont cités, parfois sans changement, par Georges le Syncelle au vin siècle, par Photius, au ix° siècle, et par les polygraphes byzantins des x° et xif siècles, Suidas par exemple.

Le Kitab-al-Fihrist, ouvrage arabe écrit vers

l'an 850, nomme également nos écrivains. [ls sont . donc antérieurs à Geber, le grand maître des Arabes au ix° siècle. Celui-ci représente d’ailleurs dans ses livres authentiques une science plus méthodique, plus avancée et par conséquent postérieure à celle des alchimistes grecs.

Après ces auteurs, appelés les philosophes œcuiméniques, l'alchimie a été exposée par des moines byzantins, tels que Cosmas, Psellus et Nicéphore Blemmydas, d’une époque plus récente.

On peut préciser jusqu’à un certain point l’époque où ces écrits ont été rassemblés en un corps encyclopédique, en remarquant que ce corps est antérieur à une tradition mythique fort accréditée au moyen âge, et dont Jcan Malala et Suidas nous parlent dès le x° siècle : je veux dire la tradition qui identifie la recherche fabuleuse de la toison d’or par les Argonautes avec celle d’un prétendu livre alchimique (1), écrit sur peau : or notre collection n’en fait aucune mention.

L'ouvrage le plus moderne qu’elle renferme cest un traité technique sur les verres et pierres précieuses artificielles, attribué à l'arabe Salmanas (vin siècle), lequel contient de très vieilles recettes, transmises peut-être depuis les anciens égyptiens. Ce traité a été ajouté aux autres livres à une époque plus rapprochée de nous; car il n'existe ni dans le manuscrit 2.325, le plus ancien de ceux de Paris, ni dans le manuscrit de saint Marc, écrit vers le xI° siècle.

(1) Salmasit Plinianæ Exercitationes, p. 772, b. B. (1689).

En résumé, c'est par la réunion de ces œuvres de dates diverses que la collection alchimique a été formée à Constantinople, au moyen des écrits de divers auteurs, les uns païens, les autres chrétiens, copiés, commentés ct abrégés parfois par les moines byzantins. De là ces copies sont venucs en Îtalie, puis dans le reste de l'Occident.

Une lettre de Michel Psellus (vers 1050) sert en quelque sorte de préface au manuscrit 2.327. Cet érudit byzantin, dont la science était universelle ct qui a laissé des traités sur les matières les plus diverses, est peut-être celui qui a constitué la collection elle-même. En tous cas, elle était déjà formée, au xi° siècle, peut-être même au x°; car le manuscrit sur parchemin, de saint Marc à Venise, remonte à cette époque (p. 97) et il renferme la plupart des textes fondamentaux (sauf Île traité de Salmanas).

Ces écrits ont subi ensuite, comme :il est arrivé fréquemment pour les manuscrits anciens, diverses additions plus récentes, ainsi que des interpolations et des additions évidentes, de la part des moines byzantins. Ceux-ci en cffet les copièrent, non comme des monuments historiques, mais au double titre de textes mystiques et de textes pratiques, qu’ils commentaient à la façon des ouvrages théologiques. En tant que livres industriels surtout, ils étaient exposés à être rectifiés, complétés par chaque copiste, bref, mis au courant des connaissances acquises ; comme le sont les ouvrages techniques de nos jours.

Aux erreurs des copistes se sont parfois ajoutées

celles des commentateurs du xvin et du xix* siècle. Par exemple, les manuscrits renferment un procédé relatif à la trempe du bronïe chez les Perses, au temps de Philippe de Macédoine; bronue dont on peut voir, un échantillon sur les portes de Sainte-Sophie. Cette dernière indication semble sincère. Elle se trouve dans les manuscrits 2.327 (1) et 2.325, mais elle manque dans le manuscrit de saint Marc (2), plus ancien : ce qui prouve qu’elle a été ajoutée après coup par quelque copiste byzantin. Par suite d’une confusion singulière, ce même procédé a été attribué au siècle dernier à un moine de Sainte-Sophie, appelé Philippe de Macédoine. D’autres ont indiqué Philippe Sidètès, prêtre du temps de saint Jean Chrysostome. D'autres encore ont donné ce texte à Zosime. Mais les manuscrits cités ne disent rien de toutes ces attributions. De même la citation des savants ismaélites et les mots techniquesarabes, reproduits dans le traité de Salmanas, ont été rapportés à tort par quelques modernes à Zosime, malgré les indications formelles des manuscrits.

Ces manuscrits portent la trace de l'étude passionnée dont ils ont été l'objet autrefois: notes sur Îles marges (3), mementos, ratures de certains passages, surcharges, additions sur les feuillets de garde et dans les espaces vides, taches faites par les produits chimi-

(1) Ms. 2.327 fol. 155, vo.

(2) Ms. de saint Marc, fol. 118.

(3) Par exemple ms.2.327, notes marginales, fol. 35 vo, 36 vo, 140, ctc.; memento, fol. 264 ; additions en haut, fol. 92, 178, 254 ; additions interlinéaires à l’encre rouge, fol. 262, vo; ratures, fol. 118, 140, etc.

ques, telles que les sels de cuivre (r). En raison de ces circonstances, on pourrait croire que l'ancienneté des figures des instruments qui y sont dessinés, figures souvent reproduites (2), laisse quelque incertitude. Mais il convient d’observer que ces figures sont les mêmes dans les divers manuscrits; elles sont plus nettes et plus belles dans le plus vieux, celui de saint Marc, que dans aucun autre et elles répondent souvent à des descriptions précises du texte. Les appareils qu’elles représentent sont donc d’une date reculée.

En somme, les traités actuels sont antiques pour la plupart. Le langage, les idées philosophiques, les connaissances techniques, les faits historiques et autres qui y sont relatés, aussi bien que le nom authentique de quelques-uns de leurs auteurs, nous font remonter vers le iv° siècle de notre ère; peut-être même pour quelques-uns, jusque vers l'ère chrétienne.

$ 3. — Etudes et publications exécutées d’après les manuscrits alchimiques.

Rappelons brièvement les études ct les publications dont ces manuscrits ont été l’objet jusqu'à ce jour.

Il en est question tout d’abord dans le traité d’'Olaüs Borrichius, médecin danois du xvn° siècle:

(1) Ms. 2.249, fol. 113.

(2) Voir entre autres Hoefcr t€t. I, p. 262, 2063, 264, 270, °80, 285.

sur lOrigine de l’Alchimie, publié par la Btbliotheca chemica de Manget; l’auteur est savant, mais crédule. Morhofius en a parlé aussi, au xvii® siècle (r). Saumaise et Du Cange les avaient lus ; le premier en a tiré diverses citations, dans ses Plinianæ exercitationes.

Reinesius en fit alors une étude détaillée, la plus complète qui existe, laquelle a été publiée dans le tome XII de la Bibliothèque grecque de Fabricius (2). On y voit la liste des écrits contenus dans un manuscrit de Gotha ct la notice détaillée de plusieurs des manuscrits de la Bibliothèque royale de Paris. Cette notice est fort exacte, quant aux citations spéciales. Mais, par suite de quelque méprise de l’éditeur, on a mis bout à bout les titres des traités de plusiers manuscrits distincts : spécialement ceux des 2.249 et 2.527, comme s'ils étaient contenus dans un volume unique.

Fabricius a publié 17 extenso le texte et la traduction latine de l’un de ces ouvrages, le commentaire de Synésius sur Démocrite. Cette dernière est tirée d’une publication latine faite au xvi* siècle par Pizzimenti, sous le titre : Democriti de Arte magnä, Padoue (1573); laquelle renferme la traduction latine du pseudo-Démocrite et celle des Commentaires de Synésius, de Pélage et de Stéphanus. Ces traductions sont peu exactes; elles ont plutôt le caractère de paraphrases.

Les neuf leçons de Stephanus ont été transcrites

(1) Polyhistor, t. 1, p. ror.

(2) P. 747,751, 110 édition, 1724.

par le docteur Dietz ct publiées après sa mort dans les Physici et medict Græci minores de Ideler (1). On lit dans le même ouvrage (2) les poètes alchimiques, dont quelques morceaux avaient été imprimés au xviu siècle.

Signalons encore un fragment sur la bière et des articles swr la trempe du bronze, sur celle du fer, sur la fabrication du verre, publiés par Grüner, puis reproduits dans les Ecloga physica de Schneider.

Le lexigue des mots alchimiques, ainsi qu’une partie des signes ont été imprimés par Du Cange : les derniers d’une façon incomplète et sans correction. Le lexique même, sans les signes, est aussi reproduit, cette fois avec beaucoup de soin et d'après le manuscrit de saint Marc, à la fin de l'ouvrage de Palladius, de Febribus, par Bernard, p. 120 à 148 (1745).

Les titres des principaux traités de nos manuscrits existent dans Île catalogue imprimé des manuscrits grecs de la Bibliothèque royale, publié au xvrt siècle par Labbé. L'abbé Lenglet du Fresnoy en a eu connaissance dans son Æistoire de la philosophie hermétique (1742). L'Encyclopédie méthodique les signale à l'article Alchimie (1792). Au commencement de ce siècle, Ameïlhon, membre de l’Académie des Inscriptions, a donné quatre notes sur le même sujet dansles Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale (3). Enfin Hocfer, dans le tome I®' de l'Histoire de la Chimie, a parlé aussi de ces manuscrits

Gi) T. IE, p. 109 à 253. Berlin, 1842.

(2) T. Il, p. 328 à 353.

et il en a publié divers extraits ct fragments inédits, texte grec et traduction française.

Signalons brièvementles notices imprimées,relatives aux manuscrits contenus dans les autres Bibliothèques d'Europe. Ceux de Gotha ct d’Altenbourg ont été décrits par Reinesius, dont Fabricius a reproduit l'article dans sa Bibliothèque grecque (voir la page 105): ils ne diffèrent pas des nôtres, comme date et comme composition générale. Celui de Gotha a été consulté également par le professeur Hoffman de Kiel, pour un article sur l'origine du mot chimie, publié récemment dans le dictionnaire de Heumann.

Un manuscrit de Vienne a été décrit cet analysé par Lambecius (1), au siècle dernier : c'est une copie datant de 1564; son contenu se retrouve d'ailleurs dans notre n° 2.327.

Le Catalogue de la Bibliothèque Laurentienne, publié à Florence en 1770, analyse (2) un manuscrit tout à fait analoguc. Dictz a parlé d'un manuscrit semblable, de Munich.

Le manuscrit de Leide, signalé par Reuvens (3), est du même type; certains traités y sont reproduits sculement en abrégé.

La bibliothèque de saint Marc contient le plus ancien manuscrit alchimique qui existe. Ce manuscrit, que j'ai entre les mains, renferme les plus importants de nos traités et sa composition générale ne diffère pas sensiblement de celle des précédents. Il

| (1) Comment. de Bibl. Cœsarea, etc. Pars II, livre VI, p. 380. (2) T. HE, p. 347.

(3) Troisième lettre à M. Letronne, p. 73.

est écrit sur parchemin. Il remonterait au xi° siècle, d’après Bernard et d’après le catalogue de 1740; sa comparaison avec les types paléographiques donnés dans Wettenbach le reporte en effet entre le x° et le xi° siècle ({v. p. 97). Nous possédons trois notices sur ce manuscrit : l’une à la fin du traité de Palladius, de Febribus, publié par Bernard en 1745; une autre, dans le Catalogue des manuscrits grecs de la bibliothèque de saint Marc, publié en 1740 (p. 140 de ce Catalogue), où il porte le n° 299; la dernière, due à Morelli, dans son ouvrage relatif aux mêmes manuscrits, publié en 1802 (1). J'ai fait moi-même une étude approfondie de ce manuscrit, et j'ai établi une collation soignée de ses articles avec ceux des manuscrits de la Bibliothèque de Paris. D’après la lecture des notices, il semble que le manuscrit de saint Marc ait été reproduit dans celui de la bibliothèque Ambroisienne de Milan, manuscrit plus moderne, analysé par Montfaucon (2).

Les études que j'ai faites des manuscrits de Paris, de saint Marc, et des analyses imprimées des autres tendent à faire penser que les manuscrits alchimiques dérivent de trois types principaux.

1° Le type du manuscrit de saint Marc, du xi° ou du x° siècle, le plus vieux de tous, et dans lequel manquent le traité de Salmanas et divers autres; tandis qu’on y trouve le labyrinthe de Salomon, œuvre cabalistique.

Le manuscrit 2.249, de la bibliothèque de Paris se

(2) Paléographie grecque, p. 374.

blage a servi à la constituer. Je demande quelque indulgence pour ce travail d'analyse, fort délicat de sa nature, mais qui semble propre à jeter un certain jour sur l’histoire de la science.

$ 4. — Composition de la collection manuscrite des alchimistes grecs.

Le manuscrit 2.327 est coordonné jusqu’à un certain point à la façon d’un ouvrage moderne, au moins dans ses premières parties : c’est une sorte d’Encyclopédie alchimique, où le copiste a rassemblé tous les traités et morceaux congénères qu’il a pu connaître. Le manuscrit débute par une dissertation ou lettre de de Afichel Psellus, adressée à Xiphilin, patriarche de Constantinople au milieu du xr° siècle. Elle est placée en tête, en guise de préface (1). Après diverses intercalations, qui semblent faites sur des pages de garde originellement blanches, on trouve, comme dans un traité de chimie actuel :

1° Les indications générales relatives aux mesures et à la nomenclature ;

2 L'ensemble des traités proprement dits, théoriques ct pratiques, lesquels forment à la suite un tout distinct. |

Développons le détail de cette composition.

(ri Ms. 2527. Fol. 1 à 7,

$ 5. — Indications générales.

Ces indications comprennent d’abord un fraité des poids et mesures (1), attribué à Cléopâtre, traité classique pour ceux qui s'occupent de lantiquité; il existe dans le manuscrit de saint Marc et dans beaucoup d’autres. Il se trouve aussi dans Îcs œuvres de Galien et dans divers manuscrits traitant d’autres sujets. Aussi a-t-1l été imprimé plusieurs fois, notamment par Henri Estienne dans son Thesaurus Græcæ linquæ (2). Une autre note relative aux poids ct mesures se trouve dans des additions faites à la fin du manuscrit 2.327 (3).

Les noms des mots égyptiens, comparés à ceux des mois romains (4), représentent un renseignement pratique du même ordre.

Le traité des mesures est suivi, toujours comme dans un ouvrage moderne, par l'explication des signes de l'art sacré (5), lesquels correspondent aux symboles de nos éléments actuels, avec noms en regard. Ce tableau des signes existe aussi dans le manuscrit de saint Marc et dans le manuscrit 2.325: ce qui

(1) Ms. 2.327, fol. 15 et 10; ms. de saint Marc, fol. 108, verso.

(2) Appendice de l'édition princeps, p. 218; avec traduction latine. ‘édition moderne de Didot est moins complète sur ce point.

(3) Ms. 2.327, fol. 202 et 293.

(4) Ms. 2.327, fol. 282 ct 27.

(5) Ms. 2.327, fol. 10, verso, à 18; Ms. de saint Marc, fol. G ct 7.

prouve qu’il remonte au moins au xi° siècle. Quelquesuns des signes qu'il renferme, tels que ceux de l'or et de l'argent, figurent déjà dans les papyrus de Leide. Celui de l’eau est un hiéroglyphe, etc.

En examinant de plus près la liste des signes du manuscrit 2.527, on reconnaît qu’elle résulte de juxtaposition de plusieurs listes, ajoutées et combinées les unes avec les autres à diverses époques. En effet les noms des métaux, et ceux des autres corps y reviennent plusieurs fois, souvent avec des symboles différents, dont les derniers sont de simples abréviations. Le mercure, par exemple, est désigné au début par un croissant retourné, inverse du signe de l'argent ; tandis que dans la liste finale il s’est substitué à l’étain pour l'attribution du métal au signe astronomique de la planète Mercure.

Les listes dont je parle sont faciles à distinguer.

Citons d’abord une première liste, très courte et probablement très ancienne, renfermant seulement les signes des sept planètes et des sept métaux, donnés en sept lignes dans le manuscrit de saint Marc (1). Cette liste se lit également au fol. 280 du manuscrit 2.327, mais plus développée et avec les noms d’une suite de substances annexes et subordonnées. J’y reviendrai.

J'ai reproduit le fac-similé de la première et de la seconde liste du manuscrit de saint Marc.

Le manuscrit de saint Marc et le manuscrit 2.327 (2) débutent par une autre liste méthodique (seconde

(1) Ms. de saint Marc, fol. G, colonne de droite. Voir aussi ms. 2.250, fol. 243; ms. de la Laurentienne, vers la fin. (2) Ms. 2.327, fol. 16 ve.

dans la dernière semblent indiquer qu'elle a été tirée de quelque livre magique.

Une septième liste, signalée par le mot aMus, suit les trois précédentes dans le manuscrit 2.327 : c'est surtout une liste de matières médicales.

Au verso du fol. 18 du manuscrit 2.327 reprend une huitième liste, comprenant les métaux. Elle est plus moderne; car l’électrum a disparu. L’étain s'y trouve avec le signe de la planète Jupiter, au lieu du signe de la planète Mercure, qu'il possédait dans la première et dans la troisième. Le métal mercure a de même changé de signe et il affecte le symbole de la planète Mercure, précédemment consacré à l'étain.

En résumé, ces listes multiples semblent avoir été tirées de manuscrits distincts par l'époque et la composition, dans lesquels elles figuraient d'abord; elles ont été mises bout à bout, en tête de la collection du manuscrit 2.327.

Le serpent qui se mord la queue (dragon Ouroboros) doit être rapproché des signes des métaux, bien qu'il soit dessiné et décrit à une place toute différente dans le manuscrit (1). J'ai montré (p. 58) l'origine égyptienne et gnostique de ce symbole, qui existe aussi dans les papyrus de Leide et sur les pierres gravées du in siècle, conservées dans nos collections.

Après la liste des signes, vient le Lexique des mots de l’art sacré, par ordre alphabétique (2); toujours comme dans certains traités modernes de chimie. Le

(1) Ms. 2.327, fol. 190 ct 270.

(2) Ms. 2.327, fol. 10 à 23.

2.327 par un énoncé des lieux où l’on prépare la pierre philosophale, en Égypte, à Constantinople, etc. Une désignation analogue et plus ancienne, car elle ne renferme que des noms de localités Égyptiennes, existe au fol. 249, verso : je l’ai reproduite p. 36. J'ai dit que ces listes paraissaient être le résumé et l’interprétation alchimique d’un passage d’Agatharchide, relatif aux exploitations métallurgiques de l'Égypte.

Les indications générales qui viennent d’être signalées, telles que celles des poids et mesures, des signes et de la nomenclature, sont suivies dans le manuscrit 2.327 par la reproduction des traités alchimiques proprements dits. Ceux-ci peuvent être groupés sous diverses catégories.

$ 6. — Traités théoriques.

Un premier ensemble est formé par les ouvrages théoriques et philosophiques. Il se compose de plusieurs collections distinctes.

La première constitue ce que l’on pourrait appeler les TRAITÉS DÉMOCRITAINS : je veux dire le pseudo- Démocrite et ses commentateurs. Le pseudo-Démocrite est représenté par un traité fondamental, intitulé Physica et Mystica (1), base de tous les commentaires, lequel se trouve également dans le manuscrit 2.325,

( ) Ms. 2.327, fol. 24 vo à 31.

nuscrits 2.250 et 2.249. Sa publication offrirait beaucoup d'intérêt.

Auprès de ces auteurs, on peut grouper les écrits attribués à Cléopâtre la Sayaunte, et les écrits de Marie la Juive, écrits composés probablement à une époque voisine du pseudo-Démocrite, et dont nous possédons des extraits étendus, cités entre autres par Stéphanus ;

Les écrits d’Osfanès (1), le prétendu maître de Dé:mocrite dont parle Pline;

Ceux de Comarius, le précepteur de Cléopâtre, commentés ou interpolés par un anonyme chrétien (2);

Ceux de Jean l'Archiprêtre dans la divine Evagie el les sanctuaires qui en dépendent (3); le manuscrit de saint Marc dit : Jean l’Archiprêtre de la Tuthie en Évagie et des sanctuaires, etc.

Enfin les écrits de Pélage (4).

Un second groupe de traités, congénères des écrits démocritains, est constitué par les LIVRES HERMÉTIQUES, contemporains par le style et les idées avec le Pœmander, tels que : le discours de la Prophétesse Isis à son fils Horus (5);

Le Commentaire d'Agathodémon sur l'oracle d’Orphée (6);

(1) Ms. 2.249, fol. 75, vo; ms. de saint Marc, fol. 66.

(2) Ms. 2.327, fol. 74 à 70.

(3) Ms. 2.327, fol. r40 ct fol. 243 à 249; ms. de saint Marc, fol. 70.

Evaytx signifie Saintcté. Le mot originel du licu appelé Tuête paraît avoir été changé par les copistes en l’adjectif Gerx (divine), plus facile à comprendre.

(4) Ms. 2.327, fol. 222 à 227; ms. de saint Marc, fol. 62 v°.

(5) Ms. 2.327, fol. 256 à 258,

(6) Ms. 2.327, fol. 262 à 264.

L'Enigme tirée des livres sybillins et son commentaire par Hermès et Agathodémon (1). Le chroniqueur Cedrenus (2) établit une certaine relation entre cette énigme et un autre petit écrit sur les mœurs des philosophes (3), écrit qu’il attribue d'ailleurs à Démocrite.

Le serment des initiés figure dans le discours d’Isis sous une forme païenne et il est reproduit avec des variantes considérables qui lui donnent un caractère chrétien , soit à l’état anonyme (4), soit sous le nom de Pappus (5) : il dérive des mêmes traditions.

Il en est peut-être de même de l’article, relatif à l'assemblée des philosophes (6), qui semble, au moins par son titre, avoir servi de point d'attache à la Turba philosophorum, écrit alchimique célèbre au moyen âge.

Les interprétations sur les lumières, que l’on litensuite, sont probablementaussi du temps des gnostiques et de Zosime (7).

Il en est de même de la Coction excellente de l’or ; à la suite de laquelle figurent les procédés de Jamblique, les procédés pour doubler l'or, etc. (8), lesquels semblent contemporains de ceux des papyrus de Leide.

Le signe d'Hermès (9) et l'instrument d’Hermès

(1) Ms. 2.327, fol. 234 à 237.

(2) Édition de Paris, p. 121.

(3) Ms. 2.327, fol. 109 v°; ms. de saint Marc, fol. 128.

(4) Ms. 2.327, fol. 109 v°.

(5) Ms. de saint Marc, fol. 184 v°.

(6) Ms. 2.327, fol. 233.

(7) Ms. 2.327, fol. 264 et 265.

(8) Ms. 2.327, fol. 206 à 268.

(a) Ms. 2.327, fol. 297.

trismégisle pour prévoir l'issue des maladies (1), ainsi que la Chrysopée de Cléopâtre, formée uniquement de noms et de signes magiques (2), rappellent l’union originelle de l’alchimie avec la magie et l’astrologie.

Tout ceci se rattache en définitive aux livres hermétiques et porte l'empreinte des doctrines néoplatoniciennes et gnostiques.

Aux mêmes doctrines se rapporte une troisième groupe, comprenant LES LIVRES DE ZOSIME LE PANoPoLi- TAIN, le plus vieil auteur alchimique authentique que nous possédions. Zosime avait rédigé, d’après Suidas, vingt-huit traités d’alchimie. Un grand nombre de ces ouvrages, les uns mystiques, les autres techniques (3) et relatifs à des descriptions d'instruments et d'opérations réelles, sont venus jusqu’à nous : les uns complets, Îles autres à l’état d’extraits, faits par le Philosophe Anonyme et par divers moines (4), d’autres à l’état de résumés seulement (5). J’en donnerai les titres plus loin, en parlant de Zosime en particulier.

Les mêmes traités existent à la fois dans les manuscrits 2.325 et 2.327: quelques-uns d’entre eux seulement sont contenus dans le manuscrit de saint Marc. Le manuscrit 2.249 nous a conservé certains sommaires. |

(1) Ms. 2.327, fol. 203.

(2) Ms. de saint Marc, fol. 188, v°; ms. 2.240, fol. 96 v°.

(5) Ms. 2.327, fol. 80 à 89; 112 à 136; 161, v°; 220 à 222; 251 à 256; 260. .

(4) Ms. 2.327, fol. 168 à 177; 159 ve.

(5) Ms. 2.249, fol. 89; fol. 94 à 06.

Les auteurs que je viens d’énumérer, ceux des traités démocritains, ceux des traités hermétiques, ainsi que Zosime, sont dits œcuméniques dans les manuscrits. Après eux viennent leurs COMMENTATEURS chrétiens et anonymes, écrivains de l’époque byzantine, qui ont écrit en Egypte et à Constantinople, avant le temps des Arabes. Tels sont les Livres du Chrétien sur la bonne constitution de l’or et sur l’eau divine (1); et l’écrit du Philosophe Anonyme sur l’eau divine (2).

L'explication de la science de la Chrysopée par le saint moine Cosmas (3), appartient au même groupe. Mais elle y a été ajoutée plus tard. En effetelle ne figure ni dans le manuscrit de saint Marc, ni dans le texte primitif du manuscrit 2.325. Dans ce dernier elle se trouve à la suite, transcrite d’une toute autre écriture, moins soignée et presque effacée. Son auteur réel ou pseudonyme serait-il le moine qui voyagea dans l'Inde?

Tels sont les traités philosophiques, théoriques et mystiques, qui composent le Corpus des Alchimistes grecs.

$ 7. — Poèmes alchimiques.

Un second ensemble, très intéressant pour l’histoire générale, mais sans importance pour celle de la (1) Ms. 2.327, fol. 92, vo, à 100.

(2) Ms. 2.327, fol. 162 à 168.

(3) Ms. 2.327, fol. 159 à r61.

chimie, comprend les poètes alchimiques, lesquels se présentent sous un titre commun : érailtés tirés de la Chimie mystique (1). Il renferme les poèmes d’Héliodore, de Théophraste, d'Archelaïs, d'Hiérothée. Les premiers de ces poèmes paraissent écrits par des auteurs de la fin du 1v° siècle, contemporains de Théodose; mais ils ont subi des interpolations successives dans les manuscrits, lesquelles ont fini parfois par transformer les iambes du 1v° siècle, en vers dits politiques d’une basse époque.

Jean de Damas et d’autres ont écrit plus tard des morceaux analogues, qui se trouvent seulement dans quelques manuscrits.

Les poèmes manquent dans le manuscrit 2.325 ; mais ils existent dans le manuscrit de saint Marc. Quelquesuns avaient été imprimés à la fin du traité de Palladius, de Febribus, en 1745. L'ensemble a paru dans le deuxième volume des Physict et Medici græci minores de Ideler (18.42).

$ 8. — Traités technologiques.

Un troisième ensemble est celui des traités et des recettes technologiques. Je vais essayer de classer ces traités et recettes, dont l’origine est très diverse : quelques-uns semblent remonter à l'Égypte grecque et plus haut peut-être, tandis que d’autres sont de

(1) Ms. 2.527, fol. 178 à 195.

Je ne l'ai rencontré que dans le manuscrit 2.327. Rappelons que le nom de Moïse, regardé comme auteur de traités astrologiques et magiques, figure également dans les papyrus de Leide (pages 54 et 83).

Ce traité renferme des passages étranges, qui semblent les débris de quelque papyrus, copiés à la suite, d’une façon incohérente, sous préoccupation du sens général des titres, ni des phrases qui précédent. C’est ainsi que sous la rubrique : matière de l’argyropée (1), on lit, après des formules de minéraux et sans aucune transition, neuf lignes tirées de l’article sur la teinture en pourpre de Démocrite : « Ces auteurs sont estimés par nos prédécesseurs, etc. »; puis vient la finale banale des traités démocritains « la nature triomphe de la nature, et la nature domine la nature. » Ceci jette un jour singulier sur le mode de composition des manuscrits que nous étudions.

Dans un troisième traité, intitulé : Fusion de l'or très estimée et très célèbre (2), l’auteur expose des procédés de dorure et d’argenture, d’autres procédés pour confectionner des lettres d’or (3), pour souder l’or et l'argent, pour fabriquer des alliages de cuivre semblables à l'or. Plusieurs de ces procédés offrent par le détail des traitements qu'ils décrivent une ressemblance frappante avec ceux des papyrus de Leide (4). On dirait que ces derniers ont été extraits de quelque traité de ce genre;

(1) Ms. 2.327, fol. 273.

(2) Ms. 2.327, fol. 280 à 200.

(3) MonTraucon a reproduit l’un de ces articles dans sa Paléographie grecque.

(4) Voir p. 88 et 92.

livre de Sophé l'Égyptien (ouvrage de Zosime) et la chimie de Moïse (1).

Une série distincte de recettes métallurgiques, qui se rencontre aussi dans le manuscrit de saint Marc et dans le manuscrit2.325, concerne la {rempe du bronze, écrite au temps de Philippe de Macédoine, /a trempe du fer indien, etc. (2). Ces deux recettes ont été imprimées par Grüner en 1814, et par Schneider dans les Ecloga Physica ; un procédé pour la fabrication du verre (3) a été imprimé en même temps : il y est question du verre bleu et de divers espèces de verres verts, telles, que le prasinum et le venetum, mots déjà employés par Lampride au mn siècle.

Telle est la composition générale des manuscrits alchimiques grecs.

(1) Ms. 2.327, fol. 147 à 155.

(2) Ms. 2,327, fol. 155 v à 159.

(3) Ms. 2.327, fol. go à 92.

que les excellents prophètes qui le suivirent. On cite alors le très savant Zosime. Ce sont là les philosophes œcuméniques et renommés, les commentateurs des théories de Platon et d’Aristote. Olympiodore et Stephanus, ayant fait des recherches et des découvertes, ont écrit de grands mémoires sur l’art de faire de l'or. Tels sont les livres très savants dont l'autorité va nous guider. » Cette liste remonte au va ou au vur* siècle; elle peut être étendue, en y adjoignant les noms des auteurs qui font partie des énumérations suivantes.

En effet une liste presque aussi ancienne figure au commencement du manuscrit de saint Marc (1), sous la rubrique : « Noms des philosophes de la science et de l’art sacrés. Ce sont : Moïse, Démocrite, Synésius, Pauseris, Pebichius, Xénocrate, Africanus, Lucas, Diogène, Hippasus, Stéphanus, Chimès, Le Chrétien, Marie, Petasius, Hermès, Théosébie, Agathodémon, Théophile, Isidore, Thalès, Héraclite, Zosime, Philarète, Juüliana, Sergius. » A côté des noms des vieux philosophes grecs, tels que Xénocrate, Diogène, Hippasus, Thalès, Héraclite, cette liste contient les noms d'auteurs alchimistes véritables, cités pour la plupart dans les traités que nous possédons.

Voici une autre liste, d’après les manuscrits de la Bibliothèque nationale (2) :

« Connais, Ô mon ami, le nom des maîtres de

(1) Fol. 7 v°.

(2) Ms. 2.327, fol. 195 vo; reproduite fol. 294; la même liste, ms. 2.250, fol. 245.

mystérieuse : Cléopolis (Héracleopolis) , Alycoprios (Lycopolis), Aphrodite, Apolenos (Apollinopolis) et Elephantine. » Ces noms eux-mêmes paraissent tirés d'un morceau défiguré d’Agatharchide, relatif aux sièges des exploitations métallurgiques d'Égypte, sièges qui auraient été identifiés plus tard avec les lieux supposés de la fabrication de l'or (r).

En somme, pour les lieux, comme pour les hommes, il semble que nous ayons affaire dans tout ceci à des listes anciennes, complétées plus tard par les copistes et commentateurs et étendues jusqu'au vu: siècle.

Comparons-les avec les auteurs alchimiques cités dans le Kitab-al-Fihrist, catalogue des sciences de Ibn-Abi-Yacoub-An-Nadim, auteur mort en lan 235 de l'Hégire c'est-à-dire vers 850. Ce traité est postérieur à nos listes et peut servir à les contrôler. M. Derenbourg a eu l'obligeance de traduire verbalement pour moi la page 353 du texte et Îles suivantes. La magie et l’alchimie y sont confondues, conformément aux analogies historiques.

Voici le résumé de ce texte :

a Œuvres d'Hermès sur la magie (2) : — livres d'Hermès à son fils sur la magie — livre de l'or qui coule (fusion de l'or?) (3), — livre adressé à Toth, sur la magie, etc.

« Ostanès d'Alexandrie. Il a écrit mille dissertations sur les secrets et les énigmes, etc.

(1) Voir p. 36.

(2) Voir ms. de saint Marc, fol. 190.

(3) Voir le traité intitulé : Fusion excellente de l'or, p. 124.

en alchimie, comme dans les autres sciences. La concordance entre les noms contenus dans ces diverses listes, d’origine si différente, en atteste l’authenticité : je veux dire qu’elle prouve l'existence avant le ix° siècle, de traités attribués à Hermès, à Démocrite, à Zosime, à Marie, à Stéphanus, traités dont certain nombre sont parvenus jusqu’à nous par le manuscrit de saint Marc et par ceux de la Bibliothèque nationale de Paris et des autres Bibliothèques européennes. Le manuscrit 2.327, que nous suivons de préférence, renferme en effet des traités portant les noms de la plupart de ces auteurs; nous avons essayé de donner plus haut la classification de leurs ouvrages.

Passons en revue les noms mêmes des auteurs, ceux du moins auxquels ont peut rattacher quelque commentaire historique. Pour plus de clarté, nous les décomposerons en plusieurs catégories : les auteurs mythiques, dieux, rois, et prophètes; les auteurs pseudonymes, et enfin les auteurs historiques, c'est-àdire les auteurs réels, je veux dire connus sous leur nom véritable.

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