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LES GROUPES PRIMORDIAUX

L'action des forces dissolvantes dont nous avons étudié le jeu a été sans doute d'une rare profondeur; elle a bouleversé les divisions politiques ; elle a rompu les liens qui rattachaient les unes aux autres les parties constitutives de la France ou qui donnaient à chacune sa cohésion propre. Toutefois , à la bien scruter, vous vous apercevez qu'elle n'a pas anéanti les groupes naturels, les agrégats* qui naissent de la communauté de race et de l'absorption par la race dominante des éléments disparates. Il aurait fallu pour un tel résultat une submersion totale de la France, il aurait fallu une vague humaine laissant loin derrière elle et les flots d'envahisseurs qu'avaient déversés jadis la conquête romaine, la conquête germanique, et l'afflux qu'apportèrent les incursions des pirates normands, les expéditions magyares et sarrazines.

Quels sont ces groupes naturels? Leurs lignes principales n'ont pas varié. On les retrouve sous les agitations les plus violentes de la surface , sous la division ancienne de la France en provinces, jusque sous la division en départements qui en est sortie.

Quand César conquit la Gaule, elle comprenait quatre grands groupes de population : les Celtes dans le bassin de la Loire et de la Seine , les Belges dans le bassin du

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Rhin et de la Moselle, les Aquitains et Gascons dans le bassin de la Garonne, enGn une population mixte d'indigènes, Celtes, Ibères, et Ligures, mêlée aux Italiens et aux Grecs de la province romaine. Le' pays était morcelé en une centaine de territoires de tribus.

Les Romains respectèrent ces divisions. Ils distinguèrent trois Gaules et la province romaine; ils érigèrent en civitates les territoires de tribus; ils tinrent- compte de l'affinité des peuples et de leur répartition ancienne sur le sol pour partager les civitates en pagi1 et pour les réunir plus tard en provinces. En réalité les groupes naturels étaient maintenus, et c'est au sein de ces groupes que se développa la civilisation gallo-romaine par la création de villes, de villages et de domaines.

L'établissement des Germains va-t-il bouleverser les civitates et les pagi? Nullement. A peine s'il y touche là où la population indigène, compacte et dense, reçoit un simple mélange d'envahisseurs. Ailleurs, où le nombre de ceux-ci prévaut , dans l'Est et le Nord, par exemple, la civil as est partagée en un plus grand nombre de pagi. — Ce sont des groupes naturels aussi que ces nouveaux pagi : ils sont créés eu égard aux tribus germaniques établies sur le territoire d'une même civiias. — Le pagus devient ainsi, avec ses subdivisions, centaine ou vicairie, une base essentielle du système territorial de la période franque. Non fractionnée, l'ancienne civiias s'appellera elle-même pagus.

De leur côté, les grands cadres résistent aux remaniements opérés par les partages politiques. Ils se rétrécissent seulement ou se dédoublent sous la poussée de la conquête ou de l'immigration. Les Francs, les Normands, les Bretons au Nord et à l'Ouest, à l'Est et au Sud les Burgondes et les Wisigoths, ces derniers refoulés plus

1 Sur les pagi gallo-romains, voir infrà, première Partie, § 2, I, chapitre H.

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