‹ Les origines de l'ancienne France (volume 2)Chapitre 14 sur 91 · LE PEUPLE · texte numérisé non relu

LE PEUPLE

tard dans la Septimanie, s'intercalent,, font des pointes dans chacune des régions primitives. Les Francs acquièrent la suprématie dans une partie de la. vaste zone jadis occupée par les Celtes et par les Belges, les Normands finissent par détenir en maîtres une fraction importante du territoire des anciens: Celtes; les Burgondes dominent dans le bassin du Rhône, les Wisigoths dans l'ancienne Nàrbonnaise. Une partie de la Gaule Belgique garde son unité sous des noms multiples : Flandre, Lorraine, Alsace.

En résumé, l'élément ethnique qui remporte par* le nombre et par la force dans une même région continue i lui imprimer son caractère distinctif, à en faire une division naturelle. Ces divisions se montreront indélébiles, elles traverseront toutes les phases de notre histoire, en s'ap<pelantTIlede France, la Normandie et la Bretagne, la Flandre, la Lorraine et l'Alsace, l'Aquitaine et la Gascogne, la Bourgogne, le Languedoc et là Provence.

A l'époque où se produit la dislocation sociale que j'ai dépeinte, ce groupement se manifeste par l'existence de ducs des Francs , des Bretons , des Normands , des Aquitains, des Wisigoths1, il sert à de puissantes familles, en possession de ces dignités, il sert même à leurs fidèles ou à leurs rivaux, de marche-pied pour asseoir une domination durable sur des ensembles de sujets. Notons-le. :, c'est moins la force oppressive que le besoin de sécurité qui fonde les* dynasties princières. Se faisant jour de bas en haut, il porte les chefs (principes) au sommet d'une hiérarchie traditionnelle et, dans les grands dangers communs, fait tourner tous les regards vers eux comme vers les protecteurs attitrés. Ils arrivent ainsi à dominer d'une grande hauteur le monde féodal : ils représentent dans cette société basée sur l'individualisme l'intérêt public. Hommes libres

1 Dux Francorwn, Nortmannorum , BrUannorum, AquUarwrum^ Gothorum, eic: (Richeri Histor. pas&im).

24 LIVRE III. — I*e PARTIE.

et terres libres leur doivent des services pour les aider à défendre la commune patrie. Là cesse le privilège de Tirnmuniste \ là s'arrête et s'incline l'indépendance de l'alleutier*.

I «... Si dissipatio inter nos et nostros vicinos et turbatio crescat, quod absit, homines Sancte Crucis non commoneantur neque moveantur ut eant homines occidere , vel terras christianorum predare atque de vas tare, neque caste 11 u m neque vallum facere... Si tamen inimici nostri in honorem nostrum supervenerint, tune omnes eant ut défendant sua ab inimicis propria » (Charte de fondation de l'abbaye de Talmont, par Guillaume le Chauve, seigneur de Talmont, vers 1049. CartuL, p. 68).

« Ego Helias de Didonia... concessimus, atque de nostra potestate in liberam atque propriam potestatem monachorum in ecclesia S1 Stephani... quiquid possidebamus in prefata villa... Hoc tantum retinuimus, quod si aliquis inimicus terras nostras vas tan di causa invaderet, burgenses istius ecclesie, quemadmodum oeteri, mecum ezpugnare adjuvarent » (Cartul. de Saint- Etienne de Vaux, 1075- 1108, ch. 54; CartuL de la Saintonge , I, p. 42).

« Guido Aquitanorum duz... dimisit ne amplius (coloni Scte Marie) unquam in exercitum ducerentur extra Sanctoniam, nisi amissione sue terre, si quis violentia eam sibi vellet auferre » (CartuL de Notre-Dame de Saintes, 1079, ch. 53; Cartul. de la Saintonge, II, p. 54).

* Voici une charte du CartuL de Saint-Jean oYAngély qui Terprime avec une rare précision : « Ego Wuillelmus dux Aquitanorum cum adhuc junior essem... abstuli quemdam burgum qui vocatur alaudium... postmodum... reddidi Deo et Sancto Joanni... Volo ne mine m ignorare prœdictum alaudium ab omni consuetudine mea liberum et absolu tu m esse nisi forte quando populus undecunque vocatus etiam de alaudiis militum ad nominatum bellum pro patria pugnaturus processerit » (Cartul. de Saint- Jean d'Angély, M S. fo* 184 vM85 r°).

II est à noter que ce service public dû par l'alleu faisait parfois l'objet d'une sorte de cantonnement. Le chef de la région avait des droits sur une partie de l'alleu pour le faire concourir à la défense commune. C'est ce que nous voyons dans le Hainaut : « Ego cornes Balduinus portiunculam unam silve ad illam partem allodii pertinentes que vulgb haia dicitur, que pro defensione patrie et rei publiée solet fieri, et jus advocatie hujus terre pro tuitione allodii ad pacem ecclesie, nutu et assensu pre scripte Mainsendis hanc elemo-

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