LB PEUPLE
Toutefois il faut pénétrer plus bas pour atteindre une association plus étroite.
Voici d'abord l'ancien pagus. Il devient comté féodal, sauf à se morceller et à se subdiviser1 par des inféodations volontaires ou des partages forcés. Non seulement le comte carolingien profite de l'existence d'un groupe naturel pour y implanter solidement son pouvoir, mais l'aventurier, le comte par la grâce de Dieu, ne fait pas autrement. Tous deux ils s'efforcent de maintenir ou de reconstituer le pagus dans ses antiques limites et de s'en faire une seigneurie. Ils y parviennent à l'aide du lien de fidélité3, et ainsi le régime seigneurial, tout en reposant sur une hiérarchie personnelle, travaille à reconstituer une unité territoriale, factice en apparence, naturelle au fond.
A mesure que vous descendez, le groupe prend plus de réalité encore et plus de consistance. Si le comte n'avait eu que des vassaux proprement dits et ceux-ci à leur tour que des tenanciers et des sujets éparpillés au hasard , la cohésion aurait mis un temps infini à triompher. Mais le rapprochement, l'habitation en commun, était une nécessité. La difficulté des communications, le genre de vie, la production économique rendaient le rapprochement désirable : le besoin de protection l'imposait. Quand, au neuvième siècle, le désordre éclate, quand il gagne en étendue et en intensité jusqu'à aboutir au règne de la force et de l'arbitraire individuels, comment les hommes ne se serre-
sinam conferentis, et domni Clarembaldis abbalis S. Pétri, in manu mea miehi retinui » (Cartul. de Saint-Pierre d'Haumont, MS. fM6 ▼•, 1178).
1 Par morcellement, j'entends la formation de nouveaux comtés, par subdivision, les vicomtes, vigueries, chàtellenies , etc. Les premiers appartiennent à l'histoire générale ; quant aux autres, j'aurai à les considérer, au cours de cet ouvrage , comme divisions politiques et administratives, notamment dans la description des diverses régions de la France.
1 Voyez la deuxième Partie du présent Livre.
naient-ils pas les uns contre les autres? Comment ne chercheraient-ils pas un asile dans la zone de protection des châteaux, des églises et des couvents?
Ainsi surgissent des agglomérations nouvelles ,. tandis que les anciennes, villages et villes, demandent à une union plus étroite et à une ceinture de remparts les moyens d'échapper aux violences et aux spoliations..
Châteaux et couvents:, villes et villages sont les noyaux vivaces d'un monde renaissant. Par eux et en eux la charpente osseuse de la société se reforme. Us servent de points de solidification, en attendant qu'ils recréent la chair et le sang de la patrie, en attendant qu'ils engendrent les. communes françaises.