LA NAJSSANCE DE LA FEODALITE
plet et jusqu'à la mort. Il est l'expression d'un contrat et impose aux deux parties des obligations réciproques. Le serment du compagnon est un serment d'abnégation, d'abandon de la personne, de « dévouement » dans le sens religieux du mot.
5° Le service militaire exigé des compagnons n'était pas de môme nature que celui qui a été exigé des vassaux.
6° Le vassal a d'autres obligations que le service militaire. Le compagnon ne doit que ce service.
Le contraste est complet. Mais M. Fustel aurait dû au préalable se rendre un compte plus exact des institutions qu'il compare. Il met en regard le compagnonnage du temps de Tacite et le fief, non pas du dixième et de l'onzième siècle, mais du treizième. S'il s'était enquis de ce qu'était encore le compagnonnage au ix° siècle, puis de ce qu'était le fief aux deux siècles suivants, l'opposition aurait disparu, et il n'eût pas cherché la naissance de la féodalité, dès l'époque mérovingienne, dans une combinaison de la clientèle romaine avec le précaire, sur lesquels par une nécessité des temps le service militaire se serait greffé; car telle est, en dernière analyse, la solution qu'il nous offre.
En y regardant de plus près, il aurait vu, comme je l'ai montré dans les chapitres qui précèdent, qu'une chaîne ininterrompue relie le compagnonnage des anciens Germains au compagnonnage qui survit au sein de la féodalité, et que la clientèle romaine loin de se substituer à cette institution Ta consolidée et fortifiée. Il aurait vu ensuite que le compagnonnage est demeuré si vivace que c'est lui qui forme la base essentielle des rapports entre le seigneur et le vassal et que dès lors les antithèses qui viennent d'être alignées s'évanouissent.
Si je reprends les propositions de M. Fustel dans leur ordre, je leur opposerai les suivantes pour le xe et le xi° siècle, tout en avertissant qu'au même moment des déviations , des déformations se produisent qui conduiront insensiblement au système féodal pur.
1° L'hommage précède le don du fief et il eu est indépendant.
2° La concession du sol n'est ni l'élément principal ni l'élément essentiel de la féodalité. Elle doit être mise sur la même ligne que les libéralités en nature , en objets mobiliers, en droits lucratifs. Toutes sont subordonnées à la foi qui fait entrer le vassal dans le clan, dans la parenté fictive du chef.
3° Le fief continue à être un don, une récompense, comme Tétaient les « présents » faits au compagnon. Il est conditionnel au même titre qu'eux. Sa conservation ne dépend pas de l'exécution d'un contrat spécial, mais de la persistance de la foi, de la clientèle. Quand celle-ci cesse le fief est rendu, comme Tétaient le cheval, les armes, la moitié du butin, la terre, parle compagnon wisigoth (bucceilarius*). La commise, considérée comme une clause résolutoire, appartient à la féodalité régulièrement constituée du douzième siècle.
4° Le serment féodal est aussi absolu que le serment de Tancien compagnon; il oblige à une fidélité, à un dévouement jusqu'à la mort, il provoque de la part du seigneur une protection et une affection toute familiale. — Tout hommage est lige.
5° Le service militaire du vassal est aussi étendu que celui du compagnon franc.
6° Toutes les obligations que doit le vassal, jusqu'au jour où Thommage se séparera de la foi pour donner naissance au contrat de fief définitif, procèdent de la foi. Elles sont les devoirs d'aide et de conseil que comportait l'organisation de la famille primitive.
Si ces propositions sont exactes et j'espère qu'elles se vérifieront à l'épreuve, il en ressort l'existence d'une période intermédiaire, d'une période d'incubation du régime féodal, dont les limites rigoureuses sont impossibles
1 Ux Wisigoth., V, 3.