VII. fiuls avoit que durement ama
VII ans toz plains en bois conversé a, Gentiz hom fu ; sa famé i amena.
Cel mes ot fait et en cel bois ouvra , N*avoit de terre fora que ce que sarta ; Souventes fois ses anfans en aisa.
Prent sa masue, sor. i. jument monta, Chascuns des fiz une hache prinse a...
Li vavassors les gloutons escria :
« Fil à putain , mes bestes lairez sa ; Car je sui cil qui les chalongera. » etc.
(Gaydon, v. 2371 suiv.)
qui reste uni, ne donnent pas lieu à la rédaction d'une charte et passent dès lors inaperçus pour nous. C'est quand il s'agit de possessions détachées ou lointaines, d'acquisitions nouvelles, de conflits de limites, etc., que le document apparaît; mais alors il nous donne l'illusion d'un état de dispersion qui n'est pas l'état vrai.
Ajoutez que la plupart des chartes concernent soit des moyens et des grands seigneurs, soit des corps religieux. Or, en dehors de leur domaine propre, les premiers étaient ou bien des suzerains ou bien des vassaux intermédiaires dont les mouvances se trouvaient disséminées au loin. Quant aux corps religieux, ils ont acquis leurs biens de toute main, et ils ont contribué précisément par là à la désorganisation du clan féodal. Toutefois leur action dissolvante s'est exercée davantage sur les classes moyennes que sur les moindres domaines. La formation de grandes seigneuries s'en est trouvée facilitée. Tandis que la cohésion des groupes féodaux intermédiaires s'affaiblissait, les hauts barons purent s'attacher directement les vassaux inférieurs, et ceux-ci apportèrent leurs possessions compactes,
leurs petits groupes domaniaux tout constitués, à l'Etat féodal naissant.
§ II. Le haut baron.
Prenons maintenant le haut baron féodal. Les sources de sa prééminence sont multiples.
C'est d'abord l'hérédité — de fait sinon de droit — des dignités et des fonctions, des dignités de comte, de duc1 , des fonctions d'avoué, de vidame, de châtelain, etc., avec l'autorité et les revenus traditionnels qui s'y attachent, avec les alliances qu'elles procurent, avec les dévouements qu'elles provoquent. Et peu importe au fond que cette hérédité soit lointaine ou ne remonte qu'à quelques géné-
1 Les ducs et comtes pourraient, dans une certaine mesure, être considérés, au xe siècle, comme des chefs de tribus. (Cf. suprà, p. 23, et 1. 1, p. 467-168).
rations, qu'elle soit le résultat d'une appropriation graduelle ou d'une usurpation de parvenu.
C'est ensuite la richesse foncière ou mobilière. Dès l'époque gallo-romaine, dès le Bas-Empire, le grand propriétaire était, je l'ai montré1, le seigneur d'une vaste clientèle. Le caractère militaire de cette organisation , l'existence d'un corps de troupe permanente autour du grand propriétaire, et même la réunion possible en sa personne de la double qualité de général d'armée et de seigneur foncier, ne sauraient faire doute8. La troupe était formée de la familia (oîxfo, maisnie), c'est-à-dire d'esclaves, de colons, de clients libres, et s'élevait jusqu'à des milliers d'hommes3. Les esclaves et les colons, comme la pratique s'en continuera à l'époque féodale, servaient à pied, les clients libres à cheval et armés de lances4. Les premiers étaient obligés en vertu de leur condition même, les autres étaient liés par un serment qui les faisait entrer dans la familia , ils protégaient leur maître dans les combats, ils devenaient ses amici, ils recevaient l'entretien et une solde5.
Une telle organisation s'accordait trop bien avec le compagnonnage germain que j'ai décrit pour qu'elle ne se soit pas fondue avec lui, quand le propriétaire franc investi d'une immunité de plein droit8, puis le grand alleutier du dixième et du onzième siècle succédèrent au grand pro-
1 Voyez t. I, p. 70 suiv.
2 Cette vérité n'avait pas été aperçue par M. Fustel de Coulanges quand il soutenait que « le patronage romain n'était pas un patronage guerrier, » que « le client n'était pas le soldat du patron, » que « l'autorité impériale avait réservé pour soi toute la force militaire. » (Les origines du système féodal, p. 247). Elle vient d'être mise en parfaite évidence dans un excellent article de M. Charles Lécrivain : Les soldats privés au Bas-Empire. (Mélanges de V École de Rome, t. X, (1890), p. 267 suiv.).
3 Lécrivain, loc. cit., p. 273.
* lbid.t p. 279.
5 Ibid., p. 281-282.
6 T. I, p. 91 suiv.
priétaire gallo-romain. Maître chez lui1, entendant ne relever que de Dieu2 , le grand alleutier profitait de rétendue de ses domaines pour entretenir en permanence une troupe armée de cavaliers et pour lever parmi ses tenanciers les nombreux gens de pied qu'ils pouvaient fournir.
Toutefois la richesse mobilière joue un grand rôle à côté de la propriété foncière. Dès alors l'argent était le nerf de la guerre :
€ Princes sans deniers n'iert jà bons guerroiere »
dit une chanson de geste 3. Les guerres féodales entraînent de lourdes dépenses pour la solde des soudoyers4, l'équipement, le ravitaillement6, la construction de machines de guerre, les rançons6; elles nécessitent en outre des libéra-
1 T. I, p. 187 suiv.
* Écoutez la réponse du vieux Girard de Fraite dans la chanson d'Aspremont :
« Dist l'arcevesques : « Girrars , à moi entent :
De cui vuez tu tenir ton chasement? »
Et dist Girart : « De Deu omnipotantl « A nul autre home ne vueil faire présent. »
(Ch. d'Aspremont, p. 14, v. 64 suiv.)
3 Chanson des Saisnes, I, p. 84.
4 « Girart sortit , s* assit sous un laurier et ayant mandé son conseiller Fouque , il se fit apporter de l'or et des deniers , et amener des mulets, des palefrois, des destriers pour payer les soudoyers... Il rassemble des soudoyers , leur faisant savoir qu'ils seraient bien payés en argent et en or... A qui voulut de l'argent Girart en donna. » {Gir. de Ronssillon, §§ 470-472, trad. P. Meyer, p. 218).
5 D'après la chanson d'Ogier, l'entretien d'une armée féodale pendant six mois aurait exigé l'argent que pouvaient porter cent mules et trois sommiers (v. 10601-10602, v. 10617).
6 Un comte offre pour sa rançon :
u .1111. sommiers chargié d'or esmeré, Et .c. haubers, et .c. heaumes gemmés, .G. palefrois, .c. destriers séjornés. »
(Girard de Viane, p. 94).
Dans la convention entre Guillaume IV d'Aquitaine et Hugues IV de Lusignan, la rançon de 40 chevaliers est estimée 40,000 sols (vers 1030, D. Bouquet, XI, p. 535 A).
lités exceptionnelles pour enflammer le zèle et ranimer l'ardeur des vassaux, qu'ils fassent ou non partie de la maisnie1. C'est pour se procurer l'argent comptant dont il a un incessant besoin que tout seigneur féodal se fait détrousseur de marchands, écume les routes et les rivières, rançonne les voyageurs, établit des péages qui sont euxmêmes de véritables rançons*. De là aussi la fréquence extrême des engagements (mort gage et vif gage).
Ces ressources, auxquelles le butin venait s'ajouter, étaient trop aléatoires pour que l'ambition du haut baron ne dût être de se constituer une réserve de richesses mobilières, de capitaux , un trésor, en d'autres termes. Dès la première race, le trésor est un des instruments les plus efficaces de domination ; il le reste au Xe et au xi* siècle partout où le seigneur féodal a la bonne fortune de se le procurer8.
1 «... Nos vos aiderons de bones volentés...
— Et Karles respondi : « Dex vos en sache grés. Or et argent et pailes vos donrai je asses. »
(Ren. de Montauban, p. 26, v. 30 suiv.)
* Dame Ameline le reproche à son mari le vieux Girard de Fraite :
« Bien a .c. anz a moiller m'espousas, Ainz pus ne fus de mal faire toz las , Tu as toz j ors robe, tolu et ars. »
(Ch. d'Aspremont , p. 18, v. 7 suiv.)
On fait un grand mérite à un baron de ne s'en prendre qu'à ses égaux : « Ce n'est pas lui qui ferait tort à aucun voyageur, bourgeois, vilain ou marchand, mais là où il sait qu'il y a un baron cupide ayant quatre ou cinq châteaux, c'est l'avoir dont il se montre large et généreux. » (Girard de Roussillon, § 127, trad. P. Meyer, p. 69).
3 « J'ai pour moi la fleur du conseil de la cour de l'empereur. Je leur ai donné tant de richesses et d'argent, que les meilleurs d'entre eux me sont tous dévoués. » — « La reine faisait envoyer de son argent, de l'or vermeil à tous les vaillants damoiseaux qu'elle connaissait- Donner voilà ses tours et ses créneaux. » (Gir. de Roussillon , §542, p. 249; §560, p. 260).
Acelin offre à Guillaume, s'il veut le reconnaître roi :
« Dis mais chargiez entre or fin et mangons. »
(Couronn. Louis, v. 1824.)
L'histoire en témoigne1 et la poésie épique illustre son témoignage, depuis les poèmes légendaires qui roulent sur la recherche ou la conquête d'un trésor2 jusqu'aux chansons de geste qui en racontent la trouvaille merveilleuse3 et en célèbrent la splendeur ou l'emploi*. C'est grâce au trésor, c'est grâce aux incessantes largesses pécuniaires qu'il peut distribuer, que le seigneur conserve l'affection et le dévouement de ses vassaux — de ceux qui ont reçu de lui des fiefs comme des autres — et les retient dans sa fidélité5.
1 Voyez, par exemple, Orderic Vital, IV, p. 90 : « De ingenti aerario, ubi plures nummorum acervi de laboribus miserorum congesti sunt... »
8 Le poème de Waltharius appartient à ce cycle.
3 « Un des serviteurs de Girart rêva de grandes richesses, mais ce comte se refusa à l'en croire, jusqu'à tant que lui-même eût, en dormant , la même vision , au mois de mai , un jeudi , comme il faisait la sieste de midi; il y avait quinze cent mille marcs d'or et tant d'argent qu'on n'en savait pas le compte. Tous les chevaliers de Girart en devinrent riches et opulents.
« Le comte Girard trouva cette fortune si merveilleusement grande qu'il n'y eut jamais pareille. Il la tira de la terre en plein jour, non pas au clair de la lune, des vieilles arènes, sous Autun... Il en fit le départ, d'accord avec la commune (sa gen comuna, éd. Fr. Michel, p. 253). C'était un trésor amassé par les Sarrasins... Girart distribua les deniers au boisseau. » (Gir. de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 287-288).
4 « La duçoisc lor a ses trésors defrémés,
D'or et d'argent lor mostre mervellose planté. »
(Ren. de Montauban, p. 96, v. 15-16.)
« En la cité d'Orliens ai un trésor emblés; Karles nostre emperere li avoit asamblés. Quatre somiers amaine d'or et d'argent torses. Icil vos seront jà a estrinc donés. »
[Ibid., p. 97, v. 10 suiv.)
« Au siège a Monbandel fu Karles li menbrés. Son argent et son or a fait laiens porter : Plus de .XXX. somiers en i a fait mener. »
(Ib id.t p. 150, v. 35 suiv.)
8 Orderic Vital, IV, p. 92 : « Optimates benigniter honoravît, opes
Un facteur non mtfins essentiel est la force physique et le courage individuel. En un temps où la guerre se déroulait en une série de combats singuliers, dont quelquesuns, tels que le premier coup1 ou la lutte (sorte de duel judiciaire) entre les champions de deux armées en présence, avaient une influence décisive sur l'issue de la bataille, il n'est pas surprenant que la force ait été exaltée jusqu'au prodige, et que les grands coups de Roland ou d'Olivier aient résumé leur gloire. Mais ce n'est là qu'une conception très générale qu'exprimait le dicton familier : « Mou il vaut uns fions*. »
Au point de vue qui nous occupe, la force individuelle avait une influence plus directe. Pour qu'il soit digue d'être le chef de nombreux vassaux, pour qu'il en soit capable, il faut que le baron s'affirme personnellement à titre de puissance sociale. De nos jours l'individu est considéré comme élément social par le seul effet de la protection des lois; au moyen âge il ne l'était que grâce à son énergie propre et à sa vigueur. Cette énergie, cette vigueur deviennent ainsi le centre de gravité de l'édifice tout entier. Si aimer et servir est la quintessence des obligations féodales, être redouté est la première condition d'être aimé et servi. — N'est-ce pas le fond éternel de la nature humaine? — Par sa force et sa bravoure le seigneur protège ses vassaux; il se les attache par un mélange d'admiration, de confiance et de crainte révérentielle.
La vigueur athlétique est mise au premier plan dans les
et honores iliis auxit, et sic eos leniendo fidos sibi effecit. » — Girard de Roussillon, p. 136 : « Mande tes hommes et tes parents, donne leur des châteaux, des fiefs, des hauberts, des chevaux, des équipements. »
1 « Ferez i, Franc. Nostre est li premiers colps.
Nus avum dreit, mais cist glutim unt tort. »
{Ch. de Roland, v. 1211-1212.)
2 « Moult vaut uns hons , maintes fois l'a-on dit. »
(Garin le Lohei'ain, II, p. 205.)
portraits légendaires de Charlemagne, comme dans les figures types des autres suzerains. Charlemagne, au dire de la pseudo-chronique de Turpin , était d'une force herculéenne, fendant, de la tête au pied, d'un seul coup de son épée, un chevalier tout équipé et sa monture, étirant sans effort, d'un même mouvement, quatre fers à cheval, levant de terre jusqu'à la hauteur de son visage un chevalier tout armé debout sur sa paume étendue1.
Dans la chanson des Saisnes quand Baudoin refuse d'obéir à Charlemagne son seigneur, et lui remontre que, seul, abandonné de ses vassaux, il n'est rien et ne peut rien2, que fait le preux empereur pour ressaisir son autorité méconnue et menacée? Un acte de bravoure, d'audace et de force. Il s'arme lui-même, il va aux écuries, il y choisit un cheval, il le selle, — il se passe de tout aide, de toute assistance, — et puis, son enseigne déployée, il
1 « Erat rex Carolus ... omnibus artubus fortissimus, certamine doctissimus, miles acerrimus ... Statim perterritus erat, quem ipse ira commotus apertis oculis respiciebat, ciagulum namque quo ipse cingebatur octo palmis exteasum habebatur, preeter id quod dependebat.
« Tantae fortitudinis erat, quod militera armatum sedentem super equum, a vertice capitis usque ad bases simul cum equo uno ictu, propria spata secabat , quatuor ferra tu ras equorum simul facile extendebat, militera armatum rectum stantem super palmam suam a terra usque ad caput suum sua ma du velociter elevabat. » (Turpini kistoria , cap. 20, éd. Schard , Germ. rer. quatuor celebr. vetustioresque chronographi, Francfort, 1566, f° 8 v°). — S'il mangeait peu de pain et buvait peu, quel mangeur de viande! « Paru m panis comedebat, sed quartam partem arietis, aut gallinas duas, anserem , aut spatulam porcinam , aut pavonem , aut gruem , aut leporem integrum edebat, modicum vinum et aquœ limpham sobriè bibebat. » (Ibid.).
' « Vos n'estes c'uns sox hom à vos armes baillier,
S'or avenoit que tuit vos V03sissiens laissier, Ouiteclins auroit pais à vos , au mien cuidier, Sox hom toz sox chemine, ce dit an recovrier. »
(Ch. des Saisnes, 1, p. 251.)
se précipite dans le Rhin, il combat contre tous les rois Sarrasins qu'il rencontre , il tue ou met sept d'entre eux en fuite. Après de tels exploits, accomplis sous les yei:x de son armée, il peut parler haut et clair à Baudoin. Il prend sa revanche, il le somme d'accomplir à son tour une action d'éclat sous peine de rupture du lien de vassalité1.
Ogier le Danois, trahi par ses vassaux, en tire lui-même une éclatante vengeance. 11 en tue trente de sa maio, puis dresse sur la maîtresse tour de son donjon un gibet où il les pend'; cela fait, il défend à lui seul contre toute une armée son château de Castelfort. Il suffit à tous les offices'. Bien plus, comme il lui faut des soldats aux créneaux, pour conjurer l'assaut, et que les hommes en chair et en os lui manquent, il les remplace par des man-
1 « Ainz dist li rois de France par molt grande fierté
Que jamais an sa vie ne sera ses prives Tant qu'il aura de Rune le regort trespassé , Tox sox, sanz compaignie... »
[Ibid., I, p. 261.)
Cf. Tacite, Germanie, cap. 14 : « Cum ventum in aciem, turpe principi virtute vinci, turpe comitatui virtutem principes non adaequare. »
* « Tos les ocist...
Et puis corut unes forques drechier Desusla torqui sist sortie rochier; Trestos armés , vestus haubers dobliers , Les a pendus les vers elmes laciés.
Issi doit non traïtors justicier. »
(Ogier, y. 8314 suiv.)
» Ibid., v. 8351 suiv. :
« Quant veut de l'eue, du puch le va sacier, Et sa farine va li duz tamisier, Pestrir sapaste...
Li bers Tenforne , n'i a autre fornier, A la foie est li bers quisiniers ,
Sa table met , n'a autre despensier, etc. >•
nequins qu'il fabrique et qu'il revêt des armures de ses chevaliers morts1.
Par contre le même Ogier est l'égide tutélaire des fidèles qui le servent. Dans une déroute ils se réfugient à couvert de son bras comme les enfants sous l'aile maternelle :
a Droit au Danois se traient à garant Com à la mère font li petit enfant2. »
§ III. Le clan du haut baron.
Le seigneur qui possède tout ou partie des avantages et des qualités que j'ai esquissés, devient le chef d'un lignage, d'un parage, il a une maisnie plus étendue et plus dévouée, il a en outre des vassaux proprement dits et des sujets.
Ses domaines patrimoniaux, et les terres qu'il conquiert les armes à la main , les droits lucratifs qu'il peut devoir à sa dignité héréditaire ou à l'emploi de la force, il en distribue une partie, comme récompense de leurs loyaux services3, à des fidèles de sa maisnie. Ceux-là sortent alors de son entourage immédiat, quittent la vie commune de la cour baroniale4, pour devenir à leur tour suzerain, chef de
1 Ibid., v. 8385.
« Il se porpcnse homes fera de fust , » etc.
Cet artifice donne lieu à une scène fort plaisante :
« Dex, dist li rois...
De quelx diables sont or ces gens venus? Jà disoit hom c'Ogiers est seus lasus, * Et qu'il a voit tos ses homes perdus, » etc.
2 Ibid., v. 7999-8000.
3 Le descendant même qui est investi du fief du père ne Test, en règle, qu'après avoir servi un temps plus ou moins long dans la maisnie du suzerain.
4 Que cette cour est la vraie source toujours renouvelée du vasselage, c'est ce que démontre l'obligation pour le vassal fixé au loin de s'y rendre à intervalles périodiques, de s'y mêler de nouveau, d'y retremper en quelque sorte sa foi. Néglige-t-il de le faire, le seigneur l'y convie par un message exprès :
raaisnie, grâce aux compagnons que leur cède leur seigneur et aux richesses mobilières qu'ils ont conquises à son service f .
Je définirai tout à l'heure la nature des rapports qui désormais les lient à leur baron, mais je remarque dès à présent que les hommes qui composeront leur propre clan ou vasselage ne seront rattachés au haut suzerain que par un lien tout indirect et très lâche, à moins qu'ils ne lui aient engagé expressément leur foi. Les arrière-vassaux ne doivent, à l'origine, de service que s'il plaît à leur chef immédiat de les conduire à l'ost du suzerain. Leur seigneur direct seul a puissance sur eux, aussi s'appellent-ils son pooir*. Établir un trait d'union de l'arrière- vassal au suzerain sera le but des fondateurs d'États féodaux, mais ce but atteint, la terre devenue le lien, le glas de la féodalité anarchique des x° et xi° siècles aura sonné.
La puissance dont dispose un baron fait rechercher son alliance, sa protection, par d'autres moins puissants. Ils entrent dans sa foi, ils promettent leur alliance en échange de la sienne1, souvent ils lui recommandent leurs terres
« Enfant, Girars, que te mande Karlon.
Bien a. Y. ans et plus , si com créon ,
Que te donast Viane et le donjon...
Vienle droit faire et sans arestison...
Et dist Girars : — Par mon chief , nos iron.