‹ Les Origines de l'ancienne France (volume 3)Chapitre 13 sur 55 · LE ROYAUME FRANC, — I. LA PROTECTION DU ROI · texte numérisé non relu

LE ROYAUME FRANC, — I. LA PROTECTION DU ROI

Lors de la conquête de la Gaule par les rois francs, on peut observer des deux côtés, — du côté des conquérants , comme du côté des vaincus , — un système analogue de patronage. Un royaume naissant et un empire en dissolution se rencontraient face à face. L'autorité dans l'un ne reposait encore que sur la relation personnelle du chef avec les hommes de sa peuplade, l'autorité dans l'autre était tombée au rang de simple patronage. Germains et Gallo-romains se trouvaient donc, au point de vue de la constitution politique, dans des conditions voisines. Rien n'était plus propice à leur fusion. Le régime nouveau pouvait plonger ses racines dans les vieilles coutumes germaniques aussi bien que dans les institutions provinciales du Ras-Empire.

Le pouvoir du roi Salien s'était constitué au détriment du mundium de la famille. De tout temps le roi avait eu ses fidèles , c'est-à-dire des hommes placés dans son obsequium ou dans son mundium, plus étroitement liés suivant leur rang et leurs services ; tantôt , véritables compagnons, vivant dans son entourage et jouissant de sa protection personnelle, comme conséquence du dévouement qu'ils lui ont juré* {antrustions) , tantôt, simples recommandés, clients qui doivent des services en échange de la protection familiale [mundium) qu'ils reçoivent,

* C'est cette double idée qui semble avoir été exprimée par le mot trustiSy trustis dominica; en somme, la fidélité étroite et réciproque du chef et de son compagnon.

qui deviennent par là ses hommes [leudes, hommes, vassi^). Il étendit le cercle de sa protection à ceux des habitants qui n'avaient pas de famille, pas de propinquitas pour les assister et les défendre, — aux affranchis% aux veuves et aux orphelins ^ aux étrangers, — et enfin il le porta jusqu'aux confins de la tribu, en prenant en mains, concurremment avec les chefs de famille et parfois en opposition avec eux, le maintien de la sécurité et du bon ordre*.

Ses agents assurent la comparution en justice [hannitio) et l'exécution des sentences. Sa protection maintient la paix. Si elle est violée entre les diverses familles , le roi a droit à l'amende que cette violation entraîne [fredum). Être hors la loi c'est être hors la protection du roi, extra sermonem regis^. Aussitôt le lien qui rattache l'individu à

* Ce sont , à mon sens , trois mots synonymes de trois langues différentes (idiomes germaniques, latin, celtique). A l'époque mérovingienne, les mots leudes et homines sont pris l'un pour l'autre et employés très fréquemment. Le mot vassm est très rare. Plus tard , l'inverse se produit. L'expression leude tombe en désuétude , le mot vassus lui succède (Sur le sens étymologique de Leude, yoy&z Grimm, Rechtsaltei'thûmer, p. 622). Quant à vassus, on peut remarquer qu'aujourd'hui encore en Bretagne gwas signifie homme. Je l'ai constaté moi-même dans le Finistère.

2 A défaut de patron. Cf. Capit. ad Legem Baiwariorum (801-813), cap. 6 : « Hi qui per cartam ingenuitatis dimissi sunt liberi, ubinullum patrocinium et defensionem non elegerint, similiter régi conponantur quadraginta solidis » (Ed. Boretius , p. 158).

3 Cf. Ed. Rothari, § 182, in fine, § 385, etc. Pertz, Leges, IV, 43,

* Clovis , s'adressant aux Francs ripuaires pour leur demander de se soumettre à lui, s'exprime ainsi, suivant Grégoire de Tours : « Convertimini ad me, ut sub meam suis defensionem » [Hist. écoles. j II, 40). — Sur la protection comme principe constitutif du pouvoir royal chez les Francs depuis les rois Saliens jusqu'à Charlemagne lui-même, voyez Waitz, Deutsche Verfassungsgeschichte , II a (3® édition, 1882), p. 101-103, p. 213, III a (2« édition, 1883', p. 327, etc.

s Lex Salica, tit. 56 : « Tune (rex) adque manitus est extra sermo-

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