‹ Les Origines de l'ancienne France (volume 3)Chapitre 22 sur 55 · LA JUSTICE, UNE FORME DE LA PROTECTION · texte numérisé non relu

LA JUSTICE, UNE FORME DE LA PROTECTION

dominicus , chacun veut vivre aux dépens du prochain. — Et le malheureux souverain fait de vains efforts, par les peines dont il menace les uns, par les exhortations qu'il adresse aux autres, par l'autorité dont il prétend armer évoques et prêtres , pour endiguer les passions individuelles qui s'échappent par des milliers de fissures et menacent de tout submerger.

Il voudrait, lui le roi, créer une sorte de ligue du bien public, il fait appel à ses fidèles, à ses officiers, au clergé, aux francs hommes, à ceux surtout qui peuvent l'aider à rendre la justice « francis hominibus mundanœ legis docitmentis eruditos; » déjà il n'est plus temps. Chacun suit son intérêt immédiat, que ce soit pour s'affranchir de toute contrainte ou pour se mettre à l'abri.

Quelle chimère de fondre en un seul corps, en un État, ces associations innombrables que les hommes ont formées pour s'attaquer les uns les autres ou pour résister aux attaques! Quelle chimère, par exemple, de vouloir dominer les rapports de seigneur à recommandé, de comte à administré, de vouloir supprimer les associations de défense mutuelle organisées par les paysans « collectam, quam vulgo geldam vocant, contra illos qui aliquid rapuerint* ! » Quelle chimère aussi de mettre fin au brigandage en organisant l'hospitalité , en faisant prêcher par les prêtres à leurs paroissiens le devoir d'accueillir

quis praedas egerit, cornes in cujus potestate fuerit ad emendationem eum vocet » [Ibid.^ cap. 11, p. 553).

* Capit ap. Vern. Palat. cap. 14 (Pertz, Leges, I, p. 553), — Cf. déjà, Annales de Saint-Berlin, ad. an. 859, Ed. Dehaisnes, p. 97-98 : « Vulgus promiscuum inter Sequanam et Ligerim inter se conjurans adversus Danos in Sequana consistentes , fortiter resistit; sed quia incaute sumpta est eorum conjuratio, a potentioribus nostris facile interficiuntur. » C'est bien nostris qu'il faut lire et non pas nostri , comme le suggère l'abbé Dehaisnes. Il n'a pas vu en effet que ce passage des Annales est pris d'une vieille chronique normande (dans Duchesne, Histor. Norm. Script., p. 2-3). Nostris se rapporte donc aux Normands.

tous (îeiix qui passeraient « nulli iter facienti mansionem denegentM » N'était-ce pas ouvrir la porte aux pillards? n'était-ce pas enraciner ce droit de gîte ou de procuratio, cette hospitalité forcée qui devint un droit seigneurial si lourd pour les populations du moyen-âge^?

Les organes gouvernementaux sont dissous et ils seront longs à se reconstituer. Le corps social est privé de sa puissance de cohésion et l'affinité ne s'exerce plus entre ses diverses parties qu'à faible distance. Il y a une infinité de forces locales agissantes, mais la résultante générale qui se traduit par la sécurité publique est réduite à un minimum infime.

Parmi les formes sous lesquelles la protection de l'État se manifeste au sein d'une société organisée, il n'en est pas de plus importante, de plus indispensable, que la. justice. Or, dans la France du x^ siècle que restait-il, que pouvait-il rester de la justice, conçue, constituée dans l'intérêt du pays tout entier ou d'une partie , si faible fûtelle, de son territoire? Nous allons le rechercher.

' Gapit ap. Vern. Palat,, cap. 13, p. 553. - Voyez le chapitre xviii du présent Livre.

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