‹ Les Origines de l'ancienne France (volume 3)Chapitre 39 sur 55 · CONTINUATION. — DU SERVICE DE GUERRE ET DE CHATEAU-FORT · texte numérisé non relu

CONTINUATION. — DU SERVICE DE GUERRE ET DE CHATEAU-FORT

La protection du royaume contre les guerres étrangères aurait été l'office du roi. Nous avons vu précédemment qu'il était hors d'état de le remplir. Force fut donc aux populations de se grouper derrière les chefs locaux pour résister aux invasions des hommes du Nord ou des barbares de l'Est. Un danger commun menaçait toutes les classes du peuple depuis les plus élevées jusqu'aux plus infîmes. C'étaient des fléaux exceptionnels qui se déchaînaient sur le pays. Aussi la levée en masse, la landwer, obligatoire pour tous en pareil cas*, et qui le resta plus tard pour défendre une province ou une région contre une invasion ennemie % ne constitua-t-elle jamais un droit

* Capitul. missor. italicum (781-810), cap. 4 (Boretius, p. 206) : « De placito condicto ad marcam necesse est , ut omnimodis ex omni parte, sicut ordinatum fuerit, unusquisque conveniat » — Gonv. Marsn. (847), cap. 5 (Pertz, LL. I, p. 395) : « Nisi talis regni invasio quam lantiveridiicMni, quod absit, accident, ut omnis populus illius regni ad eam repellendam communiter pergat. » — Edict. Pist. (864), cap. 27 (Pertz, LL. I, p. 495) : « Ad defensionem patriae omnes sine ulla excusatione veniant. »

2 GartuL de Talmond, ch. 1 [circà an. 1049), p. 68 : « Si tamen inimici nostri in lionorem nostrum supervenerint , tune omnes eant ut défendant sua ab inimicis propria. » — Ibidem, ch. 159 {circd an. 1093), p. 199 : « Ut nullus hominum S. Crucis extra honoris istius limites usquam certaturus erit, nisi forte intra honorem istum inimici domini istius castri intrassent. » -— Cartul. de Saint-Jean d'Angély (MS. f°8 184 vo-185 r") (xi® siècle) : « Ego Wuillelmus dux Aqui-

seigneurial, j'entends un droit où les avantages directs assurés au seigneur étaient hors de proportion avec l'utilité qu'il procurait aux sujets.

Il est vrai seulement que les invasions des ix*' et x" siècles , en même temps qu'elles provoquaient des levées en masse , fournissaient aux chefs que le peuple se donnait le moyen d'établir leur domination et de la convertir en oppression sans frein. Ce furent elles, en effet, qui firent surgir du sol ces castella, ces châteaux-forts *, dont le commandant militaire, maître souvent du domaine où ils étaient construits, garda ensuite la pleine propriété, et du haut desquels il put braver impunément la colère et la haine des paysans qu'il rançonnait ^

tanorum cum adhuc junior essem, abstuli quemdam burgum qui

vocatur Alaudium... postmodum... reddidi Deo et Sancto Joanni

Volo neminem ignorare prsedictum alaudium ab omni consuetudine mea liberum et absolutum esse nisi forte quando populus undecumque vocatus etiam de alaudiis militum ad nominatum bellum pro patria pugnaturus processerit. » — Gart. de Saint-Serge (D. Houss., II, n» 446), 1040 : « Totas consuetudines , excepto fodrio et praelio générale pro defensione regni ac principis. » — Cart. de Saint- Vincent du Mans, MS. f» 134 (xi« siècle) : « Hoc bene diffînierunt quod ultra non facerent quicquam homines Sancti Vincentii per monitionem vicarii. Sed si forte evenerit seniori castelli Lid ut pergat ab bellum publicum contra hostes ad terram defendendam tune mittet legatum vel mancipium suum ad monachum qui preerit obedientie ut monet suos ire in expeditionem. »

* « JNortmanni saevire cœperunt, incendiis, occisionibus sitientes, populumqae christianum necant , captivant, ecclesias subruunt, nullo sibi resistente. Iterum Franci parant se ad resistendum non in bello , sed munitiones construunt, quo illis navale iter interdicant. Castrum quoque statuunt super fluvium Hisam , in loco qui dicitur ad pontem Hiserae (Pontoise) quod Aletramno committunt ad custodiendum » [Annales de Saint-Vaast, ad an. 883, éd. Dehaisnes, p. 322).

2 Voyez infrà, le chapitre XXVI. — Il en était déjà ainsi sous Charles le-Chauve. Edict. Pistense (864), cap. add. 1 (Pertz, LL. I, p. 499) : « Et volumus et expresse mandamus , ut quicumque istis temporibus castella et fîrmitates et haias sine nostro verbo fecerunt, Kalendis Augusti omnes taies fîrmitates disfactas habeant, quia vicini et cir-

Page 1