CONTINUATION. — DU SERVICE DE GUERRE
passé à la guerre privée toute personnelle au seigneur* et s'étaient aggravées et multipliées en même temps que ces guerres elles-mêmes.
Et remarquez que je parle en tout ceci non des vassaux qui s'étaient engagés à des services militaires par un accord spécial , en échange de concessions avantageuses , mais du peuple des campagnes et des villes soumis à ces charges sans compensation aucune.
Souvent, il est vrai, les obligations militaires des nonvassaux étaient converties en argent. Dès l'époque carlovingienne, l'amende due par les réfractai res , Vherihannum, tenait lieu du service actifs, et une partie en revenait aux comtes^. Plus tard, comtes ou autres seigneurs régionaux s'en emparèrent en entier, et la perçurent à titre d'impôt régulier (hairhannum) *. De même ils transformèrent en prestations ou même en sommes
* De bonne heure , l'ost seigneuriale eut le pas sur l'ost royale : Gonvent. Marsn. (847), cap. 5 (Pertz, p. 393) : « Volumus, utcujuscumque nostrum homo, in cujuscumque regno sit, cum seniore suo in hostem vel aliis suis necessitatibus pergat ; nisi talis regni invasio quam lantweri dicunt, quod absit, acciderit, etc. »
2 Elle paraît sous cette forme avoir été étendue à tous les Francs : « Heribanni de omnibus Francis accipiuntur » disent les Annales de Saint-Bertin sous l'an 866 (éd. Dehaisnes, p. 152). — Voir ibidem ad an. 860 (p. 102), ad an. 864 (p. 128), ad an. 877 (p. 255). — Capitul. 861 (Pertz, LL. I, p. 476), 877 (p. 536).
3 Capitulare Bonon. (811), cap. 2 (Boretius, p. 166) : « Ut non per aliquam occasionem , nec de wacta nec de scara nec de warda nec pro heribergare neque pro alio banno , heribannum comis exactare praesumat , nisi missus noster prius heribannum ad partem nostram recipiat et ei suam tertiam partem exinde per jussionem nostram donet. Ipse vero heribannus non exactetur neque in terris neque in mancipiis, sed in auro et argento, palleis adque armis et animalibus, atque péèoribus sive talibus speciebus quae ad utilitatem pertinent. »
* Polyptyque d'Irminon XXV, 20, p. 274 : « Solvunt de airbanno sol. II. » — Polyptyque de Saint-Maur des Fossés , c. 6 (Guérard , Polypt. d'Irminon, II, p. 284). « Solvunt vestiti mansihairbannum... pro homine redimendo de hoste sol. 3. » De môme Pérard, p. 161.
d'argent dues à époques fixes les fournitures qui n'étaient exigibles jadis qu'en temps de guerre [hostilitium , carnaticum, et aussi hairbannumy . Mais cela ne les empêcha pas de faire marcher les hommes eux-mêmes et de se faire livrer provisions, voitures et bêtes de somme, quand ils en avaient besoin. En d'autres termes , Vheribannum^i V hostilitium devinrent une obligation du tenancier et du sujet, le service de guerre, de fournitures, en devinrent une autre, sans qu'on s'inquiétât de l'origine commune ni du double emploi manifeste.
* Polyptyque d'Irminon, I, 42, p. 5 : « Solvunt omni anno ad hostem aut carra iv aut boves xx autde argento libras viii. — Ibidem, III, 62, p. 32 : « Solvunt omni anno ad hostem aut carrum i aut boves VI aut de argento solidos lxxviii, etc. — Ibidem, xvn, 49, p. 196 : « Solvunt, ad tertiumannum, ad hostem geniculas ix et quartem partem, multones xiiii, » etc. — De même Polyptyque de Saint- Maur des Fossés et de Saint-Remi de Reims, etc. — Gartul. de Vendôme (1040-1055). D. Housseau, II, n° 478 : « Totum karragium boum et asinorum et bidannum villanorum ad quindecim dies in anno excepta submonitione pro prœlio in adversarios vel castello faciendo in marchiâ... vaccagium totum et frumentagium et multonagium, fricinga-
gium et bidannum ad xv dies in anno excepta submonitione pro
prœlio pubhco vel castello in marchiâ sui honoris faciendo. »