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CHAPITRE XIX

Les travaux d'utilité publique qui s'imposaient aux rois francs comme à l'administration romaine étaient en première ligne la construction et l'entretien des routes et des ponts, des digues, des écluses et des ports. Du temps des Romains*, les cités et les provinces devaient, sous forme d'impôts et de corvées, en supporter le principal fardeau; du temps des Francs, ils furent mis de même à la charge des régions que traversaient routes et rivières ou qui confinaient à la mer. Toutefois , le roi et les grands du royaume y contribuaient pour une large part : c'était sur eux que retombaient les frais des entreprises les plus longues et les plus coûteuses^; c'était à eux que la direction et la surveillance incombaient. Il n'en fallait pas davantage pour légitimer la perception à leur profit de taxes correspondantes.

Les péages pour l'usage des routes et des ponts n'é-

* Code Théodosien, XV, 1, De operibus publicis et les titres suivants.

2 Voyez suprà, p. 148, note 5, et Monach. Sang., Gesta Karoli, I, 30 (Pertz, Scriptores, II, p. 745) : « Fuit consuetudo in iliis temporibus, ut ubicumque aliquod opus ex imperiali praecepto faciendum esset , siquidem pontes vel naves, aut trajecti, sive purgatio seu stramentum, vel impletio cœnosorum itinerum, ea comités per vicarios et offîciales suos exequerentur in minoribus dumtaxat laboribus; a majoribus autem, et maxime noviter exstruendis , nullus ducum vel coraitum , nullus episcoporum vel abbatum exousaretur aliquo modo. Gujus rei testes adhuc sunt arcœ pontis Magonliacensis, quem tota Europa communi quidam set ordinatissimeo participationis opère perfecit. »

taient pas inconnus aux Romains* : ils se multiplièrent sous l'administration franque. Droits de circulation sur les routes [strataticum , pulveraticum , pedaticum, rotaticum}^ etc.), droits de passage sur les ponts [pontaticum), droits de navigation et de quai {portaticum , ripaticum, exclusaticum, harganaticum, etc.), tous ces droits étaient dus par les voyageurs et passants, quels qu'ils fussent, s'ils ne jouissaient pas d'une dispense ou d'une immunité exceptionnelle. Parfois on les comprenait sous le nom général de teloneum^, quoique ce terme, dans son acception rigoureuse, désignât surtout les impôts de circulation et de vente perçus sur les seuls commerçants. Ils profitaient avant tout au fisc royal , mais les comtes et leurs vicaires

^ Sénèque, De constantia sapientis, cap. 14 : « Nec indignabitur aliquid impendere , ut limen transeat , cogitans et in pontibus quibusdam pro transita dari. » — L. 21 pr., De donal. inter virum et uxorem (24, 1) : « Si quis pro uxore sua vectigal, quod in itinere praestari solet, solvisset. » — L. 60, § 8, Locati conducti (19, 2) : « Vehiculum conduxisti, ut onus tuum portaret, et secum iter faceret : id cum pontem transiret, redemptor ejus pontis portorium ab eo exigebat. » — Voyez, du reste, Madwig, Die Verfassung und Verwallung des Rômischen Staates (Berlin, 1882), II, p. 395; Gagnât, Étude historique sur les impôts indirects chez les Romains (Paris, 1882), p. 140 suiv.

2 Cette terminologie se maintint à travers le moyen âge , mais elle perdit toute rigueur. C'est ainsi qu'on trouve au xn° siècle : « rotagium sive per terram, sive per aquam » {Cart. de Notre-Dame de Paris, I, 381, circa 1120), et au xm^ siècle « pedagium aquœ » (Ducange, vo Pedagium).

3 Dipl. de Charlemagne (27 mars 779), (Tardif, Monum. histor.y p. 63) : « Ut per ullos portos neque per civitates, tam in Rodomo quam in Vuicus, neque in Ambianis, neque in Trejecto, neque in Dorstade neque per omnes portos ad S. Mascentia, neque aliubi, neque in Parisiago, neque in Ambianis, neque in Burgundia, in pago Trigasino neque in Senonico , per omnes civitates similiter ubicumque in régna, Christo proptio, nostra, aut pagos vel territuriis, teloneus exigetur, nec de navale, nec de carrale, neque de saumas, neque de trava evectione, nec rotatico, nec pontatico, nec pulveratico, nec salutatico, nec cispitatico, nec nulla redebutione. »

en eurent leur part et nous les voyons revendiqués par eux comme un droit propre*. Entrons dans quelques détails.

L'obligation de construire les ponts et de les entretenir était une des plus anciennes et des plus strictes. Elle répondait à des préoccupations guerrières : elle n'était pas moins essentielle dans l'intérêt de la défense générale du royaume ou de l'extension de ses frontières que le service militaire {hostis) ou que le guet {wacta) avec sa conséquence immédiate, la fortification. Chez les différents peuples germaniques, chez les Francs comme chez les Anglo-Saxons , ce sont là les devoirs fondamentaux des hommes libres; les très causse, disent les textes carlovingiens^ la trinoda nécessitas, avaient dit bien avant les sources saxonnes^.

Les corvées pour la construction ou la réfection des ponts pesaient donc en règle sur tous les habitants* : TÉ-

» Dipl. de Charles le Chauve (842) (D. Bouquet, VIII, p. 433) : « Manda ab qualicunque omni exactione, quae de ponte ipsius loci partibus fisci , seu partibus comitatus exigitur. » — Dipl. de Pépin (759) (D. Bouquet, V, p. 703) : « Gerardus cornes dédit in responsis , quod ipsum teloneum aliter non contendebat, nisi quomodo antecessores illius, qui comités fuerant ante illum, id ipsum ad suam partem retinebant. »

3 Diplôme de Charlemagne (775) (D. Bouquet, V, p. 728) : « Ut de tribus causis, de hoste publico, hoc est de banno nostro, quandopublicitus promovetur, et wacta vel pontes componendum, illi homines

bene îngenui si in aliquo exinde de istis tribus causis négligentes

apparuerint, exinde cumjudicibus nostris deducant rationes. »

^ Dipl. du roi de Wessex, Cynewalc, au profit de l'église de Winchester (avant 672) {Cartularium Saxonicum, publié par Walter de Gray Birch, Londres, 1883, 1, p. 47) : « Sit hoc prsedictum rus omni terrenae servitutis jugo liberum tribus exceptis rata videlicet expeditione pontes arcisve constructione. » — Dipl. du roi de Wessex, Cœdvealla en faveur de l'évêque Wilfrid (680) [Cartul. Saxonicum, I, p. 83) : « Ego Cœduualla rex a prefato rogatus ODpiscopo hanc donationis meaB cartulam scribere jussi , et absque triinoda necessitate totius christiani populi id est arcis munitione, pontis emendatione, exercitu congestione liberam perstrinxi. »

* Lex Franc. Chamavorum , tit. 39 (éd. Sohm., Mon. Germ.y LL. V,

glise elle-même y était astreinte*, à moins d'une immunité rarement accordée ^

A ces corvées venaient se joindre, par tradition ancienne' et par nécessité journalière, l'obligation d'entretenir et de réparer les routes. Celle-là aussi apparaît comme une charge publique sous les Garlovingiens*.

Toutefois l'une et l'autre, la première surtout, tendent

p. 275) : « Si quis ad pontem publicum bannitus fuerit et ibi non venerit, solides IV in fredo componat. » — Capital, missorum (8J9) cap. 17 (Boretius, p. 290) : « Ut pontes publici qui per bannum fieri solebant, anno pressente in omni loco restaurentur. » — Conv. Ticin. (850), cap. 8 (Pertz, LL. I, p. 407) ; « Per singulas quoque provincias super quselibet flumina ubi antiqua consuetudine pontes fîeri soliti sunt, instanter volumus ut restaurentur, si alicubi aliquis casus exigit, ut pons noviter fiât, volumus ut communi opéra totius populi circum habitantis ibi pons construatur. »

* Capitul. Mantuan. sec. gêner. (787), cap. 7 (Boretius, p. 197) : « De pontibus vero vel reliquis similibus operibus que ecclesiastici per justitiam et antiquam consuetudinem cum reliquo populo facere debent hoc prœcipimus , ut rector ecclesiae interpelletur, et ei secun-

dum quod possibilitas fuerit sua portio deputetur Si vero opus

suum constituto die conpletum non habuerit , Uceat comiti pro pena prepositum operis pignerare juxta sestimationem vel quantitatem inperfecti operis, quousque perfîciatur. « — Voyez déjà Gode Théodosien, De itinere muniendo (15, 3), const. 6 : « Ad instructiones reparationes que itinerum pontiumque nuUum genus hominum nulliusque dignitatis ac venerationis meritis cessare oportet. Domos etiam divinas ac venerandas ecclesias tam laudabili titulo libenter adscribimus. ))

2 Dipl. de Charles le Chauve (842) (D. Bouquet , VIII , p. 433) : u Non plancas ad pontes emendandos... pariter que hostes... ad civitates sive ad castella custodienda, seu quaecumque publica obsequia, eis concedimus. »

3 Voyez par exemple le titre du Code Théodosien , De itinere muniendo (15, 3).

4 Pippini Ital. reg. capitul. (782-786) (Boretius, p. 192), cap. 4 : a Ut de restauratione ecclesiarum vel pontes faciendum aut stratas restaurandum omnino generaliter faciant , sicut antiqua fuit consuetudo , et non anteponatur emunitas nec pro hac re uUa occasio proveniat. »

a se spécialiser, à s'incorporer à la terre. Ce sont des catégories déterminées de personnes, les détenteurs de certaines terres, qui en sont tenus par excellence \

Cette tendance, nous l'avons signalée déjà et nous la retrouverons encore. Elle était un legs partiel de l'administration romaine : les successeurs des anciens possessores héritèrent d'une partie de leurs lourdes obligations (ici des corvées pour travaux publics). Elle a été provoquée en outre et développée par le besoin, d'autant plus vif que le gouvernement était plus instable ou moins obéi, de donner une base plus solide à l'impôt et aux prestations , de prendre des garanties pour qu'ils fussent acquittés. En dernière analyse, elle a abouti à ce résultat immense qui a survécu longtemps à la féodalité : la multiplication à l'infini des charges pesant sur l'homme et sur la terre.

En même temps que la corvée de travaux publics devenait pour le paysan ou le bourgeois une charge de la possession du sol , la perception des péages devenait pour le seigneur ecclésiastique ou laïque un avantage de cette même possession.

Les rois francs concédèrent , en effet , des terres , — à titre de bénéfice ou de pleine propriété , — en y attachant comme accessoire lucratif le droit de toucher la redevance

t Capital, missorum (824), cap. 11-42 (Boretius, p. 301), cap. 44 : « De duodecim pontibus super Sequanam volumus, ut hi pagenses qui eos facere debent a missis nostris admoneantur, ut eos celeriter restaurent... » Gap. 12 : « De omnibus pontibus per regnum nostrura faciendis in commune missi nostri admoneant, ut ab ipsis restaurentur qui eos facere solebant. » — Admonitio ad omnes regni ordines (823-825), cap. 22 (Boretius, p. 306-307) : « Ut ubi pontes antiquitus fuerunt et in bis locis ubi tempore genitoris nostri ipso jubente di-

versarum necessitatura causa facti sunt ab his qui eos tune fece-

runt, restituantur et renoveniur. » — Gonv. Attiniac. (854), cap. 4 (Pertz, Leges^ I, p. 429) : « De pontibus restaurandis , videlicet ut secundum capitularia avi et patris sui, ubi antiquitus fuerunt , reficiantur ab his qui honores illos tenenù de quibus ante pontes facti vel restaurati fuerunt. »

d'une chaussée ou d'un pont'. Si Ton se rappelle que les comtes ou vicaires percevaient, à leur profit, certains droits de péage, que les rois en cédèrent d'autres à des corps religieux^ ou autorisèrent à en établir tel seigneur qui avait fait construire , à ses frais , un pont ou une écluse^, l'on comprendra sans peine que ces divers droits aient passé dans le domaine privé avec un caractère très variable. Tantôt ils apparaîtront plus tard comme une dépendance de l'alleu ou du fief*, tantôt, au contraire, comme un droit de seigneurie , ce qu'on appela un droit de justice.

L'administration carlovingienne se préoccupa fort de prévenir et d'arrêter les abus dont officiers publics, particuliers ou couvents pouvaient se rendre coupables dans la levée de ces impôts devenus de simples revenus. Elle voulut notamment que le peuple ne portât pas une double charge ; celle des corvées pour l'entretien

* Par exemple, donation par Lothaire II d'un mansus avec son tonlieu et son ripaticum : « Theloneum insuper ex jam dicto manso cum rivaticosuo concedimus » (860) (D. Bouquet, VIII, p. 408), donation par Pépin d'un domaine : « Villa cum omnibus theloneis publicis )» (766) (D. Bouquet, V, p. 706).

2 Marca Hispanica, col. 772 : « Cum tertia parte de pascuaria et teloneo de ipso pago » (834). — D. Bouquet, VI, p. 607 : « Mediam partem pulveratici ex rafica... » (836). — D. Bouquet, VIII, p. 672 : « Portura ex utraque parte » (877).

3 Diplôme de Charles le Chauve (855) (D. Bouquet, VIII, p. 538) ; « Quoniam (abbas)... pontes feceritin aquis quae dicuntur Eura et Orrionis , in quibus antea magna difficultas erat transeundi , quare ora-

vit ut eamdem exactionem telonei ab eisdem pontibus et similiter

telonium ab omnibus portis civitatis... concederemus. >)

* Voyez par exemple, Cartul. de Saint-Vincent du Mans, MS., f» 97 : « Gaufridus Leonius et uxor sua I. vendiderunt domno Raginaldo abbati Sancti Vincentii et monachis suis quandam mansuram terre prope cymiterium ecclesie de Trecione que quondam fuit Lamberti Arrivati , ita honorifice ut eam tenebant , sciHcet vicariam et bannum et forium et theoloneum et pasnagium et si quid est ahud (^od ad ipsam mansuram pertineat))(xi<^ siècle).

des ponts, la redevance pour leur usage. Elle voulut aussi que le taux des péages ne pût être élevé à discrétion*.

Toutes ces garanties protectrices tombèrent avec le gouvernement carlovingien. Les corvées furent détournées de leur destination, les péages furent arbitrairement établis et arbitrairement aperçus. Seigneurs qui englobent dans leurs domaines les possessions jadis sujettes à corvées, chefs régionaux et leurs vassaux, chefs militaires qui usurpent la souveraineté, tous s'approprient les attributs de la puissance publique, sans nul souci d'en remplir les devoirs. Les routes s'efTondrent, les ponts s'écroulent ou n'en valent guère mieux, les quais sont ravagés par les eaux, les ports ensablés; rien ne fait. La direction serait laborieuse, le seigneur devrait y mettre du sien, fournir les matériaux ou l'argent que les paysans n'ont pas. Il préfère employer les corvées qui lui sont dues à des travaux d'un intérêt plus direct pour lui , à l'exploitation de ses terres , à la construction de ses digues ou de ses moulins, de même que, faussant la tradition antique^, il fera élever aux frais des habitants des églises qui seront sa propriété privée.

1 Capitula de functionibus publicis (820), cap. 3 (Boretius, p. 294- 295) : « Nemo ex his qui pontes faciunt, aut de inmunitatibus aut de fiscis aut de liberis hominibus, cogantur pontaticum de eodem quem fecerunt ponte persolvere. Et si forte quilibet voluerit ex propriis facultatibus eundem pontem emendare vel refîcere, quamvis de suis propriis rébus eundem pontem emendet vel reficiat , non tamen d& eodem ponte majorera censura exigere praesuraat, nisi sicut consuetudo fuit et justum esse dinoscitur. »

^ Sous les Carlovingiens les fidèles n'étaient tenus qu'à la réparation de l'église paroissiale. Constit. Olon. (825), cap. 8 {Pertz, LL. I, p. 249) : « Praecepimus ut singulae plèbes secundum antiquam coasuetudinera fiant restauratœ. Quod si fîlii ejusdem ecclesia) eas restaurare noluerint, a rainistris rei puplicœ distringantur... » — Capitul. missis data (856), cap. 9 (Pertz, LL. I, p. 438) : « Ut baptismales ecclesiae, quœ per neglegentiara eorum qui eas restaurare debuerunt,

Si les routes , les ponts , sont mal entretenus , si les voyageurs se perdent dans les fondrières et ne peuvent traverser un pont qu'en plaçant , comme l'ingénieux compagnon de Richer, un bouclier sous les pieds des chevaux*, les péages n'en continuent pas moins à être perçus et ils augmentent même en nombre et en lourdeur.

Corvées et péages deviennent donc bien des droits seigneuriaux purs et simples, des charges sans compensation pour le contribuable, sans satisfaction d'un intérêt public.

Arrivait-il qu'une route fût mise en état, un pont réparé, Ja perception du péage donnait naissance à de telles exactions que le service rendu se payait par la ruine. Il en est un exemple frappant dans l'épisode de Wirembaud, ce philanthrope du xii^ siècle, dont les Gestes de Cambrai retracent les bienfaits. Nous y voyons un seigneur tenir en fief de l'évêque le péage d'un pont, à charge de l'entretenir^,

paulatim a suo statu defecerunt, diligentia missorum nostrorum ab his qui ibi baptizantur vel sacra misteria percipiunt restaurari praecipiantur, et ministris rei publiée comittantur, ut filii ecclesias , etc. »

* Dans le curieux récit où Richer nous décrit les embarras d'un voyage de Reims à Chartres , nous apprenons qu'il fallait des prodiges d'adresse pour franchir le pont qui conduisait à Meaux , tant il était percé de trous : « Tantis enim et tôt hiatibus patebat, ut vix civium necessarii die eadem per eum transierint. Garnoticus inpiger et in peragendo itinere satis providus , naviculam circumquoque inquirens et nullam inveniens, ad pontis pericula rediit, et ut equi incolumes transmitterentur e cœlo emeruit. Nam in locis hiantibusequorum pedibus aliquando clipeum subdens , aliquando tabulas abjectas adjungens, modo incurvatus, modo erectus, modo accedens , modo recurrens , efficaciter cum equis me comitante pertransiit » (Richeri, Histor., VI, 50; éd. Waitz, p. 152).

2 Qgsta Burchardi l, chap. 10, quatrains 61-62 {Gestes des évêques de Cambrai (éd. de Smedt), p. 131) :

« Àd portae salis transitum Statutum erat feodum Accipere pedagium De rébus transeuntium.

et s'en faire un moyen d'extorsion odieuse contre les paysans d'alentour*.

Et in illo itinere Debebat pontem facere Quidam Fulchardus nomine Quem tenebat de presule. »

• Gesta Burchardi, I, quatr. 65-72, p. 131-132 :

« Crudeles enim famuli Receptores pedagii Cum deerant denarii Tollebant capam rustici

Aut tunicam aut pallium Aut bestiam aut aeterum Quodcumque vadimonium

Flet rusticus et clamitat , Sive calorem habeat Sive frigus sustineat, Nudus ad forum properat.

Quod vendere débet homo Quo potest vendit precio , Sollicitus ex debito Quod débet pro pedagio ^

Sed hoc fréquenter accidit Quod pignus vir cum rediit Rehabere non potuit Pro moneta quam attulit.

Nam famuli nequitiae, Seva pleni cupidine , Cum nolunt pignus reddere, Mentiuntur perdidisse.

Si de tali injuria Auditur querimonia Ab homine vel femina , Hinc nuUa fit justicia.

Sic pauper per dominiura NuUum habens auxilium Perdit cappam vel pallium Propter unum denarium. »

(Ne serait-ce pas de faits analogues que viendrait notre vieux proverbe : Pour un point Martin perdit son âne ?)

364 LIVRE ir. — CHAPITRE XIX.

C'était assurément œuvre pie pour un particulier de racheter un pareil péage et de rendre la circulation libre*, mais c'était œuvre pie aussi pour un prince de faire construire un pont dans l'intérêt de ses sujets, fût-ce avec leur concours, et d'y ajouter la franchise du péage^.

* Quand Wirèmbaud , simple particulier, dont le chroniqueur célèbre les louanges , a racheté le péage , les actions de grâces éclatent :

« Ecce porta est omnibus Aperta gradientibus , Liber atque letissimus Intrat et exit rusticus.

Exultant ergo rustici De ruina pedagii Qui ante tributarii Modo fiunt liberrimi. »

Wirèmbaud ne borne pas là ses largesses. Il fait refaire pont et route, et en assure l'entretien futur par une fondation dont il remet la garde aux mains de l'abbé de Saint-Aubert.

« Qui ut homo vel bestia Per callem equum transeat Ad terrara iter relevât, Ad aquam pontes rénovât.

Equantur per vestigia Et lapides et rudera Ne offendatur bestia Quae fert aut trahit onera

Statuitque quamtotius De suis facultatibus Sufficientes redditus Iq detinendis pontibus... »

{Gestes des évêques de Cambrai, p. 133-i34.)

La charité privée corrigeait ici les excès de la fiscalité seigneuriale.

2 Construction du pont de Tours par le comte Eudes (vers 1015) : « Ea quae nobis ad temporalem usum clementia divina largitur, non abutenda esse , quasi proprietarii juris usurpato dominio , a quibus multis ex occasionibus possumus expoliari brevissimi temporis intervallo, sed conditionis humanae nostrseque fragihtatis memores et usufructuario ac dispensatorio potius jure nos curam suscepisse recognoscentes Heec ego Odo cornes considerans memorabile

Le cas était rare, et il fallait d'ordinaire une association nombreuse de seigneurs ecclésiastiques et laïques, mus par leur avantage commun , pour entreprendre et mener à bonne fin une œuvre qui fût vraiment d'utilité publique*.

aliquid atque ad profectum posteritatis accomodum , ac per hoc Deo

placitum operari disposui supra flumen Ligeris juxta civita-

tem Turonicam Pontem aedificare decrevi, ubi inundantis aquae tempore multos noveram rapidi amnis impetu periisse. Et ne post tanti operis consummationem ab œterna mercede quae sola causa fuit in-

cœpti, lucri teraporalis appetitu privarer cyrographum hoc ex

auctoritate Domini mei régis Hainrici placuit facere. Quo nostris posteris innotescat quarumUbet provinciarum homines omnium ordinum atque officium sive extranei sint, sive indigenae, sive peregrini, sive mercatores , sive pedites , sive équités , sive pauperes , sive divites, sive cum plaustris, sive cum onustis vacuisve jumentis, vel quibuslibet animalibus, sive quocumque modo iter agant, absque ullius penitus telonei exactione liberam per ipsum Pontem transeundi , nobis concedentibus, habere facultatem » (Martène , Thésaurus AnecdoL, I, col. 175-176).

* Construction d'un pont de pierre à Binant (vers 1080) : « A tempore Eilberti comitis, qui primus in Walciodoro monasticam vitam instituit, usque ad tempus istud, quo pons lapideus in Deonant cœpit construi, navem unam magnam, quam Bargam vocant ad opus transeuntium habebat Ecclesia Walciodorensis. HaBC dabat fratribus nonaginta quatuor denarios singulis annis, et abbati qui praeerat, quatuor sextarios optimi vini.

Cum que placuisset Dominis, qui preeerant loco, scilicet Henrico Episcopo, comiti Alberto, Namucensi, Cononi comiti, Frunuardo Praeposito, et opidaneis, Isaac Villico et Gozuino de Rupe et ceteris, ut pons fieret lapideus , unde villa mehoraretur (nam antea quidem fuit, sed nuHi érat aptus usui, convenerunt in unum in eadem villa, III Kalendas septembris.

Ita me accersiens Episcopus... taie quid a me expetivit, ut concederem ei , caussa gratiee et fraternitatis , in auxiUum et ad sustentationem pontis hos reditus...

Et nos pro hac vicissitudine istud privilegium inibi ad pontem, cum nostris omnibus hominibus , et cum omnibus divers® œtatis et sexus, ex omnibus locis ad locum nostrum attinentibus, et parlera haberemus ; ut nihil omnino ab ipsis eundo , redeundo ducendo vel aliquid portanto intus vel foris daretur vel acciperetur.

... Ut nullus ex omnibus nobis subjectis, teloneum vel munus aliquod dedisset, causa alicujus mercati, sed securi ipsi et fîlii eorum permansissent ab hoc tributo et liberi » (Charte de Godescalc, abbé de Waulsort, i080, Miraeus, I, p. 267).

Construction d'un pont sur U Hérault (vers 1029) : « Hic est brevis et testamentum de convenientia , quse facta est inter abbatem Pontium Sancti Salvatoris Anianensis monasterii... et abbatem Gaufredum monasterii Sancti Salvatoris... de ponte quem fecerunt super fluvium Eraur..,, ut abba Pontius et monachi illius pertractum facient ad pontem, id est de ligna, et de pétris, et de calce, et de arena, et de ferro et deplumbo et de cordas; et quando pertractum P. et monachi illius habuerint factum, débet facere abbas et monachi illius medietatem de ponto et redemptionem facere ad magistrum.... In ponto autem non habeat ecclesiam neque castellum, neque ulla fortezia, excepto ponto , et nullum usum nec ullum censum Pontius abbas, nec Gausfredus abbas, nec monachi illorum, in ponto non mittant, nec iUi, nec ullus homo, nec ulla fœmina » (Gartul. de Saint-Guillem du Désert, Hist. du Languedoc, V, col. 393-394).

Construction du pont d'Albi (vers 1035) : « Anselmus, ecclesise S. Salvii abbas , et Adalbertus praepositus... et ceeteri ejusdem ecclesiae canonici, ammonitione et ordinatione multiplicique precatu domini A., sanctae memoriae Albiensis episcopi, et F. Neumacensis episcopi, et fratris ejus B. Atoni proconsuhs Neumacensis, etc., et communi petitione supplicique rogalu omnium tam civium quam burgensium Albiensium, multorumque aliorum, quos supradicti episcopi ad postulandum secum quod ipsi postulare decreverant, ex vicinis castellis et vicis advocaverant... supradicti seniores ecclesiae S. S. dimiserunt, concesserunt et voluerunt pontem fieri super Tarnum , in alodio beati Salvii ad communem villee mehorationem et totius Albegeis utilitatem. Et ut tam grande opus faciliorem sortiretur effectum... dimiserunt et donaverunt supradicti operi pontis portum, qui in alodio S. S. erat, et omnes redditus quse sibi inde veniebant; ita tamen quod, facto ponte, si quispiama transeuntibus aliquid exigere vel capere voluerit, illud adcanonicos S. S. sicut ad dominos... redeat» (Gart. de Saint- Salvi d'Albi, Hist.gén. du Languedoc, V, col. 414-413).

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