LA FAMILLE ROMAINE. — LA MANUS
ils appartenaient au chef qui réunissait en ses mains la plénitude des pouvoirs : eritudo, dominium.
L'assimilation , à beaucoup d'égards , est complète avec les objets matériels formant le patrimoine commun ; la maison, les bêtes de somme, etc. Tout l'ensemble, hommes et choses, constitue la familia, et Ton disait indifféremment des personnes qu'elles étaient placées dans le mancipiitm, et des biens qu'ils étaient dans la manus * du père de famille. Le fils, l'esclave, étaient en définitive des res mancipiy au point de vue du pouvoir de disposition et de vente que possédait sur eux le paterfamilias. Qu'à l'origine il en fut de même du client, serviteur ou tenancier, cela ne paraît pas douteux , si l'on considère qu'à l'époque classique encore des famuli, des serviteurs autres que des esclaves, étaient soumis au mancipium.
La famille ainsi constituée remonte au delà de l'époque historique. Elle suppose que l'État réside tout entier dans l'association d'un certain nombre de familles, et que les diverses branches de chacune d'elles restent unies sous un seul chef. C'est l'âge des sociétés naissantes. Le développement de la vie sociale entraîne plus tard le morcellement des familles, et à ce moment-là d'ordinaire l'histoire commence.
Les petits groupes sortis d'une même souche ne sont plus rattachés l'un à l'autre que par un lien chaque jour plus lâche. Ils constituent une corporation [gens chez les Romains , clan chez les Celtes) , au lieu d'être une famille dans le plein sens du mot ; ils deviennent sous cette forme le noyau de l'État. Une partie de la puissance du père de famille passe à la gens; la relation entre les membres de chaque maison [domus familiaque) devient moins étroite : pour les simples affiliés notamment la ma-
* Le pouvoir du père de famille sur les valeurs du patrimoine s'appelait manus, comme sa puissance sur les individus : « Illi suam rem esse aequom'st in manu » (Piaule Merc, II, 3, v. il7).
nus perd de son énergie. Mais ceux-ci continuent à faire partie de la famille, ou du moins ils sont réputés en faire partie^. Ils y puisent leurs droits politiques et civils.
Nous avons devant nous la clientèle proprement dite, celle que les auteurs anciens sont d'accord pour placer aux premiers temps de Rome. Tout plébéien, nous disentils , dut se mettre sous le patronage d'un grand ^. Déterminons la portée exacte de ce renseignement.
L'État romain primitif était composé de gentes. Leur nombre pouvait s'augmenter ou diminuer, mais le droit public et privé ne reconnaissait qu'elles. Seuls les membres de ces corporations avaient une existence légale , seuls ils jouissaient de la protection de l'État.
Pour faire partie d'une gens, il fallait être rattaché à une familia. Le fils de famille émancipé, l'esclave affranchi, les étrangers venus à Rome pour y chercher asile devaient se soumettre à un chef de famille, s'ils voulaient occuper une place dans la société romaine. Ils n'avaient plus besoin pourtant de se donner in mancipio; il leur suffisait d'obtenir la protection, le patronage d'un paterfamilias, pour entrer par cela même comme gentilicius dans les rangs de la gens. Mais ce patronage ressemblait beaucoup à l'ancien mancipium dont il n'était qu'un dérivé.
* Ne serait-ce pas la signification originaire du mot cliens, cluens , dérivé de xx6w, clueo? La même relation est marquée en tout cas par le mot patronus, dérivé de pater.
2 Denys d'Halicarnasse , II, 9 : « 0*S^è 'PwfAuXoç.... -TrapaxaTaôiîxaç ^è sS'wxie ToTç irarpix^otç toùç S'yjp.oTtxoùç , iitiT^é^cnç exotaro» twv èx. toû TrX-Kiôouç ,
Sv aÙTOç è^oûXsTO, véu-eiv irpocrraTYiv , TcaTpwveîav ôvoaâffaç ttiv twv -jrevTÎTWv
xxi TaTOtvwv wpoffTaatav. » (Ut depositum patriciorum fîdei commisit plebeios, permittens unicuique quem ipse sibi vellet eligere patronum, patronatum appellans hoc pauperum et humiliorum patrocinium.) — Gicéron, De republica, II, 9 : « Romulus... habuit plebem in clientelas principum descriptam. » — Festus , De verborum signif. : « Patrocinia appellari cœpta sunt , cum plebs distributa est inter patres , ut eorum opibus tuta esset. »