‹ Les origines de l'ancienne France (volume 4)Chapitre 115 sur 125 · LIVRE III. TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

LIVRE III. TROISIÈME PARTIE

cellence soldats , milites, plus tard cavaliers ou chevaliers , pour les distinguer soit des fantassins (pedites)1, soit des écuyers et des damoiseaux, soit des cavaliers ordinaires (équités)2. Tour à tour rempart d'airain ou bélier irrésistible, ils constituaient le noyau de l'armée féodale.

Pour être miles, chevalier, de nombreuses qualités étaient requises. Il fallait être fort, robuste, athlétique, pour supporter le poids de l'armure, il fallait être rompu à l'équitation et au maniement de la lance et de répieu, il fallait de plus appartenir à une famille riche, ou avoir, clans les rangs inférieurs de l'armée, soit conquis cheval et armes sur le champ de bataille, soit obtenu d'un seigneur, par d'éclatants services, d'en être pourvu et équipé.

Le chevalier faisait donc partie d'une élite; il était un guerrier de choix et, par suite, un homme d'une condition supérieure. Ayant le pas sur les autres membres de la parenté, de la maisnie, du vasselage, il était investi d'une sorte de suprématie sociale. Dans tous les pays où le militarisme occupe une place prépondérante, les chefs de l'armée sont hors de pair. Mesurez la distance qu'il pouvait y avoir entre le vassal roturier et le vassal chevalier à la distance qui sépare de nos jours encore, chez certains peuples, un officier noble d'un paysan ou d'un bourgeois. La chevalerie tendait ainsi à devenir, comme chez les Ro-

1 « Illic fuit mortuamaxima pars nostrorum equitum, propter quod multi ex nostris militibus remanserint pedites. » (Tudebod, De Hierosolym. itinere, IV, I, Rec. des hist. des croisades, Aut. Occid., III, p. 29). — « Constitueront autem de bello sic... ut pedites prseirent militibus... et milites sequerentur eos atque a tergo custodirent. » (Raymond d'Agiles, Historia Francorum, XII, R. des hist. des croi^ sades, III, p. 259). — « Omnes hommes , tam milites quam pedites qui habeant etatein et posse pugnandi. » (Usages de Barcelone, art. 68. Giraud, II, p. 478).

2 « Milites nostri erant quingenti, exceptis illis qui militari nomine non censebantur, tamen equitantes. » (Foucher de Chartres, Histor. Hierosul. ,Mb. 2, cap. 32, ibid., p. 41 3).

LA. CHEVALERIE

mains et chez les Gaulois, une caste militaire. C'est dans ce senc que Richer parle de Y or do militaris, eqaestris1.

De même que les diverses catégories de personnes composant le clan féodal se distinguaient au point de vue du service militaire, elles se différenciaient par les degrés plus ou moins proches où elles se trouvaient placées par rapport au chef. Les plus considérés, comme aussi les plus fidèles, étaient naturellement les descendants directs et les parents fictifs qui leur étaient assimilés. Or, la véritable adoption filii loco s'opérait précisément d'après les usages germaniques par la remise d'un armement complet 2. Cette remise étant faite, en règle, par le père, quand le fils arrive à l'âge de porter les armes, l'étranger qui l'accomplit prend la place du père3. L'homme ainsi armé

1 « Hic patrem habuit ex equestri ordine. » (Richer, I, 5, t. I, p. il). — « Qui in militari ordine potentiores erant. » (IV, 28, t. II, p. 180). — Ajoutez liv. IV, il : « Uxorem de militari ordine. » (II, p. 156).

2 a Per arma fieri posse fîlium, grande inter gentes constat esse preeconium... Et ideo more gentium et conditîone virili, filium te prœsenti munere procreamus : ut competenter per arma nascaris, qui bellicosus esse dignosceris. Damus quidem tibi equos, enses, clypeos, et reliqua instrumenta bellorum. » (Adoption du roi des Hérules par Théodoric. — Cassiodore, Variar., lib. IV, ep. 2. Opéra omnia (Paris, 1600), I, p. 97). — Suprà, p. 435 suiv.

3 L'adoption par les armes produit même une parenté fictive entre l'adoptant et les descendants de l'adopté , entre l'adopté et les héritiers de l'adoptant. Sur le premier point voyez la lettre d'Alaric à Justinien : « Factus est (genitor meus) per arma filius... In parentelœ locum noster jam transire débet affectus. Nam ex filio* vestro genitus, naturae legibus vobis non habetur extraneus... mihi dedistis gratiam nepotis, quando meo parenti adoptionis gaudiapraestitistis. )> (Cassiodore, Variar., VIII, 1, t. I, p. 203). — Sur le second point voir le passage suivant, relatif à Gensimund, qui^adopté par un membre de la famille des Amales, fit passer dans cette famille le droit de régner sur les Ostrogoths : « Solum armis filius factus, tanta se Amalis devotione conjunxit, ut heredibus eorum curiosum exhibuerit famulatum, quamvis ipse peteretur ad regnum. » (Cassiodore, Variar., VIII, 9, t. I, p. 209 vo).

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